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Entretien avec Kjetil Tungland, directeur général de TAP: « Nous n’investirons pas sans avoir de garantie sur le gaz » 8 novembre 2011

Posted by Acturca in Caucasus / Caucase, Central Asia / Asie Centrale, Energy / Energie, EU / UE, South East Europe / Europe du Sud-Est, Turkey / Turquie.
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Europolitique, 8 novembre 2011

Par Tamás Kugyela

Le 25 octobre, l’Azerbaïdjan et la Turquie se sont mis d’accord sur les détails juridiques et commerciaux du transport gazier de la Caspienne vers l’Europe. Cet accord est intervenu après l’échéance du 1er octobre fixée pour la soumission des projets de gazoducs européens relatifs à l’accès au champ gazier offshore azéri Shah Deniz II. Quatre projets sont en concurrence : l’interconnecteur Turquie-Grèce-Italie (ITGI) de DEPA (Grèce) et Edison (Italie) ; le gazoduc trans-adriatique (Trans Adriatic Pipeline – TAP), dirigé par Statoil (Norvège) et EGL (Suisse) ; Nabucco, partagé par les compagnies gazières nationales de Bulgarie, Turquie, Hongrie, Autriche, Roumanie et la compagnie allemande RWE ; et le South-East Europe Pipeline (SEEP) de BP. A l’occasion du « South Eastern Europe Gas Forum » organisé par TAP le 27 octobre à Bruxelles, le directeur général de TAP Kjetil Tungland évoque les perspectives d’avenir du corridor gazier du sud pour l’Europe.

Quelle est la situation des projets en concurrence ? Qui est en tête ?

C’est le plus mauvais moment pour en juger. Tous les projets et acheteurs potentiels ont présenté leurs propositions et offres de prix à Shah Deniz (SD) dans les délais impartis. Depuis, le Consortium SD étudie les options mais n’a laissé filtrer aucune information. On peut toutefois soulever quelques points. Notamment, il était très important que l’Azerbaïdjan s’entende avec la Turquie sur le transit du gaz. Cela rend les projets TAP et ITGI plus réalistes.

TAP est en bonne place grâce à ses qualités substantielles, surtout sa conception souple. Shah Deniz est la seule entité à l’heure actuelle qui propose du gaz à vendre (10 milliards de m³ ou mmc). Nous avons prévu dans un premier temps de transporter ce volume. Mais, par la suite, il y aura davantage de gaz disponible de l’Azerbaïdjan ; nous avons donc prévu de pouvoir doubler la capacité du gazoduc (soit 20 mmc au lieu de 10), sur toute la distance de la Turquie à l’Italie, par l’ajout d’une seule station de compression. Comme l’un des critères de sélection de Shah Deniz est l’évolutivité, c’est vraiment un avantage concurrentiel.

De plus, notre trajet via l’Albanie permet de traverser la mer Adriatique en son point le moins profond ce qui donne la possibilité de se connecter aux pays du sud-est européen de façon optimale La région souffre d’interconnexions peu performantes et du fait d’être approvisionnée par une source unique, le gaz russe. Les pays les plus durement touchés sont ceux des Balkans occidentaux. En conséquence, l’IAP (1) qui va de la Croatie à l’Albanie via la Bosnie et le Monténégro, a signé un protocole d’accord pour pouvoir être relié à TAP. Cela contribue vraiment à l’intégration, un point qu’aucun autre projet ne peut avancer.

BP a déclaré, lors de notre conférence d’aujourd’hui, se sentir à l’aise avec les prix gaziers qui ont été présentés et les tarifs proposés pour le transport, du point de vue de SD. Pour moi, cela veut dire que les prix sont juste suffisamment élevés pour couvrir les coûts. C’est une bonne nouvelle. Il va sans dire que c’est un critère important pour eux, autrement l’information n’aurait pas filtré.

Mais quant à savoir l’importance accordée aux autres critères énumérés par le Consortium SD : rien ne filtre sur ce que sont les critères les plus importants pour eux. Ils ont cité le caractère commercial, l’évolutivité, la viabilité technique, l’opérabilité et la capacité de financement.

Comment l’Union européenne est-elle impliquée dans le processus décisionnel ?

