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Une juge contre les islamistes 30 juin 2011

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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Valeurs Actuelles (France) no. 3892, Jeudi 30 juin 2011, p. 39

Glauzy Laurent

Ancienne juge, Emine Ülker Tarhan est une opposante déterminée à l’AKP d’Erdogan, reconduit au pouvoir le 12 juin.

Très remarquée dans la dernière campagne des législatives du 12 juin, Emine Ülker Tarhan s’est opposée à la politique autoritaire du premier ministre Recep Tayyip Erdogan et de son parti, l’AKP, avec une énergie qui a soulevé l’admiration du camp kémaliste. Tornade blonde au milieu de moustachus au regard sombre, cette juriste de 48 ans assure qu’elle a été mise sur écoute, comme sans doute la plupart des opposants sérieux, et que sa vie ressemble au roman 1984 de George Orwell : « Notre pays se transforme en une dictature », confie-t-elle.

En mars, Emine Ülker Tarhan était juge à la Cour suprême d’Ankara. Depuis 2006, elle présidait Yarsav, une association professionnelle de juges et de procureurs apolitiques, ayant appelé à plusieurs reprises Erdogan à respecter la loi. Elle s’est lancée en politique avec le Parti républicain du peuple (CHP), mouvement fondé par Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne, présidé par Kemal Kiliç daroglu. Battu le 12 juin par l’AKP (49,9 % des suffrages, 330 sièges sur les 550 du Parlement), le CHP est arrivé en deuxième position (25,9 % des voix, 135 élus).

« J’ai pris cette décision à cause de la volonté de plus en plus manifeste du gouvernement islamo-conservateur d’Erdogan de détruire l’indépendance de la justice turque, explique Mme Tarhan. Il est en train de mettre un terme à la séparation des pouvoirs : les juges et les procureurs perdent le contrôle de l’exécutif. Ils deviennent de simples auxiliaires. »

Elle sait que la réputation de la justice turque n’est pas fameuse, ni dans son pays ni à l’étranger : « La justice est chez nous moins préoccupée par le droit des individus. Elle se consacre davantage à la protection de l’État. Des peines d’emprisonnement contre de soi-disant ennemis de l’État sont prononcées de plus en plus souvent. » Elle n’hésite pas à contredire l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit quand il prétend que ces « terribles juristes turcs » sont le plus grand obstacle à l’adhésion d’Ankara à l’Union européenne. « La réforme de la justice n’a pas été soumise au référendum du 12 septembre 2010 sur le changement de la Constitution », souligne-t-elle. À ses yeux, ce ne sont pas les juges mais les politiciens qui font les lois : « L’AKP est responsable de l’actuelle Constitution reposant sur un code qui facilite notamment l’emprisonnement des jeunes rebelles kurdes. »

La nouvelle Constitution consolide le pouvoir de l’AKP. Avocate avant de devenir juge, elle sait que, dans le cadre d’un abus de pouvoir, les juges et les procureurs ne sont plus en mesure de demander des comptes : « Le pouvoir a la mainmise sur les commissions qui désignaient les juges et les procureurs. Les magistrats qui s’opposent au gouvernement sont mis sur écoute téléphonique. »

Comme de nombreux observateurs le redoutaient, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan semble bien se servir de cette nouvelle Constitution pour consolider son pouvoir et celui de son parti. Après huit années à la tête de l’État (deux mandats effectués), il a montré le sort qui attend ceux qui le défient : tous ses opposants ont été emprisonnés, à l’instar des anciens chefs d’état-major suspectés d’avoir préparé un putsch en 2007.

L’an dernier, le procureur Ilhan Cihaner fut accusé d’appartenir à une organisation terroriste. Il avait simplement enquêté sur une confrérie islamique et ses investigations l’avaient conduit au sommet de l’État, à l’intérieur même du gouvernement. Mis en détention provisoire, le dossier lui fut retiré.

En mars dernier, accusés eux aussi de terrorisme, les journalistes Ahmet Sik et Nedim Sener ont été jetés en prison alors qu’ils réalisaient un reportage sur l’influence grandissante du mouvement islamiste de Fethullah Gülen au sein de la police.

Yarsav, l’association des magistrats animée par Emine Ülker Tarhan, fut également présentée comme une organisation terroriste. « Le premier ministre nous a comparés au PKK, raconte-t-elle. Sur ordre du ministre de la Justice, des micros avaient été dissimulés dans nos locaux. » Elle parle d’une Turquie devenue « un empire de la peur ».

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