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Les trois énigmes du Moyen-Orient 12 novembre 2011

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 20926, samedi 12 novembre 2011, p. 15

Alexandre Adler

Conformément aux intrigues classiques des romans policiers à couleur orientaliste, trois énigmes semblent aujourd’hui converger vers une crise unique qui affecte en réalité toute la surface du Moyen-Orient. Première énigme, de loin la plus simple. Y a-t-il une stratégie unifiée de l’islamisme sunnite ? Ici, une certitude en tout cas : nous avons changé d’époque. Après la mort d’Oussama Ben Laden, et après les débuts de la déconfiture de la stratégie d’union islamiste sunnite-chiite d’Ahmadinejad en Iran, nous assistons au triomphe de l’aile réformiste et relativement modérée du mouvement islamiste. Celle-ci a toujours eu pour colonne vertébrale la faculté de théologie sunnite al-Azhar du Caire et son expression politique classique, la confrérie des Frères musulmans.

Ceux-ci vont gagner les élections égyptiennes aussi nettement, et probablement davantage que leurs émules tunisiens Ennahda viennent de le faire. Il résulte de cette avancée spectaculaire un bouleversement complet de la carte géopolitique de la région. Déjà au Maroc, le Parti de la justice et du développement qui, lui, est lié très officiellement à l’AKP turc, espère, de la même manière, s’insérer au coeur du nouveau processus électoral, et il est parfaitement clair qu’une fraction conséquente des révolutionnaires libyens entend également prendre une option majeure sur le nouveau pouvoir à Tripoli.

La question est de savoir s’il s’agit d’une simple vague idéologique, comme celle qui en 1997-1998 porta la social-démocratie au pouvoir dans les cinq plus grands pays de l’Union européenne, ou si, souterrainement, une concertation est déjà en train de se mettre en place entre ces divers mouvements dont les origines et les options idéologiques sont en gros les mêmes. Pour le cas où il en irait ainsi, il devient évident que le tour de plus en plus islamiste qu’assume l’insurrection syrienne devrait être corrélé à cette montée en puissance de la confrérie. De la même manière, et ici le doute n’est guère permis, le Hamas à Gaza a abandonné son parrainage iranien pour revenir dans le giron des sunnites égyptiens qui l’avait fait naître. Mais les choses sont-elles allées encore plus loin et y a-t-il une entente un peu plus que tacite entre les Frères musulmans égyptiens, l’AKP turc et l’émirat du Qatar ? Il est en tout cas certain que l’émirat du Qatar et son véritable bras armé qu’est la chaîne satellitaire al-Jezira font activement campagne pour le nouvel islamisme « soft » et que toutes les ressources financières considérables de l’émirat, dont la famille royale est par ailleurs alliée à l’ancienne dynastie libyenne des Semoussie, se sont déversées sur le Conseil de transition libyen, au point de faire du nouvel État l’allié organique du Qatar.

Mais qu’est-ce que le Qatar ? On n’a rien compris à ce micro-État si l’on ne sait pas que la famille al-Thani qui y règne est une sorte de branche cadette du grand clan des Saoud, aujourd’hui en rivalité totale avec ses aînés et, pour cela, capable de mettre en oeuvre une stratégie tous azimuts de mise en échec des amis de Riyad à l’échelle du Moyen-Orient tout entier. Or les Frères musulmans en particulier et les Égyptiens en général sont les rivaux historiques des wahhabites saoudiens pour la direction de l’islam traditionnel.

On peut dès lors se demander si le tournant turc consistant à déstabiliser le Baath dans son dernier bastion syrien et à refroidir ses relations avec l’Iran au bénéfice d’une nouvelle alliance avec les Frères musulmans, incluant le Hamas à Gaza mais ménageant les États-Unis, ne ferait pas partie de ce même ensemble. Entre les partisans traditionnels de bons rapports avec les Saoudiens et les tenants de cette nouvelle stratégie, l’AKP turc pourrait bien se retrouver à son tour pris dans des contradictions qui ne sont pas originellement les siennes.

Les deux autres mystères concernent la réelle situation d’Ahmadinejad en Iran et sa capacité de conduire à son terme la nucléarisation militaire de son pays, mais aussi le destin du véritable bras de fer qui oppose à travers les polémiques journalistiques le premier ministre d’Israël, Nétanyahou, et son ancien chef des services secrets, Meïr Dagan, qui s’est très publiquement opposé à toute velléité de combattre le programme nucléaire iranien par une agression militaire. Mises toutes ensemble, ces trois équations singulières rappellent un peu une formule chimique explosive. Or on sait que E = MC2 n’a fini par trouver sa solution concrète que trente ans après l’invention de la relativité générale par Einstein, en 1916. Cette solution, rappelons-le, s’appelait la bombe atomique.

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