Je pense que la Commission a un problème à ce niveau : ce n’est pas elle qui décide mais le consortium Shah Deniz, qui regroupe des entreprises commerciales. Il décidera et fera sa recommandation au gouvernement azéri. Il n’y a donc aucune place pour d’autres organismes. Quoi qu’il en soit, la Commission et d’autres ont essayé de politiser le processus en tentant d’influencer la conception de ce que serait la meilleure solution. Ils peuvent avoir une stratégie et une préférence pour l’Europe mais ils ne prendront pas la décision finale.

Le projet SEEP de BP a été présenté quelques jours à peine avant l’échéance fixée par Shah Deniz. Comment a-t-il émergé et pourquoi aussi soudainement ?

Shah Deniz nous a informés en mars qu’ils envisageaient l’option d’un approvisionnement ne passant que par la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie par un système autre que Nabucco. Pour moi, il s’agit plus d’un concept : une alternative quant à la manière de servir des consommateurs potentiels dans cette région. C’est leur idée et ils vont évaluer nos propositions et celles des autres par rapport à cette solution potentielle.

On peut se demander pourquoi ils ont décidé de le présenter quelques jours à peine avant le 1er octobre. Il est clair qu’ils ne pouvaient pas s’attendre à ce que les autres projets, dont le nôtre, s’adaptent à ce fait. A ce stade, nous en étions en effet à la finalisation de notre proposition et ils le savaient, donc l’auditoire visé aurait dû être différent. On peut se lancer dans des spéculations pour savoir de qui il aurait s’agit. Je pense que le noeud de l’affaire est qu’ils disent aux sponsors et aux appuis qu’il y a un marché sur cette route que Nabucco ne peut pas satisfaire. C’est du moins mon interprétation.

Statoil est le plus gros actionnaire de TAP, et avec BP, il est impliqué aussi dans Shaz Deniz. Quelle relation y a-t-il entre les deux compagnies ?

Je suis secondé dans TAP par Statoil, mais comme il existe de véritables murailles de Chine au niveau interne je suis coupé de toutes les informations relatives aux tractations de la compagnie concernant Shah Deniz. Cela dit, j’ai toujours eu l’impression que le concept de ce gazoduc sud-est européen s’aligne sur tous les partenaires de Shah Deniz. Statoil est entré dans TAP pour veiller à ce qu’il y ait au moins une bonne solution pour l’acheminement de leur gaz en Europe. Il se peut donc que Shaz Deniz ait quatre options, donc nous avons fait du bon travail en encourageant la concurrence.

Quelles sont les prévisions à propos du volume de gaz disponible de l’Azerbaïdjan ? Y en aura-t-il assez pour fournir le projet Nabucco qui peut transporter 31 mmc ?

C’est précisément la question. L’Azerbaïdjan parle d’accumulation dans les couches plus profondes, dans les champs ACG(2) et Shah Deniz. Il pourrait s’agir d’un volume d’au moins 3 à 4 mmc. Total a du gaz à Absheron, pour environ 5 mmc. En tout, il pourrait y avoir entre 5 et 10 mmc de réserves avérées. Mais rien n’a été dit à propos du moment où ces réserves peuvent être mises à disposition. Il semblerait que ce soit impossible avant 2020. Nous ne sommes pas prêts à investir dans un gazoduc en aval sans garantie sur le gaz, donc nous concevons sur la base des volumes qu’ils veulent bien garantir, mais nous préparons un volume additionnel de 10 mmc. Je ne vois pas comment des gazoducs plus volumineux pourront faire en sorte que leurs calculs fonctionnent.

La Commission insiste sur la nécessité de progresser et de négocier un gazoduc vers le Turkménistan. Que pensez-vous de la situation là-bas ?

Il me semble que le défi est énorme. C’est difficile à prévoir, étant donné le terrain géopolitique impliquant la Russie, l’Iran et la Chine qui ont des motivations et des intérêts différents dans cette région. Je doute vraiment que ce projet puisse être réalisé dans un avenir proche – certainement pas dans le même laps de temps que la mise en circulation du gaz de Shah Deniz II en 2017/2018.

Si l’on voit plus grand, l’Europe aura besoin d’importer beaucoup de gaz, donc je soutiens complètement les efforts déployés pour connecter le Turkménistan, mais ce sera très difficile et il faudra beaucoup de temps.

(1) Ionian-Adriatic Pipeline
(2) Azeri-Chirag-Guneshli

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