jump to navigation

En Turquie, le maintien en détention de plusieurs députés indigne l’opposition 28 juin 2011

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
Tags: , , , , , , , , , ,
trackback

Le Monde (France) mardi 28 juin 2011, p. 5

Guillaume Perrier, Istanbul

La séance inaugurale du nouveau Parlement turc, issu des élections législatives du 12 juin, promet d’être houleuse, mardi 28 juin dans l’après-midi. Le maintien en détention provisoire de plusieurs députés élus sous différentes étiquettes a provoqué la colère des partis d’opposition, mobilisés depuis une semaine.

Le président de la République, Abdullah Gül, a appelé tous les partis politiques à prendre part à la cérémonie d’ouverture, prévue mardi. « Le seul endroit pour une solution, c’est le Parlement. Je conseille à tous les partis qui ont obtenu des sièges à l’Assemblée de travailler ensemble sur le terrain du droit et de la démocratie, en prenant en compte tous les segments de la société », a déclaré M. Gül, samedi.

En dépit de cet appel, le parti kurde légal, le Parti pour la paix et la démocratie (BDP) – dont cinq députés ont été maintenus en détention et un autre, Hatip Dicle, déclaré inéligible -, a annoncé son intention de boycotter le nouveau Parlement. Depuis une semaine, les manifestations se succèdent, dans les régions kurdes de l’est du pays et à Istanbul, violemment réprimées par la police. « Nous n’irons pas au Parlement tant que le gouvernement n’aura pas pris des mesures concrètes pour remédier à cette injustice et offert des opportunités pour une résolution en ouvrant la voie à des politiques démocratiques », a justifié l’avocat Serafettin Elçi, député BDP à Diyarbakir (sud-est).

Dimanche, la demande de remise en liberté de Gülser Yildirim et d’Ibrahim Ayhan, tous deux élus le 12 juin, a été rejetée par le tribunal de Diyarbakir. La veille, trois autres élus kurdes avaient reçu la même fin de non-recevoir. La justice a refusé de faire jouer l’immunité parlementaire, malgré un précédent en 2007 : Sebahat Tuncel, accusée de liens avec la guérilla du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) avait été libérée de prison pour pouvoir siéger.

Cette fois, accusés de collusion avec une « organisation terroriste », le KCK – l’organisation civile de soutien présumé au PKK -, les élus restent en détention provisoire. Au total, six députés du BDP, sur les 36 élus du parti, seront tenus éloignés des bancs de l’assemblée. Hatip Dicle a vu son élection purement et simplement annulée la semaine dernière par le Haut Conseil des élections (YSK).

Une décision inacceptable pour Altan Tan, député du BDP : « 78 000 votes exprimés en faveur d’Hatip Dicle ont été volés. Son mandat a été usurpé. Nous demandons à cette députée, placée par l’AKP, de ne pas prendre son siège au Parlement », exige-t-il. Le siège de M. Dicle a été récupéré par Oya Eronat, élue pour le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir. Cette femme est la mère d’un étudiant tué en 2008 dans un attentat commis par le PKK à Diyarbakir. M. Tan réclame également l’engagement « sans délai » du gouvernement à lancer une réforme de la Constitution pour résoudre la crise institutionnelle.

Les deux grands partis d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP) – kémaliste – et le Parti nationaliste (MHP) ont assuré qu’ils participeraient à la séance inaugurale du Parlement.

Deux élus du CHP, le journaliste Mustafa Balbay et le médecin Mehmet Haberal, ainsi que le général à la retraite Engin Alan, élu pour le MHP, tous accusés d’avoir participé à un complot contre le gouvernement, ont été également maintenus en détention par la justice.

Jusqu’à présent, le parti du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, s’abrite derrière une justice prétendument « indépendante » pour refuser de condamner les abus de pouvoir des juges. « L’AKP a-t-il conscience d’avoir été attiré dans un piège ? », se demande l’universitaire Ihsan Dagi, dans le quotidien progouvernemental Zaman, qui parle de « sabotage judiciaire ».

« Le piège consiste à rendre l’AKP incapable de proposer une nouvelle Constitution et de résoudre la question kurde », affirme-t-il. A moins que le parti au pouvoir ne fasse un autre calcul ? Il ne lui manque que quatre sièges pour obtenir la majorité qualifiée (330 sièges) qui lui permettrait de réformer la Constitution sans consulter l’opposition.

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :