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L’armée turque perd son bras de fer contre Erdogan 1 août 2011

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 20838, lundi 1 août 2011, p. 5

Laure Marchand, Istanbul

La démission de l’état-major consacre l’affaiblissement du pouvoir militaire face à l’AKP.

Dans l’histoire de la République turque, c’est l’armée qui, traditionnellement, forçait les gouvernements à la démission. Cette fois-ci, les rôles sont inversés et l’institution s’est sabordée. La direction de l’état-major a démissionné pour manifester son opposition au Parti du pouvoir et de la justice (AKP), qui dirige le pays. Du jamais-vu. De l’avis général, ce retrait, qui sonne comme une défaite face au pouvoir civil, confirme le cantonnement de plus en plus contraint de l’armée dans ses casernes. Il est largement interprété comme une manifestation de son incapacité grandissante à dicter ses desiderata aux représentants politiques.

Le général Isik Kosaner, chef des armées, ainsi que les commandants de l’armée de terre, de l’air et de la marine ont annoncé leur départ à la retraite anticipée vendredi. Dans un communiqué adressé à ses « compagnons d’armes », le chef de l’état-major a dit quitter ses fonctions à cause de son impuissance à empêcher la détention de 250 militaires d’active ou à la retraite, tous accusés par la justice d’avoir tenté de renverser le gouvernement islamo-conservateur. Selon les médias, la hiérarchie militaire a également réclamé en vain la promotion de certains des siens à l’occasion de la tenue du Conseil suprême militaire qui débute aujourd’hui. C’est dans cette instance, désormais sous tutelle civile, que sont entérinées les nominations et promotions au sein du commandement militaire.

Quatre putschs en un demi-siècle

Pour les médias et les analystes, cette démission collective sonne le glas de l’influence militaire dans la vie politique : initiatrice de quatre putschs en un demi-siècle au nom de la sauvegarde des institutions, encore omnipotente il y a à peine une décennie, l’armée est désormais forcée de se plier à l’autorité du gouvernement. Selon Murat Yetkin, rédacteur en chef du quotidien Hürriyet Daily News, il s’agit « d’un brusque tournant dans les relations entre civils et militaires qui pourrait contribuer à la qualité de la démocratie ».

Ces dernières années, la redistribution des champs d’actions dévolus à chaque institution avait déjà été largement engagée grâce aux réformes demandées par Bruxelles afin de circonscrire le rôle de l’armée à des tâches militaires. De plus, un bras de fer entre les généraux et l’AKP, qui est soutenu par la majorité de la population, se joue depuis l’arrivée au pouvoir de celui-ci en 2002. Les militaires ont notamment tenté de faire interdire l’AKP au prétexte d’« atteintes à la laïcité » en 2008. Le parti islamo-conservateur a pour sa part initié une série de procès dans lesquels des dizaines d’officiers sont poursuivis pour complots contre le gouvernement. La hiérarchie militaire est décimée : quarante-deux généraux en activité, soit un sur dix, sont derrière les barreaux. Et selon la presse, un procureur aurait décidé l’arrestation de 22 nouveaux militaires vendredi, jour de la démission des quatre commandants, dont plusieurs haut gradés.

Cette prise en main de la justice civile depuis 2007, applaudie à ses débuts, rencontre désormais des critiques : une partie des accusations est floue et cinq ans après les premières arrestations, aucune condamnation n’a encore été prononcée. Mais elle a eu pour effet d’entacher profondément le crédit de l’armée. Jadis institution préférée des Turcs, elle a perdu son prestige aux yeux de l’opinion. Après l’effet de surprise suscité par la démission fracassante des quatre commandants, la confusion s’est d’ailleurs rapidement dissipée. Même si la situation est « extraordinaire », a reconnu Abdullah Gül, le président de la République, il n’y a ni « crise » ni « vide ». Une façon de dire que l’ère des coups d’État est révolue. Et pour désamorcer l’impact de l’annonce, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a aussitôt promu le général Necdet Özel au rang de numéro deux de l’état-major – ce qui en fait le vraisemblable successeur d’Isik Kosaner.

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