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La Turquie prend la France à partie sur son passé colonial 24 décembre 2011

Posted by Acturca in Caucasus / Caucase, France, History / Histoire, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 20962, samedi 24 décembre 2011, p. 4

Laure Marchand, Correspondante à Istanbul

Recep Tayyip Erdogan appelle les anciens pays colonisés à réagir et met en cause le père du président de la République.

En annonçant la première salve de mesures de rétorsion contre la France après l’adoption par les députés français d’une loi pénalisant la négation des génocides, jeudi, le premier ministre turc avait fait preuve d’une sobriété inhabituelle. Il avait alors annoncé la suspension des « visites politiques, économiques et militaires » et rappelé comme prévu l’ambassadeur turc en France. Celui-ci a en effet quitté Paris vendredi matin. Et Recep Tayyip Erdogan s’est rattrapé, hier, en se livrant à une de ses diatribes qu’il affectionne tant. Après avoir accusé Nicolas Sarkozy d’attiser « la haine du musulman et du Turc » en France à des fins électoralistes, il a déclaré que « 15 % de la population algérienne (avait) été massacrée par les Français après 1945 » et qu’il s’agissait d’un « génocide ». « Si le président français, M. Sarkozy, ne sait pas qu’il y a eu un génocide, il devrait aller en parler à son père, Pal Sarkozy, (…) qui a été légionnaire en Algérie dans les années 1940 », a-t-il poursuivi à la tribune d’une conférence consacrée au changement dans les sociétés musulmanes et sur le rôle des femmes. « Je suis sûr qu’il a beaucoup de choses à dire à son fils sur les massacres commis par les Français en Algérie. » Le père du président a immédiatement répliqué, hier, qu’il n’avait « jamais été en Algérie », qu’il n’avait même « jamais dépassé Marseille », concluant : « C’est totalement ridicule. »

Lorsque le chef du gouvernement turc a un grief à l’encontre de Paris, il fait fréquemment référence au passé colonial français. Cette fois encore, les autorités turques, courroucées par le vote sur le génocide arménien, semblent avoir choisi de répliquer sur le terrain de la controverse historique. Hier, devant l’ambassade française, à Ankara, une poignée de manifestants ont déroulé une longue banderole dénonçant l’« histoire sanglante » de la France en Afrique, accompagnée de photos du Cameroun, du Sénégal, de la Guinée… Ce thème est porteur, notamment auprès de l’électorat pieux de l’AKP, le Parti pour la justice et du développement, au pouvoir, et est souvent repris dans les journaux proches du gouvernement. Dans un long éditorial consacré à la colonisation de la France en Afrique, Bülent Kenes, dans le journal conservateur Zaman, conseille à Nicolas Sarkozy de « se regarder dans le miroir » pour voir qui est le « vrai génocidaire ».

Sur le plan politique, en 2006, déjà, lorsque les députés français avaient adopté un premier texte reconnaissant le génocide arménien, une loi reconnaissant un génocide en Algérie avait été évoquée au Parlement turc. Ce projet avait finalement été abandonné. Sans parler de génocide, le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a déclaré que la diplomatie turque allait à l’avenir insister auprès des pays qui ont été colonisés par la France sur les exactions commises par l’administration française. « Il n’y a plus de Turquie sur la défensive, il y a maintenant une Turquie active, forte sur tous les fronts, a-t-il martelé. Le temps de nous imposer quoi que ce soit est révolu. » Contrairement à la France, « nous n’avons à rougir de rien dans notre histoire, nous tirons notre force de notre histoire », a poursuivi Ahmet Davutoglu, fervent défenseur de l’Empire ottoman, devant le parterre d’ambassadeurs turcs qui étaient rassemblés hier, à Ankara, à l’occasion de leur conférence annuelle. Sans doute plus ennuyeuse pour l’action de la France sur la scène diplomatique internationale, l’évocation par le président de la République, Abdullah Gül, d’un retrait « nécessaire » de Paris du Groupe de Minsk, qui supervise les discussions entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie dans le conflit du Haut-Karabagh, si la loi était définitivement adoptée après un passage au Sénat avant la fin du quinquennat.

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