jump to navigation

Recom, une initiative régionale pour la réconciliation 23 juin 2011

Posted by Acturca in South East Europe / Europe du Sud-Est.
Tags: , , ,
trackback

Le Monde (France) jeudi 23 juin 2011, p. 8

Piotr Smolar

Mario Mazic, 23 ans, pourrait faire tant de choses divertissantes par cette belle journée estivale. Etudiant en sciences politiques à l’université de Zagreb, il a pourtant choisi, comme souvent ces dernières semaines, de s’installer près d’un podium aux tons pourpres, sur la place Jelacic, pour distribuer des dépliants. Fils d’un banquier et d’une conseillère financière, Mario Mazic est un des animateurs, en Croatie, du mouvement Recom.

Une initiative sans précédent, lancée dans tous les pays des Balkans occidentaux en faveur de la réconciliation. Recom réunit près de 1 600 membres, dont la plupart sont des ONG, des associations de victimes, des médias, des représentants de la société civile. Ils demandent la création d’une commission régionale de vingt et un membres. Un de ses objectifs serait d’établir enfin une liste officielle des victimes des guerres balkaniques, dans les années 1990, ainsi que celle des personnes disparues (près de 15 000) et des lieux de détention. De façon optimiste, les membres de la coalition Recom espéraient obtenir 1 million de signatures avant la fin juin, au moment de soumettre leurs propositions aux chefs d’Etat et de gouvernement de la région. On est loin du compte, notamment en Croatie.

 » Les tribunaux s’occupent des responsabilités criminelles, note M. Mazic. Les médias deviennent de plus en plus libres. Mais il n’y a jamais eu de reconnaissance claire de ce qui s’est passé pendant la guerre. En Croatie règne l’idée que c’était une guerre de libération, ce qui rend inconcevable l’hypothèse qu’on ait commis des crimes.  »

Voilà pourquoi, sans doute, le soutien à Recom est plus bas ici que dans les pays voisins (60 %).  » La Croatie est le seul pays de la région pouvant clamer qu’elle a été à la fois victime et vainqueur du conflit, explique Dejan Jovic, analyste en chef auprès du président Ivo Josipovic, qui a accompli des gestes forts en faveur de la réconciliation avec les Serbes. Cette double idée est devenue un mythe fondateur. Or, il est beaucoup plus difficile de changer, surtout sous la pression de l’extérieur, lorsqu’on est vainqueur ou victime.  » D’où le refus assez partagé dans le pays de reconnaître que des militaires croates, qui défendaient par définition la patrie contre l’agression serbe, pourraient être des criminels.

Pourtant, l’opinion publique évolue sur ces questions sensibles.  » Les Croates ont changé de façon irréversible, explique Vesna Terselic, de l’ONG Documenta, en pointe sur les questions de crime de guerre. On peut entendre à présent des paroles favorables aux victimes de l’armée croate, qu’elles avaient des familles et ne méritaient pas de mourir. Mais, attention, il n’y a pas de lien direct entre des verdicts judiciaires et le processus de réconciliation entre les peuples.  »

Ce processus de réconciliation a une dimension symbolique très forte, mais aussi économique. La question des réparations financières pour les victimes civiles se pose, même si dans une majorité de cas, les tribunaux considèrent les plaintes comme non recevables.

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :