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Tirs croisés sur Erdogan 22 février 2012

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Soir (Belgique) mercredi 22 février 2012, p. 10

Delphine Nerbollier, Istanbul

Turquie Le Premier ministre, affaibli, cible d’attaques inédites. C’est un Premier ministre aux traits tirés qui s’est adressé, par vidéoconférence, dimanche, aux jeunes membres de son parti, l’AKP – Parti de la justice et du développement. Visiblement fatigué, le chef du gouvernement a tenté de rassurer sur son état de santé autour duquel les spéculations se multiplient. Opéré au colon fin novembre, il a subi une deuxième opération début février. Si ses médecins évoquent le retrait de polypes « gros mais bénins » , les rumeurs de cancer ne cessent de courir et cela, même si le principal intéressé a déclaré le contraire dans une interview télévisée. En attendant, l’hyperactif Premier ministre, connu à l’étranger pour ses prises de positions sans détour sur les dossiers de politique étrangère, est contraint au calme et interdit de voyages à l’extérieur du pays jusqu’à fin mars.

La période est donc sensible pour celui qui dirige la Turquie depuis 2003 et tient son parti d’une main de fer. « Il est plus vulnérable qu’à l’accoutumée » , confie un diplomate étranger. « Ses adversaires en profitent. La course à la succession est lancée et pas forcément de la plus propre des manières » .

Le Renseignement « mouillé »

Ces dernières semaines, le Premier ministre a été la cible indirecte d’une affaire mettant en cause les services de renseignements (MIT). Inédit dans l’histoire du pays, le chef de cette institution, Hakan Fidan, deux de ses prédécesseurs et deux agents ont été appelés à comparaître par un procureur stambouliote, Sadrettin Sarikaya, pour avoir outrepassé leurs fonctions et convolé avec l’organisation rebelle armée du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan. Le patron du MIT avait mené, en 2010 en Norvège, sur demande même du gouvernement, une série de négociations secrètes avec le PKK.

Derrière ces accusations inédites, c’est la politique du Premier ministre Erdogan – dont dépend directement le MIT – qui est attaquée. Depuis, les agents de renseignements en question ont refusé de se rendre au tribunal et le gouvernement a modifié, en urgence, une loi interdisant la poursuite de membres du MIT sans l’accord du Premier ministre. En parallèle, le procureur Sadrettin Sarikaya s’est vu retirer le dossier et les policiers impliqués dans cette affaire ont été sanctionnés.

Sans preuve concrète de l’identité des auteurs de cette attaque contre le gouvernement et son leader, les théories du complot pullulent. La plus largement répandue met en cause la communauté religieuse de Fethullah Gulen, très présente dans la police et la justice et, surtout, très critique des positions d’Ankara sur la question kurde. Les relais les plus éminents de cette confrérie ont toutefois rejeté cette accusation. Reste une autre théorie qui fait état d’une rivalité entre forces de l’ordre et services de renseignements voire même un règlement de comptes au sein même de l’institution du MIT.

Ambition présidentielle

Dimanche, Recep Tayyip Erdogan, fatigué mais combatif, a tenté de mettre un terme à cette affaire. « Personne ne doit rêver de chaos, de conflit » a-t-il lancé par vidéoconférence. « Les institutions de ce pays ont rempli leurs missions avec une motivation et une harmonie sans précédent. La justice, la police et les services de renseignements sont en pleine coopération. Il n’y a aucune animosité ni entre les institutions d’état ni entre les frères de ce pays » .

Cette crise sans précédent ne laisse néanmoins aucun doute sur ce que devrait être la course à la succession de Recep Tayyip Erdogan d’ici à 2014. L’actuel Premier ministre n’a en effet jamais caché ses ambitions de devenir, à cette date, le futur président de la République et d’abandonner ainsi son poste de Premier ministre.

Sur tous les fronts

Une diplomatie offensive

Affaibli au niveau intérieur, Recep Tayyip Erdogan s’est taillé aux yeux de la communauté internationale, une réputation de leader obstiné, intransigeant et imprévisible. Sa gestion de l’attaque par Israël du bateau Mavi Marmara a fait de lui l’étendard de la cause palestinienne. Avec une cote de popularité au sommet dans les pays arabes, Erdogan a pris fait et cause début 2011 pour les peuples tunisien et égyptien dans leur quête de liberté. Beaucoup plus embarrassé par les crises libyenne et syrienne, il a, au final, repris sa posture de supporter inconditionnel des demandes démocratiques. Désireux de faire de son pays une puissance régionale, il n’a pas non plus hésité, en 2010, à se mettre à dos ses alliés américain et européen en votant contre de nouvelles sanctions à l’encontre de l’Iran. Enfin, ces dernières semaines, il s’est montré ferme face à la France, membre majeur de l’Union européenne que la Turquie veut intégrer. Il a ainsi évoqué la possibilité d’une crise durable avec Paris si la loi pénalisant la négation des génocides entrait en vigueur.

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