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La petite Turquie de Kerem à Cusset 27 décembre 2011

Posted by Acturca in France, Immigration, Turkey / Turquie.
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La Montagne (France) mardi 27 décembre 2011, p. Vichy-08

Ambre Chauvanet et Delphine Raynal

La France c’est sa vie, la Turquie ses racines. Voilà trente ans cette année que Kerem Yalsin vit en France. Agé de 40 ans, cet immigré turc raconte son parcours. Celui d’un homme nostalgique d’un pays qu’il n’a pas eu le temps de bien connaître et d’une France des années 80 qu’il ne retrouve plus aujourd’hui.

«On est entre deux balances » dit Kerem Yalsin pour résumer sa situation d’expatrié. D’ailleurs « à la maison on vit turc, on parle et on mange turc, à l’extérieur par contre on fait comme tout le monde. »

C’est à l’âge de 10 ans qu’il s’installe à Cusset. Son père, lui, est arrivé dix ans plus tôt. En novembre 1981 Kerem vient le rejoindre avec sa mère et ses cinq frères et soeurs. Depuis trente ans qu’il vit à Cusset Kerem a gardé sa nationalité turque: « A 18 ans quand on m’a proposé la naturalisation, j’ai refusé pour préserver mes racines et aussi par fierté ».

Aujourd’hui et depuis plus d’un an, il constitue son dossier de naturalisation française. Il faut dire qu’il s’est construit son petit univers à Cusset. Il a fondé une famille, rencontré de nouveaux amis et créé son entreprise de plâtrier. « Mais c’est surtout pour la paperasse que je fais la demande » admet-il. Une carte d’identité ne le rendrait pas plus français que ce qu’il n’est déjà sauf sur le plan administratif car son intégration a commencé dès son arrivée. Immédiatement il a été scolarisé à l’école Fernand Lafaye à Vichy. Il y a suivi des cours de français pendant deux ans avant d’entrer dans une classe spécialisée où « toutes les nationalités étaient confondues ». Il n’a d’ailleurs pour ainsi dire pas connu de racisme, ni à cette époque ni jusqu’à aujourd’hui.

Après le parcours habituel suivi au collège, il obtient son CAP puis son BEP de platrier à l’Ecole des Métiers du Bâtiment de Charmeil. Enfin, il monte son entreprise, toujours à Cusset où il emploie aujourd’hui huit personnes.

Même si sa réussite professionnelle le satisfait, « le plus important c’est la famille ».

Il se marie avec une native de son village, arrivée à Cusset en 1996. Ensemble, ils ont trois garçons.

Kerem entretient toujours des liens privilégiés avec ses parents, ses frères et soeurs: « Je les vois tous les jours puisque nous sommes voisins ». Une partie de sa famille est cependant restée en Turquie. Il retourne tous les deux ans à Gemerek dans la maison où il a grandi. Avec sa femme et ses enfants, ils y restent généralement six semaines. Pourtant, à chacune de ses arrivées en Turquie comme en France, il se sent perdu. Il éprouve le besoin de faire le chemin inverse et de retrouver ce qu’il a laissé: « Je ressens la même chose quand j’y vais et quand je reviens en France ». C’est pour lui une déchirure de ne pas avoir tout ce qui lui est cher réuni dans un seul et même endroit.

Finalement, la douleur est moindre puisqu’il a su s’imprégner de chacune des cultures pour devenir l’homme qu’il est aujourd’hui. Par exemple, en cette période de fin d’année, il a fêté Noël comme tout le monde. Enfin presque. Il offre tous les ans des cadeaux à ses enfants mais ce n’est que pour leur éviter d’envier les camarades de classe à la rentrée. « Cette fête est bien trop commerciale pour moi, alors que c’était un beau symbole culturel dans les années 1980 ».

Sa fête à lui c’est l’Aïd, célébrée à la fin du Ramadan, chaque année. C’est le moment pour lui de retrouver ses parents et frères et soeurs, qui habitent pour la plupart à Cusset. Tout le monde ramène sa petite spécialité et ils partagent un repas qui signe la fin du jeûne. Ensuite, ils vont à tour de rôle « souhaiter la bonne fête » aux plus anciens de la famille. C’est une période de partage mais aussi le moment de faire des cadeaux à toute la famille et surtout aux enfants.

Finalement, Kerem a su utiliser ses déchirures et ses différences pour se construire une vie agréable qu’il ne changerait pour rien au monde. D’ailleurs pas de portrait chinois pour Kerem puisque dit-il, « j’aime être ce que je suis, je ne voudrais pas être dans la peau d’un autre ».

Bio express

Naissance
A Gemerek, en 1971. Officiellement déclaré en 1973 à l’Etat civil.

Nationalité
Turque

Situation familiale
Marié, 3 enfants de 3, 6 et 14 ans.

Ce qu’il aime à Vichy
La ville est plus vivante qu’à Clermont Ferrand, puisque même les magasins sont ouverts le dimanche.

Ce qu’il n’aime pas à Vichy
L’humidité et la pluie. Le manque de différence entre les saisons en France en général.

Loisirs
Le foot qu’il a pratiqué pendant dix ans. Il le regarde aujourd’hui à la télé. Il supporte Barcelone.

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