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Nedim Gürsel : la France racontée aux Turcs, aux autres et à soi-même 6 septembre 2011

Posted by Acturca in Art-Culture, Books / Livres, France, Istanbul, Turkey / Turquie.
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Le Soir Echos (Maroc) 6 septembre 2011

Salim Jay

Il y a quelques mois, je vous disais tout le charme des souvenirs d’enfance et d’adolescence du romancier turc Nedim Gürsel dans ce livre où il est à son meilleur Au pays des poissons captifs (Bleu autour, éditeur). Il y évoquait sa Turquie mais aussi le Paris de ses parents, et son Paris à lui, issu du fait que « Paris » fut l’un des premiers mots qu’il déchiffra, enfant, sur la carte postale envoyée par son père à l’adresse de leur maison du Faubourg des Vieux Joailliers  : «Je suis à Paris. Voici ce paysage que l’on voit de ma chambre d’hôtel».
 
Les lecteurs de Littératures méditerranéennes et Horizons migratoires (éditions La Croisée des chemins/ Séguier) peuvent découvrir une nouvelle du recueil de Gürsel Balcon sur la Méditerranée (Seuil, 2003) qui est intitulée Hôtel du désir et se déroule dans une chambre d’hôtel du quatorzième arrondissement de Paris.

 Cette ville, souvent évoquée ailleurs par Nedim Gürsel, est donc absente de son recueil de promenades et de réminiscences françaises Belle et rebelle, ma France publié ce printemps aux éditions Empreinte du temps présent où il avait donné du clairon en 2009 avec une «défense et illustration» intitulée La Turquie : une idée neuve en Europe.

 Si point de pérégrinations parisiennes dans Belle et rebelle, ma France, ces récits de voyage (19992-2010) traduits par Jean Descat obéissent à la confidence de l’écrivain britannique Julian Barnes placée en épigraphe : «Ma France à moi est géographiquement provinciale et foncièrement rebelle» On signalera tout de suite que Barnes est un écrivain d’une subtilité presque grandiose, pour inviter par exemple à la découverte de son roman Le Perroquet de Flaubert (Stock).
 
Le premier chapitre de Belle et rebelle… nous conduit à Brest, la ville du poème de Jaques Prévert : Rappelle-toi, Barbara . Nedim Gürsel a le chic pour s’immiscer avec naturel dans la littérature universelle : «Oui, je me rappelle. J’avais seize ans, j’étais pensionnaire au lycée et, quand j’ai lu ce poème dans la traduction de Teoman Akturel qui n’est plus de ce monde, je n’avais encore jamais embrassé une fille sur les lèvres».

 Et de nous apprendre au chapitre suivant que Balzac, dans son roman Albert Savarus, présente Besançon comme «une ville dans un fer à cheval.» Je me souviens, quant à moi d’un universitaire marocain absolument intaissable sur Albert Savarus… Du haut du pont Battant, Gürsel lui, regarde les eaux du Doubs qui «apportent jusqu’ici les vers de Nazim Hikmet» : «Il regarde l’eau vive / Il pense à Héraclite / (…) Peut-on enfermer une eau vive ?».
 
Évidemment, Gürsel cite Hugo : «Ce siècle avait deux ans (…) Alors dans Besançon, vieille ville espagnole, / Naquit d’un sang breton et lorrain à la fois / Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;/ Abandonné de tous, excepté de sa mère, / c’est Moi».

 Le grand-père de Nedim ne se séparait jamais de sa montre fabriquée à Besançon. C’est à Besançon que sa mère vint en 1963 améliorer, quatre mois durant, sa connaissance du français car elle voulait poursuivre l’œuvre de traduction de son défunt mari. Nedim, à Besançon, imagine sa mère dans le foyer d’étudiantes et il regarde l’horloge de Vérité. Ce patronyme d’horloger est le prétexte saisi par l’écrivain turc à une méditation baudelairienne.

 Si j’avais à composer une anthologie de textes évoquant Besançon, Nedim Gürsel s’y trouverait en compagnie du Marocain Mustapha Kharmoudi Ô Besançon une jeunesse 70 (L’Harmattan, 2009). Ô Besançon … raconte avec une dose égale de fantaisie et de gravité le «détournement» d’un jeune étudiant par le militantisme et le donjuanisme sur fond de Lip, l’usine théâtre d’un conflit social emblématique.
 
Il arrive à Gürsel d’être amusant, à condition qu’il se prive d’aligner plus ou moins onctueusement le nom des importants auxquels il serra la main en province ou à Paris et qui lui firent l’éloge de son talent. Ainsi nous fait-il sourire à Poitiers : «au Futuroscope (…) grâce à des écrans hauts comme des immeubles de sept à dix étages, je suis descendu au fond des océans. (…) Dans son grand parc, le Futuroscope est un lieu fort intéressant (que) je recommande aux solitaires poursuivis pas le passé qui, comme moi, veulent sortir d’eux-mêmes».
 
Quant à lire un exercice de poitologie phobique, on ne recommandera pas Belle et rebelle, ma France mais plutôt, du romancier Jean Demélier Le Jugement de Poitiers (Ramsay, 1979), – ouvrage aujourd’hui lui introuvable – qui était un texte hilarant dans sa dénonciation des mesquineries de Monsieur et Madame Tout le Monde.

 C’est à Poitiers que Gürsel commença d’écrire Un long été à Istanbul (Seuil), ouvrage dont je rendis compte, au milieu des années 80 dans un mensuel parisien, Baraka, dont Driss El Yazami était le rédacteur en chef.

 Et là, aujourd’hui, la place va me manquer pour évoquer Angoulême, selon Nedim –et selon Balzac dans Les Illusions perdues -, Marseille où, à peine débarqué, Nedim apprit de la belle dont il était amoureux : «Tout est fini entre nous…». Mais ne ratez pas dans Belle et rebelle, ma France les lignes du grand écrivain turc Sait Faik. Et vous savourerez le chapitre intitulé Rêveries d’un promeneur solitaire dans la France profonde où Nedim Gursel avoue n’avoir pas encore réussi à assimiler cette expression France profonde qui le dispute en énigme à la raffarinade France d’en-bas…

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