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Rien ne va plus entre la Turquie et l’Iran 14 avril 2012

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 21058, samedi 14 avril 2012, p. 9

Laure Marchand, Istanbul

Le dialogue entre les Occidentaux et Téhéran sur le nucléaire reprend aujourd’hui à Istanbul.

Attachés à leur tradition d’hospitalité, les Turcs ne feront pas mentir leur réputation. Ils mettront un point d’honneur à recevoir la délégation de Téhéran qui participe aujourd’hui à une réunion avec le groupe des 5 + 1 sur le programme nucléaire iranien à Istanbul. Mais l’accueil réservé aux Iraniens ne saurait masquer les dissensions de plus en plus marquées entre les deux voisins. Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a beau balayer d’un revers de la main les risques de « nouvelle guerre froide » orientale, les relations turco-iraniennes sont en berne. Syrie, arme nucléaire, radar de l’Otan, rivalité régionale… Les griefs s’accumulent et contraignent le gouvernement islamo-conservateur à abandonner le rôle de médiateur qu’il s’était efforcé de tenir ces dernières années.

Le rapprochement a atteint son acmé en 2010, lorsque les Turcs, associés aux Brésiliens, ont signé un accord d’échange d’uranium enrichi avec l’Iran, qui ne s’était jamais concrétisé. « Après un réchauffement inhabituel, la collaboration est désormais ouvertement méfiante, comme par le passé, explique Hugh Pope, chargé de la Turquie au sein de l’International Crisis Group. Les relations ont retrouvé leur teneur naturelle. »

Rivalités exacerbées

La République islamique a finalement accepté Istanbul comme lieu de discussions sur ses activités nucléaires mais en manifestant sa mauvaise volonté. Après avoir proposé elle-même la métropole du Bosphore, elle avait fait volte-face la semaine dernière et déclaré que cette option était « désormais exclue », proposant Bagdad à la place. Courroucé, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a alors accusé les autorités iraniennes de « manquer d’honnêteté ». Avec ce revirement momentané, les Iraniens ont montré leur mécontentement de la tenue à Istanbul, le 1er avril, de la conférence des Amis de la Syrie, à laquelle ils n’avaient d’ailleurs pas été invités.

Le dossier syrien est la principale pierre d’achoppement entre Ankara, soutien de l’opposition politique et armée à Bachar el-Assad, et Téhéran, tuteur de Damas. Fin mars, la visite de deux jours de M. Erdogan dans la capitale iranienne a mis en exergue les vues inconciliables des deux puissances, la chiite et la sunnite, engagées dans une compétition pour le leadership régional. Le guide suprême Ali Khamenei a profité de sa venue pour réaffirmer le soutien indéfectible de son pays au régime syrien. Le premier ministre turc avait tout juste quitté le sol iranien que le porte-parole du ministère des Affaires étrangères critiquait vertement l’engagement turc aux côtés des rebelles syriens. L’Irak, dirigée par le premier ministre Nouri al-Maliki, sous influence iranienne, constitue une autre pomme de discorde. Il s’agit d’« un terrain de confrontation à venir, c’est clair comme de l’eau de roche », pronostique Bülent Kenes, éditorialiste au quotidien Today’s Zaman.

Cette rivalité régionale est exacerbée par les gages donnés par la Turquie à l’Alliance atlantique, dont elle fait partie. Le radar antimissile de l’Otan installé à l’Est, à 600 kilomètres de l’Iran, a été activé en janvier. Suscitant la colère de Téhéran : un général iranien a menacé de destruction « tout lieu utilisé pour des opérations hostiles ». « La Turquie s’est rapprochée des États-Unis, ajoute Hugh Pope, et est donc plus contrainte de suivre les sanctions internationales. » Ankara et Téhéran ont noué de solides liens commerciaux – leurs échanges bilatéraux ont fait un bond de 1 à 16 milliards de dollars en dix ans. Mais deux jours après le retour de M. Erdogan de Téhéran, Ankara a annoncé une réduction de 20 % de ses achats de pétrole à son voisin, s’alignant finalement sur les nouvelles sanctions américaines.

Pourtant, en dépit de cette somme de contentieux, Ramin Mehmanparast, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a appelé les deux pays à ne pas perdre de vue « leurs relations stratégiques ». Au fil des siècles, les deux anciens empires ont toujours su ménager leurs susceptibilités et intérêts respectifs.

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