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En Turquie, les chefs de l’armée se retirent 1 août 2011

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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Libération (France) lundi 1 août 2011, p. 6

Marc Semo

Fait sans précédent, la démission des principaux responsables de l’armée turque vendredi entérine la fin de son rôle politique dans le pays.

Pourquoi ce geste ?

Quelque 250 militaires sont actuellement incarcérés, dont 14 généraux et 58 colonels, qui devaient être promus lors de la réunion du conseil suprême militaire prévue aujourd’hui, pour de présumés complots contre le gouvernementde l’AKP.«Je ne suis plus en mesure d’exercer mes responsabilités et notamment de protéger mes personnels, a expliqué le chef d’état-major, Isik Kosaner, dénonçant ceux qui veulent donner l’impression que les forces armées sont une bande de criminels.» Des attaques visant certains journaux et le gouvernement islamo-conservateur qui utilise ces enquêtes pour réduire l’influence d’une armée longtemps considérée comme l’institution la plus fiable par une majorité de Turcs. Mais l’affaire Ergenekon – complot de militaires retraités et d’ultranationalistes – puis la révélation du plan Balyoz – qui, en 2003, prévoyait l’entrée en lice de l’armée pour rétablir l’ordre sur fond d’attentats – ont changé la donne. Même si les militaires assurent qu’il s’agissait d’un scénario comme en prévoient tous les états-majors.

Quel est l’enjeu ?

La démission collective des chefs de l’armée est un aveu d’impuissance. «Aujourd’hui l’arrestation d’un général ne fait pas plus d’effet dans les journaux qu’un grave accident de voiture, note l’universitaire Ahmet Insel, soulignant que s’achève le régime de tutelle militaire.» Par trois fois en 1960, 1971 et 1980, l’armée avait mené des coups d’Etat estimant la laïcité en danger. En 1997, elle poussa à la démission le Premier ministre islamiste, Necmettin Erbakan. Dès son arrivée au pouvoir en 2002, Recep Tayyip Erdogan utilisa les réformes souhaitées par Bruxelles pour marginaliser institutionnellement l’armée. Celle-ci tenta, sans succès, au printemps 2007, de mettre son veto à l’élection d’Abdullah Gül à la tête de l’Etat, et l’AKP triompha dans les urnes avec 47%, poussant ensuite son avantage. En juin dernier, ce parti augmentait encore son score avec 50% des voix. Le rapport de force avait clairement changé.

Que va-t-il se passer ?

«Il y avait une situation extraordinaire, mais désormais tout va dans le bon sens grâce aux règles de l’Etat de droit», a souligné hier le chef de l’Etat Abdullah Gül. En clair, les militaires se plient à l’autorité du pouvoir civil. Certains s’inquiètent néanmoins des tentations autoritaires d’un pouvoir issu du mouvement islamiste, qui contrôle désormais sans partage tous les rouages institutionnels. «Cette normalisation est un défi, reconnaît Ahmet Insel. C’est maintenant à la société civile turque de jouer son rôle de contre-pouvoir.»

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