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« Les Occidentaux ont raté le coche » 25 juin 2011

Posted by Acturca in Books / Livres, Central Asia / Asie Centrale, USA / Etats-Unis.
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Le Temps (Suisse) 25 juin 2011

Propos recueillis par Stéphane Bussard

Spécialiste du conflit afghan et auteur d’un livre* qui vient de sortir sur le sujet, Lucy Morgan Edwards analyse l’annonce de retrait faite par Barack Obama
Après l’annonce par le président Barack Obama du retrait d’Afghanistan de 33000 soldats américains d’ici à septembre 2012, les 48pays alliés des Etats-Unis sur le terrain devraient eux aussi commencer à retirer une partie de leurs contingents. Lucy Morgan Edwards a vécu six ans en Afghanistan. Elle y a officié comme journaliste pour le Daily Telegraph et The Economist. Elle y a travaillé pour l’ONU, mais aussi comme conseillère politique de l’ambassadeur de l’Union européenne à Kaboul. Elle livre son analyse.

Le Temps: Comment réagissez-vous à l’annonce d’Obama?

Lucy Morgan Edwards: Son discours correspondait à une voie médiane visant à satisfaire le plus de monde possible aux Etats-Unis en vue de l’élection présidentielle de 2012. Il relève donc davantage de la rhétorique que de la réalité du terrain en Afghanistan. C’est la manière qu’a Barack Obama de mettre fin de façon responsable à la guerre. Une guerre qui a été un désastre en termes stratégiques. La responsabilité en incombe surtout à George W. Bush, mais Barack Obama a continué la même politique en l’accentuant même avec le renfort (surge) de 33000 soldats. Je n’ai personnellement jamais cru que le surge visant à gagner du terrain à court terme et à capturer voire tuer des insurgés allait résoudre les problèmes afghans. Ce n’était pas des renforts qu’il fallait, mais des solutions à long terme pour surmonter les divisions de la société afghane. Il fallait des objectifs plus ciblés pour reconstruire le pays et recourir davantage à des gens dotés d’une grande expérience de l’Afghanistan. La solution au conflit afghan est plus politique que militaire.

– Vous avez rencontré beaucoup de talibans à Kandahar notamment. Dans votre livre*, qui vient de sortir, vous estimez que l’Occident a raté une occasion. Laquelle?

– Je fais référence à la décision, en 2001, de ne pas soutenir une solution interne échafaudée par le principal commandant pachtoune Abdul Haq. C’est avec ses frères qu’il a mis à mal les occupants soviétiques à Kaboul. Il a mené le combat non pas tant avec des roquettes tirées contre les civils, mais avec la ruse. Il avait réussi à infiltrer l’armée soviétique et à ranger des gens de son côté par des opérations psychologiques.

– En quoi Abdul Haq, héros de la résistance contre les Soviétiques, aurait-il pu être «utile»?

– C’était une figure d’importance nationale réputée pour sa capacité de rassembler et de dépasser les clivages tribaux. Issu d’une grande famille tribale de Jalalabad, il était l’un des rares commandants moudjahidin qui n’avaient pas du sang sur les mains comme les forces de Massoud lors de la bataille pour le contrôle de Kaboul dans les années 1990. Il aurait pu être utile pour plusieurs raisons.

– Lesquelles?

– Les deux années précédant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, Abdul Haq s’attelait à rassembler les Afghans lors de réunions à Bonn et à Istanbul pour débattre d’une alternative aux talibans. Le moyen d’unir les différents clans était d’utiliser la figure symbolique et pacifique de l’ex-roi. Au début 2001, Abdul Haq s’était rendu compte que les talibans avaient perdu moralement l’estime des Afghans et qu’il était facile de les renverser. C’est pourquoi il négocia avec différents acteurs qui agissaient aux côtés des talibans. Le problème, c’est que son plan ne pouvait marcher que si l’Occident ne bombardait pas le pays en automne 2001. Mais celui-ci n’a pas écouté et les seigneurs de guerre tadjiks ont pris Kaboul. Pour Abdul Haq, c’était une erreur, car cela allait induire un déséquilibre ethnique, notamment au sein du gouvernement. Le commandant pachtoune a malgré tout essayé de mener sa «rébellion de velours» dans des conditions plus difficiles. Il fut tué un peu plus tard. Il a sans doute été trahi par l’ISI (les renseignements pakistanais) auprès des talibans.

– Avait-il une ambition personnelle?

– Non, son intention était d’organiser une Loya Jirga, qui déciderait du futur chef de l’Etat. Entraîné dans les années 1980 par Jalalludin Haqqani (ndlr: un chef militaire pachtoune aussi impliqué dans la résistance aux Soviétiques), Abdul Haq aurait pu, à mon avis, convaincre Haqqani de se rallier à lui et à l’ex-roi. Aujourd’hui, le réseau d’Haqqani cause d’énormes dommages à l’OTAN et aux Américains dans la province de Paktya et du Nord-Waziristan.

* «The Afghan Solution, The Inside Story of Abdul Hag, the CIA and how Western Hubris lost Afghanistan», Lucy Morgan Edwards, Bactria Press, 2011.

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