jump to navigation

Élégie pour un monde menacé de disparition 18 avril 2012

Posted by Acturca in Art-Culture, Turkey / Turquie.
Tags: , , ,
trackback

l’Humanité (France) mercredi 18 avril 2012, p. 19

Jean Roy

Petite musique pour le touchant nouveau film d’Ozcan Alper, Le temps dure longtemps, valeur montante du jeune cinéma turc.

Le temps dure longtemps, d’Ozcan Alper. Turquie, 1 h 48.

Cela commence par un plan magnifique. Un cheval galope dans la nature de toute sa fierté de pur-sang indompté. Un coup de feu retentit venu dont on ne sait où et l’animal s’effondre au sol, achevé. Qui peut faire preuve d’une telle absence de sentiment ? On le saura d’autant moins qu’un unique cheval, peut-être le même, ne réapparaîtra furtivement que dans les tout derniers instants du film. Il y a donc là métaphore. Cette oeuvre s’ouvre sous le signe du malheur, de la cruauté, de l’ignominie. Connaissant le premier film de l’auteur, Automne, qui nous avait plu, essai qui mettait en son centre la question des prisonniers politiques croupissant dans les sinistres prisons du régime, on suppose que la mémoire et l’actualité peuvent éventuellement de nouveau se donner rendez-vous. En attendant, nous voici dans un train d’où nous pourrons observer l’action précitée, où une jeune femme encore inconnue se trouve dans son compartiment entourée d’une joyeuse bande reprenant en choeur un chant révolutionnaire chilien.

Une oeuvre empreinte d’une grande pudeur

Nous apprendrons que la femme est une étudiante qui s’appelle Sumru (Gaye Gürsel, jamais vue sur le grand écran mais déjà à la télévision chez elle) et qu’elle prépare un master d’ethnomusicologie à l’université d’Istanbul. Ses recherches sont en train de l’entraîner au sud-est de son pays, dans la ville kurde de Diyarbakir, près d’un million d’habitants, où elle doit compiler les élégies anatoliennes, dans leur trame musicale mais aussi dans leur signification.

C’est là qu’elle rencontre le jeune homme qui figure en tête-bêche avec elle sur l’affiche, Ahmet (Durukan Ordu, aussi bien que sa contrepartie quoique pour la première fois devant une caméra). C’est un beau gosse, vendeur de DVD pirates malgré le badge d’appartenance à la cinémathèque voisine qu’il arbore sur son étal, qui affirme cependant être l’auteur d’un documentaire. On n’en doutera pas, les petits boulots n’ayant jamais empêché d’avoir une vocation. Nous sommes de toute façon entre le travail du deuil d’un côté et le péan pour un monde à venir de l’autre où feraient bon ménage les frontières ouvertes et la nécessité de préserver les langues, les traditions et les coutumes. Signalons que les moments les plus marquants à l’appui de ce discours seront chuchotés sur fond d’obscurité, c’est assez dire la pudeur généralisée dans laquelle suinte l’oeuvre. En effet, même s’il est évident qu’Ahmet en pince pour Sumru, inutile d’espérer se rincer l’oeil. Sumru apprécie la compagnie de ce garçon respectueux et affable prêt à l’assister mais elle vit cantonnée dans le souvenir d’Harun, un Kurde dont elle est séparée depuis plusieurs mois et dont elle est sans nouvelles.

Ainsi va le film jusqu’à la touchante scène finale où la tombée de la neige en vient à dissimuler les inscriptions sur les tombes du cimetière.

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :