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Des Grecs se réfugient chez le voisin turc redouté 2 mars 2012

Posted by Acturca in Economy / Economie, History / Histoire, Immigration, Istanbul, South East Europe / Europe du Sud-Est, Turkey / Turquie.
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Le Soir (Belgique) Vendredi 2 mars 2012, p. 10

Delphine Nerbollier, Istanbul

Je n’avais jamais imaginé atterrir un jour ici » . Antigone, une Athénienne de 30 ans, titulaire d’un master de grec langue étrangère, n’en revient toujours pas d’avoir posé ses valises, il y a un an et demi, à Istanbul, après plusieurs années de galère dans son pays. « Quand j’avais 21 ans je donnais des cours particuliers de grec. Après mes études supérieures en Autriche, je suis rentrée à Athènes et de nouveau je me suis retrouvée à donner des cours privés. Il était impossible de trouver un bon job, à moins d’avoir des relations très haut placées que je n’avais pas. »

Après huit mois passés à travailler de nuit à l’aéroport d’Athènes, « pour 800 euros » , cette jeune femme fluette aux grands yeux bleus décide de tenter sa chance sur les bords du Bosphore. « Je visais d’autres pays plus « européens » mais j’ai réalisé que les opportunités professionnelles dans ma branche étaient très nombreuses ici » . Après six petits mois d’attente, elle travaille aujourd’hui dans un institut de langue. « Je fais exactement le boulot qui me plaît et je gagne près de deux fois mon salaire grec ! Hors de question de rentrer chez moi, la situation y est pire ces derniers mois. »

Même enthousiasme de la part de Mike Calikusu, manager dans une entreprise américaine basée à Istanbul. Né en Turquie, il a quitté le pays avec sa famille dans les années 1970 et avoue avoir toujours rêvé de revenir dans l’ancienne Constantinople. Aujourd’hui, il vante les performances économiques de la Turquie « une oasis de croissance où il fait bon vivre » , mais reste lucide. « Attention, la compétition y est féroce. Y décrocher un bon poste est difficile même pour des Grecs très qualifiés. La barrière de la langue est réelle. Enfin n’oublions pas qu’Istanbul est une ville chère surtout en comparaison avec Athènes. »

« Un grand marché proche »

La Turquie – et ses 7,5 % de croissance économique en 2011- sera-t-elle le nouvel Eldorado des voisins grecs frappés de plein fouet par la crise ? Oui si l’on se base sur la hausse de 10 % du nombre d’entreprises grecques installées dans le pays en 2011 (elles sont passées de 430 à 480) et le bond de 40 % des importations turques en provenance de son voisin. « La Turquie est un grand marché proche de la Grèce » , explique Ionnis Karkaris, conseiller économique au consulat grec à Istanbul. « A cause de la crise, de nombreuses entreprises prévoient d’investir ici. L’environnement économique y est très favorable » .

Pour l’instant, aucune donnée officielle ne confirme pour 2011 une arrivée massive de salariés helléniques mais les membres de la minuscule communauté historique grecque d’Istanbul évoquent un intérêt réel. « Je reçois chaque jour plusieurs e-mails et coups de téléphone me demandant s’il y a du travail à Istanbul et comment s’y prendre pour s’installer » explique Lakis Vingas, l’un des portes voix de cette communauté. « Nous essayons de les aider, il n’y a pas encore de solidarité institutionnalisée mais c’est en projet. »

L’universitaire Haris Tzimitras tempère toutefois ce tableau. En 2010, il estimait à 300 le nombre de salariés grecs installés légalement en Turquie, dont 60 pilotes d’avions. « Je ne crois pas que des milliers de Grecs vont affluer ici » estime-t-il. « Ils vont continuer à émigrer vers des pays traditionnels comme les Etats-Unis et l’Europe de l’ouest. Mais leur intérêt pour la Turquie est un phénomène important et récent qui indique un changement de fond dans les mentalités » .

De lourds contentieux historiques

Guerres gréco-turques, échanges de populations dans les années 1920, émeutes anti chrétiennes de 1955 à Istanbul, crises chypriotes, les contentieux historiques entre Ankara et Athènes continuent de plomber les esprits même si les deux pays entretiennent aujourd’hui de bonnes relations. « Mes amis à Athènes me questionnent sur Istanbul et aimeraient suivre mon exemple mais ils n’osent pas » explique Antigone » . « Ils pensent que ce pays n’est pas stable, le passé leur fait peur »

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