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La Turquie se résout à lâcher Kadhafi 5 juillet 2011

Posted by Acturca in Economy / Economie, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 20815, mardi 5 juillet 2011, p. 1

Georges Malbrunot

Ankara a choisi de reconnaître les rebelles de Libye et tente de restaurer son influence dans ce pays, tournant la page d’une diplomatie qui peine à trouver sa voie depuis le début de la crise. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, s’est ainsi rendu dimanche à Benghazi où il a reçu un accueil enthousiaste. La Turquie, dont les relations étaient au beau fixe avec Tripoli (ci-contre Kadhafi recevant Erdogan en 2009), s’était dans un premier temps opposée aux sanctions, avait critiqué les frappes aériennes occidentales, puis avait proposé, sans succès, sa médiation.

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La Turquie se résout à lâcher Kadhafi

Ankara reconnaît le Conseil national de transition comme le « représentant légitime du peuple ».

Soucieux de sauvegarder ses intérêts économiques dans la « Libye de demain », Ankara a finalement choisi les rebelles plutôt que Kadhafi. Après avoir ménagé Tripoli au début de l’opération militaire, la Turquie a rompu le week-end dernier ses relations diplomatiques avec le régime libyen, tout en reconnaissant le Conseil national de transition (CNT), comme « le représentant légitime du peuple libyen ».

Ce durcissement a été annoncé dimanche par Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque, en visite à Benghazi, le fief des rebelles. « La Libye et la Turquie ont une histoire commune et un avenir commun », a lancé Davutoglu, depuis la place de la Liberté de cette ville délivrée du joug du dictateur. Accompagné d’une importante délégation d’hommes d’affaires, le ministre turc des Affaires étrangères a lui-même reconnu que son pays avait « un peu traîné les pieds ».

Cette nette inflexion s’explique par des raisons tout autant économiques que politiques. « La Turquie a eu peur de perdre ses importants contrats en cours, d’un montant de plus de 20 milliards de dollars », souligne un proche de l’AKP, le parti islamiste au pouvoir à Ankara. « En continuant de soutenir un régime qui n’a pas d’avenir, Ankara a craint de se retrouver du côté des perdants, lorsque Kadhafi sera remplacé », ajoute cet expert. Les dirigeants turcs auraient reçu des assurances que leurs contrats seraient renouvelés par les futures autorités libyennes. Le message aurait été transmis par des responsables du CNT lors de récentes visites à Ankara.

Sous la pression du Golfe

D’autre part, la Turquie s’est retrouvée sous la pression des pays du Golfe, dont Ankara s’est rapproché ces dernières années – en particulier du Qatar, l’un des plus actifs en Libye. Le premier ministre Recep Erdogan aurait infléchi sa position, après une visite fin juin à Ankara de Cheikh al-Thani, l’émir du Qatar, ce dernier l’avertissant qu’Ankara allait se retrouver « tout seul pour soutenir Kadhafi, et qu’à terme sa position n’avait pas d’avenir ». Jusqu’aux élections législatives du 12 juin, Erdogan ne souhaitait pas heurter son opinion en prenant des initiatives contre un pays musulman. Enfin, Ankara finit par avoir le sentiment de ne pas avoir été écouté par le colonel Kadhafi, auquel deux plans de sortie de crise ont été soumis par Erdogan. Mais à chaque fois, le dictateur a refusé ses « feuilles de route ». Avant la crise, des dizaines de milliers de Turcs travaillaient en Libye, notamment dans la construction. Plus de 17 000 d’entre eux ont quitté le pays, fin février.

Mais, au-delà des intérêts économiques, « le facteur politique reste le plus important », insiste le rédacteur en chef du journal Daily News, Murat Yetkin, cité par l’AFP. Selon lui, « la Turquie ne veut pas s’opposer aux pays avec lesquels elle a des liens historiques ». Après avoir refusé de prendre part aux raids aériens contre le régime de Tripoli, Ankara avait peu à peu durci sa position, jusqu’à retirer samedi dernier son ambassadeur à Tripoli. Dans la foulée, la Turquie a annoncé qu’elle adoptait des sanctions contre la Libye, qui visent surtout la Libyan Foreign Bank.

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