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Avis de déchets en Turquie 17 mai 2012

Posted by Acturca in Art-Culture, France, Turkey / Turquie.
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Libération (France) vendredi 18 mai 2012, p. 25

Par Olivier Séguret

Éden . Un docu du Germano-Turc Fatih Akin relate des années de luttes villageoises contre la création d’une décharge.

On aurait préféré que ce soit une fable, une fiction, mais c’est hélas un documentaire : Polluting Paradise (Müll im garten eden), de Fatih Akin, raconte comment, de nos jours, en Turquie, un creux de vallon édénique s’est retrouvé un beau matin enfoui sous des montagnes de merde.

Çamburnu était un fort beau village du nord-ouest du pays, très joliment tapi sous des massifs de plantations de thé et dominant verticalement la côte de la mer Noire. Dans ce coin de paradis, la technocratie locale a décidé en 2005 d’installer une vaste décharge à ciel ouvert, en dépit des protestations des habitants et de l’illégalité réglementaire du chantier, la décharge côtoyant les fermes et les champs. Depuis, la décharge a été construite, avec de graves vices de conception, et chacune des catastrophes prédites ou craintes s’est accomplie. L’étanchéité n’a jamais fonctionné, la puanteur a envahi les jardins et domiciles, les pluies ont fait déborder la décharge et le bassin qui en retraitait fort mal les eaux polluées a explosé, inondant de pestilence les récoltes, empoisonnant les nappes phréatiques et souillant les rivières jusqu’à la mer, devenue turbide… A pleurer, sinon vomir.

La plus grande force de Polluting Paradise, c’est son compas temporel : Fatih Akin, Germano-Turc dont la famille est en partie originaire de cette région, a commencé d’en dessiner le projet en 2005, dès qu’il a entendu parler de la décharge, et il en a lancé le tournage l’année suivante. Depuis, sporadiquement lui-même, ou à distance depuis Hambourg, avec la complicité du photographe du village auquel il a enseigné l’art de la caméra, Fatih Akin n’a cessé d’enregistrer l’évolution kafkaïenne de la construction de cet «équipement» funeste, les dernières prises de vue s’achevant en février de cette année. Fatih Akin, dont la filmographie se partage presque équitablement entre fictions et documents, est parfaitement à son aise dans ce registre, où l’art du montage commande.

Ces années d’envergure donnent au film autant de solides vertèbres : l’arc narratif peut ainsi nous faire prendre contact dès le début du processus avec un témoin hostile ou un agent administratif favorable au projet et l’accompagner jusqu’à sa conclusion. La subite évolution de la maturité politique qui frappe le village prend ainsi un relief particulièrement éloquent : une vieille paysanne, morte avant le clap de fin, restera notamment comme un emblème noble et triste de cette lutte échouée. Inversement, la déconfiture des technocrates successifs, qui voient toutes leurs belles promesses démenties par le merdier cinglant où ils pataugent, forme un document d’une utilité primordiale pour illustrer les désastres d’une certaine gouvernance au début du XXIe siècle.

Les habitants de Çamburnu ont perdu, provisoirement peut-être, leur combat. Mais Polluting Paradise, par l’effet de son énergie et de sa rigueur, produit une sorte de pessimisme revigorant. Sa simple existence est une démonstration en actes que si ce siècle sera peut-être celui d’une Terre entièrement pourrie, il est aussi celui qui donne à tous les outils puissants de l’information et de sa diffusion, de sa mise en réseaux massive, chambres à échos infinis des petites résistances locales et collectives.

Sélection officielle:

Polluting Paradise, documentaire de Fatih Akin 1h38.

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