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« Printemps arabe » et automne turc 8 décembre 2011

Posted by Acturca in Books / Livres, France, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) jeudi 8 décembre 2011, p. 25
Livres du jour

Alain Frachon

Ce qui se passe en Turquie est important, et bien au-delà des frontières de cette puissance régionale émergente – ré-émergente, devrait-on dire. La Turquie est un exemple pour le monde arabe. Son premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, s’en vante volontiers. Il sillonne la région en VRP d’un « modèle turc  » qui a bien des atouts : implantation progressive de la démocratie dans un pays musulman; succès économiques répétés. Une partie du bilan est à mettre au crédit de M. Erdogan et de son parti islamo-conservateur, l’AKP. Cette formation est au pouvoir depuis dix ans. Elle est la référence des islamistes qui, ici et là dans le monde arabe, s’apprêtent à exercer des responsabilités gouvernementales. Ennadha à Tunis, les Frères musulmans au Caire, d’autres à Tripoli ou à Rabat, tous se tournent vers l’AKP : il y aurait une version sereine de l’islam politique et elle serait compatible avec la démocratie.

Selon le Conseil de l’Europe, la Cour européenne des droits de l’homme devrait examiner un millier de dossiers d’atteintes à la liberté d’expression en Turquie, où environ 70 journalistes sont actuellement détenus

Le problème, c’est qu’il y a de sérieuses fissures dans le modèle AKP. Au moment où il devrait être plus exemplaire que jamais, il régresse. Une de ses plus séduisantes composantes, la démocratisation, recule – et dangereusement, nous dit Martine Gozlan. La reporter Proche-Orient de l’hebdomadaire Marianne est allée entendre tous ceux qui, journalistes, éditeurs, universitaires, dénoncent le tournant autoritaire pris depuis quelque temps à Ankara. Au nom de la lutte contre le séparatisme kurde, le régime AKP réprime large; il cherche à intimider nombre de ceux qui le critiquent, notamment ceux qui pointent l’influence grandissante au sein de l’Etat d’une puissante confrérie islamique.

Lendemains de fête

Ankara donne le mauvais exemple. Il ne faudrait pas qu’il déteigne. La Tunisie sera un test. Elle a été à l’origine du  » printemps arabe « . Les islamistes d’Ennahda, qui se réclament du modèle  » akapiste « , viennent d’y remporter les élections à une assemblée constituante. Moment de transition, moment de tous les possibles, qu’ausculte Serge Moati. Pour des raisons familiales, le réalisateur a la Tunisie chevillée à l’âme. Rien ne l’a plus réjoui que cette  » révolte de la dignité « . Il l’attendait. Il a ouvert son micro à certains de ses acteurs. Un espoir mêlé de craintes traverse ces conversations : pourvu que la Tunisie soit à la hauteur de ce qu’elle a déclenché !

Moati n’est ni naïf ni porté au lyrisme en politique. Même tard dans la soirée, ce ne sont pas les derniers verres de boukha qui l’étourdissent : il sait qu’il y a, parfois, des lendemains de fête ingrats.

Le politologue Antoine Basbous ne l’ignore pas non plus. Dans une vaste synthèse, il retrace les causes de cette  » Intifada  » qui n’a pas fini d’ébranler des tyrannies arabes dont il relate les plus noirs secrets.

L’Imposture turque, Martine Gozlan, Grasset, 116 p., 9 €

Dernières nouvelles de Tunis, Serge Moati, Michel Lafon, 284 p., 16 €

Le Tsunami arabe, Antoine Basbou, Fayard, 372 p., 19 €

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