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Les Turcs exorcisent leurs « années de plomb » 5 avril 2012

Posted by Acturca in History / Histoire, Turkey / Turquie.
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Le Soir (Belgique) jeudi 5 avril 2012, p. 12

Delphine Nerbollier, de notre envoyée spéciale à Ankara

Le procès des putschistes de 1980 s’est ouvert ce jeudi et un musée entretient la mémoire à Ankara.

Les lourdes portes en métal de la prison d’Ulucanlar, à Ankara, ne sont plus verrouillées à double tour. Depuis 2011, ce lieu de détention s’est transformé en musée, le premier du genre en Turquie. Les 14 cellules censées accueillir chacune 80 personnes ont logé jusqu’à 1.800 prisonniers par période, tels que le cinéaste Yilmaz Guney ou le militant gauchiste Deniz Gezmis. « Après le coup d’Etat de 1980, les conditions de détention s’y sont dégradées » , explique la responsable du musée Zubeyde Karala. « Les arrestations étaient tellement nombreuses que les gardiens ne tenaient plus de registre. »

Parmi ceux qui séjournèrent dans cette prison après le putsch de 1980 se trouve Remzi Cayir, 52 ans, actuel vice-président d’un parti politique ultranationaliste (BBP). « J’y suis resté une année parmi les 13 que j’ai passées en prison pour mes activités politiques » , explique-t-il. « De 6 h du matin à 10 h du soir nous y étions battus. J’y ai vécu des jours très difficiles mais il y avait pire encore qu’Ulucanlar. » Aujourd’hui, cet homme politique ne cache pas sa satisfaction de voir cette prison transformée en un lieu de mémoire. Mais il se satisfait surtout d’avoir assisté, ce jeudi, au lancement, à Ankara, du procès des généraux Kenan Evren, président de la République entre 1982 et 1989, et Tahsin Sahinkaya. Ces deux vieillards de 94 et 86 ans sont les seuls membres encore en vie de la junte qui prit le pouvoir le 12 septembre 1980. Poursuivis pour « crimes d’Etat » ils encourent la prison à vie, ce qui est une première dans ce pays frappé par 4 putschs successifs (1960, 1971, 1980 et 1997). « Ce procès est un tournant pour la démocratie et le régime parlementaire turc » explique Remzi Cayir. « Avant, les putschistes devenaient présidents maintenant nous les jugeons. De plus, nous sommes tous d’accord pour le faire. Car ce putsch n’a épargné personne, ni les ouvriers, ni les nationalistes (ülkücüler), ni les révolutionnaires. »

Trente-deux ans après les faits, un consensus se dégage autour de ce procès rendu possible par la réforme constitutionnelle de 2010. Le gouvernement et la plupart des partis politiques se sont portés parties civiles car, à l’époque, ce putsch a entraîné la fermeture du Parlement, la dissolution des partis et des syndicats dont les leaders ont été incarcérés. Plus de 650.000 personnes furent arrêtées, la torture généralisée et 26 prisonniers politiques exécutés.

« Faire entendre nos souffrances »

Parmi eux, Eren Erdal, un jeune militant gauchiste qui fut pendu dans la prison d’Ulucanlar alors qu’il avait à peine 17 ans. Sa belle-soeur, Nazan Erden, ne cache pas ses états d’âme. « Que ces deux vieillards soient jugés, je m’en moque. Je ne crois pas à la justice de ce pays. En revanche ce procès est important car il permet de faire entendre nos souffrances auprès de l’opinion publique. »

Mais ce procès est toutefois loin de satisfaire la majorité des victimes. « Je ne suis pas animé par un sentiment de vengeance, je pense que ce procès est important mais incomplet » , estime Cumhur Yavuz. Cet ancien membre du groupuscule révolutionnaire Dev-Yol fut condamné à mort en 1983 avant d’être finalement libéré en 1991. Aujourd’hui, il espère que les milliers de tortionnaires qui ont pratiqué la torture avant et après le coup d’Etat seront jugés. « Nous avons préparé des listes de noms très précises. On entend dire que ces personnes pourraient être jugées. Je l’espère » .

Avec la tenue de ce procès, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan qui a mené une bataille frontale contre les militaires affirme que l’époque des coups d’Etat est révolue. Il espère tirer un trait définitif sur cette période par le biais d’une nouvelle Constitution, en cours de rédaction, destinée à remplacer l’actuel texte, hérité du coup d’Etat de 1980.

Quant à la prison d’Ulucanlar, elle est désormais ouverte au public pour rappeler l’horreur des conditions de détention de l’époque. Et cela même si les références aux actes de torture en sont quasiment absentes.

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