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La Turquie, paramètre essentiel de l’équation régionale 24 août 2011

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France)mercredi 24 août 2011, p. 8

Guillaume Perrier

L’ONU stigmatise les atteintes aux droits de l’homme commises par le régime syrien
La Turquie est  » à bout de patience « .  » C’est notre dernier avertissement aux autorités syriennes. Si les opérations ne cessent pas, il n’y aura plus rien à discuter « , avait prévenu, mercredi 17 août, le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoglu, juste après le déclenchement de bombardements contre la ville de Lattaquié.

Mais le pouvoir syrien est resté sourd aux rappels à l’ordre de son voisin turc. La répression s’est poursuivie ces derniers jours contre les manifestations appelant à la chute du régime, faisant au moins quarante morts, vendredi, en Syrie.

Samedi 20 août, les chars sont de nouveau entrés à Homs. La Turquie condamne chaque jour un peu plus fermement le  » bain de sang en Syrie « , prenant ses distances avec son ex-allié. Récemment, le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a comparé Bachar Al-Assad au Libyen Mouammar Kadhafi, qui lui aussi a ignoré les injonctions turques à cesser les violences. Pourtant, Ankara se refuse toujours à réclamer explicitement le départ du dictateur syrien, comme l’ont fait ses alliés occidentaux, européens et américains, la semaine dernière.

Le gouvernement turc n’a pas non plus rappelé son ambassadeur, contrairement à l’Arabie saoudite. Vendredi, le Conseil national de sécurité, réuni à Ankara, s’est contenté d’un communiqué diplomatique :  » Des réformes politiques en faveur de la démocratie, en accord avec les demandes légitimes du peuple syrien, doivent être mises en œuvre selon un calendrier clairement défini.  »

Les manifestants syriens ont peu apprécié la prudence du gouvernement turc, même si ce dernier a démenti avoir octroyé un délai à Bachar Al-Assad, jusqu’à la fin du mois de ramadan (le 29 août), pour mettre en œuvre des réformes démocratiques.  » Les Turcs cherchent à gagner du temps, mais ce temps est suffisant pour un nouveau massacre « , déplore Nazir, un jeune Syrien de Jisr-Al-Choghour réfugié à Antioche, côté turc, depuis trois mois. Ankara tente de ménager le régime syrien, en continuant d’interdire, par exemple, aux réfugiés accueillis dans des camps côté turc de communiquer avec l’extérieur. La diplomatie turque joue la montre et veut encore croire à son pouvoir de persuasion.  » Rien ne peut se faire sans nous en Syrie « , a laissé échapper M. Davutoglu.

Elle a pourtant essuyé quelques déconvenues, la dernière en date lorsque le ministre est rentré bredouille de Damas, le 9 août, après une entrevue  » de la dernière chance  » avec Bachar Al-Assad. Le rendez-vous a viré au fiasco. Pendant les entretiens à Damas, les troupes continuaient de se déployer au nord. Le jour suivant, l’ambassadeur turc, Omer Onhon, fut invité à venir constater le retrait des troupes de la ville de Hama. Mais, dès le lendemain, l’armée syrienne était de retour.

D’un autre côté, la Turquie ne peut plus se permettre de hausser le ton sans rompre les liens avec Damas. Les condamnations des dernières semaines ont irrité la Syrie, mais aussi l’Iran, son principal allié. En cas de crise avec la Syrie, des turbulences seraient à prévoir avec Téhéran, deuxième fournisseur de gaz à la Turquie. De plus, l’opposition syrienne s’organise ouvertement depuis le territoire turc. La ville d’Antioche, située à 80 km de Lattaquié, et plus encore Istanbul, servent de bases arrière logistiques aux mouvements d’insurrection et de lieu de réunion aux différents groupes politiques hostiles à Bachar Al-Assad. Des opposants de tous les horizons se sont rassemblés pour la première fois à Antalya, fin mai. Et ce week-end, à Istanbul, les fondations d’un Conseil national, censé former le futur gouvernement de Damas après la chute du régime, ont été posées.

Si la Turquie s’accroche à un espoir de négociation, c’est que l’axe Ankara-Damas constituait le pilier de la diplomatie de bon voisinage mise en place par M. Davutoglu ces dernières années. Après avoir été proches d’un conflit armé à la fin des années 1990, les deux pays sont soudain devenus les meilleurs amis. M. Erdogan et son  » frère Bachar  » ont organisé des conseils ministériels en commun, scellé des accords commerciaux, aboli les visas… Début février, encore, le dirigeant turc inaugurait le  » barrage de l’Amitié « , sur le fleuve Oronte, autrefois sujet de contentieux. En se projetant de nouveau en Syrie, une ancienne province de l’empire ottoman, les Turcs se sont découvert un rôle de médiateur, organisant en 2007 des négociations indirectes entre la Syrie et Israël dans un hôtel d’Istanbul. Un échec.  » Finalement, la Turquie n’était peut-être pas aussi influente qu’elle le pensait « , estime Soli Ozel, professeur de relations internationales.

La crainte d’une division confessionnelle de la Syrie retarde aussi la rupture. Ankara ne veut pas d’un  » second Irak  » à sa porte. En cas de partition, la minorité kurde de Syrie, présente au nord-est, près de la frontière turque, pourrait être une source de préoccupation pour la Turquie, un refuge potentiel pour les rebelles du PKK. Les Alaouites, dont fait partie la famille Assad, concentrés dans la région côtière de Lattaquié, pourraient être tentés de se rapprocher des Alaouites turcs, majoritaires dans la région de Hatay, de l’autre côté de la frontière. L’ancien sandjak ottoman d’Alexandrette faisait partie de la Syrie sous mandat français, avant d’être cédé à la Turquie en 1938. Il reste une source de conflit potentiel avec Damas.

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