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Turquie : les nouveaux défis du premier ministre Erdogan 23 juin 2011

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Le Monde (France) jeudi 23 juin 2011, p. 25

Guillaume Perrier, Istanbul, correspondance

Le Parti de la justice et du développement, l’AKP, a remporté une victoire confortable aux élections législatives turques du 12 juin, obtenant 49,9 % des suffrages et 325 sièges de députés sur 550. Ce troisième mandat gouvernemental donné au parti de Recep Tayyip Erdogan renforce la suprématie de ce mouvement islamo-conservateur, créé en 2001 et aux manettes de la Turquie depuis novembre 2002. Une décennie de pouvoir qui constitue déjà un record de longévité dans un pays où, depuis 1960, les gouvernements, longtemps constitués de coalitions bancales, avaient une durée de vie moyenne de quatorze mois.

Un électeur sur deux a voté pour la continuité et la stabilité. Mais un électeur sur deux a aussi clairement désavoué l’action politique de M. Erdogan, qui divise autant qu’il rassemble. La société turque, après cette élection sans surprise et sans passion, apparaît de plus en plus polarisée autour de la figure charismatique du premier ministre. Ses hagiographes le comparent à Mehmet II le Conquérant, le sultan héroïque qui fit tomber Constantinople en 1453. Voire à Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur, en 1923, de la République turque. M. Erdogan est, depuis Mustafa Kemal, le leader qui a le plus réformé la Turquie, estiment ses supporteurs.

Le succès de l’AKP lors de ces élections législatives laisse une opposition divisée, avec peu d’armes pour se faire entendre. Le Parti républicain du peuple (CHP) conserve la sympathie d’environ 25 % des électeurs, une frange laïque et occidentalisée, rejointe par une partie des classes populaires de gauche ou alévies. Ce n’est pas la percée espérée. Le parti d’Atatürk tente de renouer avec une ligne sociale-démocrate, sous la houlette de Kemal Kiliçdaroglu, prenant ses distances avec les penchants militaristes et nationalistes de son prédécesseur.

Le CHP a engagé une vaste rénovation de son appareil. Mais il est encore loin d’avoir achevé sa transformation, et sa base électorale reste concentrée dans les régions côtières de l’ouest de la Turquie, d’Izmir à Antalya, et en Thrace. Le Parti nationaliste (MHP) maintient, lui, sa position à la droite de l’AKP, grâce au soutien de 13 % des électeurs, partisans d’un nationalisme ethnique et de la manière forte pour écraser la rébellion kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Enfin, le Parti pour la paix et la démocratie (prokurde) devrait constituer un groupe fort de trente-six députés, un record, signifiant ainsi au premier ministre que ses discours bellicistes ne résoudront pas la question kurde, une étape pourtant cruciale pour la Turquie sur le chemin de la démocratisation.

M. Erdogan devra tenir compte de cetteopposition résolue et tenter de diriger le pays en cherchant l’harmonie plutôt qu’en provoquant des dissensions.  » Nous rechercherons le consensus avec l’opposition, les partis qui ne sont pas représentés au Parlement, les médias, les ONG, les milieux universitaires, avec quiconque ayant quelque chose àdire « , a-t-il rassuré dès le 12 juin, au soir de sa réélection.

Le compromis n’est pas le point fort du premier ministre. Mais il sera absolument nécessaire pour réformer la Constitution turque qui, comme en 2007, a encore été la promesse phare de la campagne électorale. La Turquie réclame de nouvelles institutions pour achever la démilitarisation de l’Etat. La précédente Constitution avait été rédigée par les militaires en 1982. M. Erdogan ne peut pas faire volte-face sur cette réforme centrale, qui pourrait permettre l’installation en Turquie d’une démocratie durable et la résolution de problèmes persistants tels que la question kurde.

De la nouvelle Constitution, la société civile turque attend également qu’elle garantisse sans ambiguïté les libertés individuelles et l’indépendance de la justice, et qu’elle abaisse le seuil électoral de 10 % qui prive les petits partis d’une représentation à l’Assemblée nationale. Après une première législature placée sous le signe des réformes, M. Erdogan a montré un visage plus autoritaire au cours de son deuxième mandat de quatre ans. S’il tient ses promesses, le troisième peut lui permettre de redonner une nouvelle impulsion à la Turquie.

 » Les leaders turcs (et européens) devraient se souvenir que, si la Turquie reste stable dans une région aussi troublée, c’est en premier lieu grâce à l’arrimage du pays à l’Europe « , estime Hugh Pope, analyste pour l’International Crisis Group.  » Les standards européens restent la locomotive des réformes turques « , précise-t-il. Or, les négociations commencées en 2004 pour entrer dans l’Union européenne sont à l’arrêt. Les réticences de plusieurs Etats membres ont douché l’enthousiasme européen des Turcs.

La question de la réunification de l’île de Chypre est, elle aussi, dans l’impasse. Une solution politique équitable entre Chypriotes grecs et turcs pourrait permettre de redonner un élan à ces négociations d’adhésion. Les défis qui attendent M. Erdogan, à la tête d’une puissance émergente, seizième économie mondiale sont nombreux. Le leader turc sort de ces élections législatives, réélu et renforcé, à la tête d’une Turquie plus forte et plus ambitieuse que jamais. Mais il n’a plus le droit de décevoir.

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