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Syrie : Ankara et Paris à cran 22 février 2012

Posted by Acturca in France, Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Libération (France) mercredi 22 février 2012, p. 1

Par Marc Semo, Envoyé spécial à Ankara et Istanbul (Turquie)

Diplomatie La France et la Turquie avaient appelé chacune à une conférence internationale des «amis de la Syrie». La première se tiendra ce vendredi à Tunis, comme le souhaitait Paris. La seconde devrait avoir lieu à Istanbul, comme le veut Ankara. Mais si les autorités françaises et turques agissent, de fait, à l’unisson pour mobiliser la communauté internationale, elles sont désormais en rivalité ouverte et… ne se parlent plus. Ou pas directement et surtout pas sur les affaires syriennes.

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Syrie : Paris et Ankara, accord à froid

Les deux pays, brouillés, mènent la dénonciation de la répression, à deux jours de la conférence de Tunis.

Les deux capitales sont depuis des mois les plus engagées dans le dossier syrien et elles appellent chacune de leur côté à une conférence internationale des «amis de la Syrie» avec la Ligue arabe, les Etats-Unis et les principaux pays européens. La première se tiendra ce vendredi à Tunis, comme le souhaitait Paris. La seconde devrait avoir lieu à Istanbul, comme le veut Ankara. Mais si les autorités françaises et turques agissent de fait à l’unisson pour mobiliser la communauté internationale, elles sont désormais en rivalité ouverte et… ne se parlent plus. Ou pas directement, et surtout pas sur les affaires syriennes.

«Rivalité».«Nos contacts ne se font plus que par chercheurs interposés», soupire un diplomate. En rétorsion au vote de la loi sanctionnant la négation du génocide arménien, Ankara a décidé de geler les relations militaires et politiques. «Sur le dossier syrien, la Turquie sait être incontournable et elle veut rappeler clairement aux autorités françaises qu’elles ne peuvent rien sans elle», analyse Kadri Gürsel, éditorialiste de politique étrangère au quotidien de centre gauche Milliyet. Les positions des deux pays sur une crise internationale majeure n’ont pourtant pas été aussi proches depuis longtemps. «Il y a autant de rivalité que d’émulation entre les deux ministres des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu et Alain Juppé, qui partagent les mêmes convictions sur l’urgence d’arrêter les massacres du régime baasiste», assure Khaled Khodja, le représentant en Turquie du Conseil national syrien (CNS), principale organisation de l’opposition, qui dispose depuis quatre mois d’un bureau officiel, installé non loin de l’aéroport d’Istanbul, le premier du genre.

La crise syrienne est un moment de vérité pour une diplomatie turque toujours plus active sur la scène régionale. Après avoir longtemps hésité au printemps face à la révolte de la population et appelé Bachar al-Assad à «écouter son peuple», le gouvernement turc, inquiet des risques de déstabilisation de son voisin du sud, avec lequel il partage 800 kilomètres de frontière, a de plus en plus ouvertement appelé à un changement de régime. «Nous voulions que Al-Assad soit le Gorbatchev de la Syrie, mais il a choisi d’en être le Milosevic et c’est tout le problème», expliquait le 10 février Ahmet Davutoglu à des étudiants lors d’une visite à Washington de cinq jours. Une durée assez exceptionnelle qui souligne l’importance de la Turquie pour acheminer des aides à la population civile syrienne, voire même instaurer des «corridors humanitaires», hypothèse évoquée dès l’automne par le ministre français des Affaires étrangères, mais aussi par son homologue turc.

Certes, pour le moment, tout est bloqué car un tel déploiement impliquerait un accord des autorités syriennes ou une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, actuellement paralysé par les veto de Moscou et de Pékin. Mais la communauté internationale fait monter la pression, comme en témoigne le vote massif de l’assemblée générale de l’ONU pour soutenir la résolution présentée par la Ligue arabe, avec le soutien des Occidentaux. «Il donne une légitimité à une intervention humanitaire de la communauté internationale, même si seule une résolution du Conseil de sécurité pourrait lui donner un cadre légal», souligne un diplomate, rappelant qu’en tout cas Ankara n’agira pas seul.

«Nous voulions que Al-Assad soit le Gorbatchev de la Syrie, mais il a choisi d’en être le Milosevic.», Ahmet Davutoglu ministre turc des Affaires étrangères

Les autorités ont déjà prévu des «zones tampons» sur leur sol qui pourraient, en cas d’urgence, accueillir un afflux massif de réfugiés. Elles abritent déjà depuis l’été quelque 5 000 réfugiés près d’Antioche, mais aussi une centaine de déserteurs, dont le colonel Riyad al-Asaad, qui se présente comme chef de l’Armée syrienne de libération et donne ses interviews en présence de diplomates turcs. «L’enjeu pour le gouvernement islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002 est énorme : si la Turquie n’est pas au centre d’une opération sur la Syrie, c’est toute la crédibilité de la politique menée ces dernières années au Moyen-Orient et la popularité conquise par le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, dans la région qui prendront un sérieux coup», analyse Soli Özel, spécialiste des relations internationales.

Mais au-delà de leurs déclarations fracassantes, les autorités restent dans les faits prudentes. Elles craignent de subir les contrecoups du conflit syrien, avec une reprise de la rébellion kurde, attisée par Damas, voire même à terme une montée des tensions entre sunnites, largement majoritaires, solidaires de la révolte syrienne, et alévis – secte progressiste issue du chiisme -, représentant un tiers de la population.

Gaz. En outre, les derniers alliés du régime syrien, l’Iran et la Russie, sont les voisins de la Turquie et ses principaux fournisseurs de gaz. L’opposition de gauche, qui fut la première à dénoncer dès le printemps l’aveuglement répressif d’Al-Assad, critique ouvertement «l’aventurisme» de la diplomatie turque. Osman Koruturk, député et pilier de la commission des affaires étrangères, soupire : «Le gouvernement veut exporter la démocratie chez nos voisins, alors qu’en Turquie même elle est de plus en plus mal en point.»

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