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Le faste ottoman selon Sedar Gulgün 19 avril 2012

Posted by Acturca in Art-Culture, Books / Livres, Istanbul, Turkey / Turquie.
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Valeurs Actuelles (France) no. 3934, jeudi 19 avril 2012, p. 68

Jacoberger-Lavoué Virginie

Portrait. Le grand architecte d’intérieur turc, qui publie un livre consacré au Grand Bazar d’Istanbul, reçoit au calme, sur la rive asiatique du Bosphore, dans son palais. Rencontre dans ce lieu restauré grâce à son expertise en art ottoman.

Aux abords de la rive asiatique du Bosphore, le bateau-taxi ralentit et le panorama embrumé séduit autant qu’il rassure. Pour rencontrer Serdar Gülgün, le grand architecte d’intérieur d’Istanbul, nul besoin de se prendre les pieds dans le tapis des si nombreux étalages placés devant les échoppes du mythique et labyrinthique Grand Bazar d’Istanbul; ni même de jouer des coudes dans les allées bondées de ce haut lieu touristique auquel il consacre un livre (le Grand Bazar, éditions Assouline).

À 45 ans, ce Stambouliote est reconnu pour ses compétences et sa créativité : il est expert en art ottoman et designer. Une rareté. Serdar Gülgün reçoit loin de l’agitation de la ville (lire notre article page 70), sur le Bosphore, côté Asie, à l’écart de Cengelköy, ancien village de pêcheurs qui en conserve la quiétude. Il accueille ses visiteurs dans un somptueux yali (palais en bois) du XIXe siècle, le palais de Feyzullah Pacha. Depuis plus de dix ans, c’est chez lui.

Serdar Gülgün est expert en art. Sa collection privée a été exposée huit fois au palais de Topkapi.

De la rue, on ne voit rien que l’incurvation de sa toiture mêlée aux branches d’arbres empanachées de fleurs. Le portail épais ne laisse rien supposer du faste dont il est protecteur. Le lieu contient la collection d’art de Serdar Gülgün, collection privée exposée huit fois au palais de Topkapi, qui dévoile les multiples facettes de l’art ottoman. L’agencement de chaque pièce révèle le sens du raffinement du propriétaire, à l’allure soignée : regard pétillant, moustache taillée en accent circonflexe, costume sophistiqué. Diplôme d’économie en poche, il a étudié l’histoire de l’art à Londres où il a travaillé deux ans chez Sotheby’s. Plus jeune, il fut élève du lycée Saint-Benoît à Istanbul et parle un français parfait.

p. 69

Le succès aurait pu le griser, le submerger depuis qu’on le courtise comme designer. À son actif, une ligne Ottoman Tulip pour le fabricant de porcelaine Herend, des dessins pour les tissus d’ameublement de Vakko, une collection de peintures murales Couleurs ottomanes pour Marshall. Sa popularité s’est aussi accrue avec la réalisation d’une série documentaire sur l’art de vivre chez les Ottomans, diffusée pendant deux ans (1999, 2000) sur la chaîne MTV. Il reste discret sur ses autres collaborations avec la télévision. La rumeur lui prête un rôle de conseiller sur des fictions historiques à succès.

Un somptueux palais témoigne de son expertise

Courtois mais discret, il ne fend pas facilement l’armure. Il se préserve. S’en tient à rappeler qu’il est d’abord expert en art ottoman et raconte l’histoire du palais : « Feyzullah est le nom d’emprunt de son premier propriétaire, un Hongrois, Josef Kohlmann, qui comme tous les convertis désirait un nom à forte consonance musulmane. Il était militaire, s’est battu en Crimée contre les Russes et a obtenu le titre de pacha. Ce lieu était son pavillon de chasse et surtout sa résidence d’été. À partir des années 1950, Cengelköy est devenu un haut lieu de villégiature, jouxtant Beylerbeyi et son fameux palais éponyme érigé sous le sultan Abdulaziz. Ma demeure a été édifiée vers 1850-1860 et peu de constructions en bois de cette époque ont résisté aux incendies. »

Après cinq ans de rénovation, Serdar Gülgün en apprécie la tranquillité souveraine. Au-dessus des moulures décoratives, certains plafonds sont à auvent en toile, fruit de la réflexion d’artisans ottomans anonymes, doués et perspicaces; leurs structures résistent aux tremblements de terre. « Pour la même raison, le bois coupé sur les façades est espacé comme une cage à oiseaux. » Si le principe de symétrie est fort, ce n’est pas moins l’éclectisme de l’esthétisme qui accroche le regard. « L’Empire ottoman a pu unir diverses influences et produire un style unique. Ses influences sont celles de Byzance, de l’Europe, de l’Inde, de la Chine. Sa localisation sur la route de la Soie et celle des épices fut aussi source d’enrichissement culturel », note l’expert.

Le séjour atteste l’éclectisme des intérieurs ottomans, riches en miroirs, calligraphies, broderies.

Le hall lumineux s’ouvre sur une allée centrale et un escalier. Dans la salle à manger rouge (tapis, nappe épaisse…), la table est dressée et chaque assiette coiffée d’une cloche. « Jadis, on craignait tant le feu dans ces maisons que les cuisines étaient intégrées dans des dépendances extérieures; le service était complexe. » Le plan de la maison repose sur une répartition des pièces par neuf, choix influencé par la culture asiatique. Dans l’une des chambres, uniquement du vert céladon et du parme. Dans la salle de bains des invités, l’herbier de Topkapi est reproduit et le plafond est cerclé d’octogones dorés.

En haut, la pièce centrale est appelée sofa et a pour principal mobilier des canapés ornés de coussins de soie. Son plafond ovale à tenture évoque autant la figure du dôme que la structure de la tente du sultan. Sur les cimaises, des gravures côtoient d’anciennes caricatures de Turcs parues dans Vanity Fair et de vastes calligraphies, « les prémisses de l’art abstrait », assure Serdar Gülgün. À l’étage, un bras de croix s’ouvre sur les chambres. Là on admire d’antiques miroirs vénitiens, des armoires syriennes ouvragées en bois et nacre, des vases chinois. De l’avis du maître des lieux, les tissus sont la clé des intérieurs ottomans. Sur cette rive asiatique du Bosphore où se lève le soleil, le créateur dit aussi sa passion pour Pierre Loti, son attachement à Istanbul. Il aime sa grandeur et sa frénésie.

Dans le livre richement illustré qu’il consacre au Grand Bazar, il donne à voir comme jamais le savoir-faire des artisans d’art qu’il écoute et observe pendant de longues journées. Avec lui, la visite de ce lieu unique au monde, fondé il y a plus de la moitié d’un millénaire, promet de fructueuses chasses au trésor. Foisonnant d’étoffes, de bijoux, de lampes, ce labyrinthe qui permit jadis à son grand-père de faire l’école buissonnière l’enchante depuis l’enfance.

 

À lire

Le Grand Bazar d’Istanbul, de Serdar Gülgün, photographies de Laziz Hamani, éditions Assouline, 400pages, 200 illustrations, 185 €.

Y aller

Kuoni Émotions propose un séjour au Four Seasons Hotel Istanbul at the Bosphorus, 4 jours-3 nuits, à partir de 1 690 €par personne. Vols au départ de Paris avec Air France, transferts privés, séjour en chambre double avec petit déjeuner. Rens. et réservation : 0.820.095.320 et http://www.kuoni-emotions.com/

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