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« Almanya »: souvenirs d’une enfance turque en culottes de peau 26 mai 2012

Posted by Acturca in Art-Culture, Immigration.
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Agence France Presse

Samedi 26 mai 2012, Paris

Son coeur partagé entre l’Allemagne et la Turquie, intégrée chez l’une et mais attachée à l’autre: par détournement de clichés interposés, Yasemin Samedereli croque avec grâce la saga d’une intégration réussie sur trois générations dans « Almanya » (Allemagne en turc).

La comédie dramatique, sur les écrans français mercredi prochain deux ans après avoir ravi les spectateurs allemands, puise allègrement aux souvenirs personnels de la réalisatrice et de sa soeur Nesrin, co-scénariste et partenaire de ce conte joyeux et optimiste.

Arrivé le premier à la fin des années 60, le grand-père Hüseyin a failli être fêté comme le héros d’une Allemagne en plein redressement qui offrit une moto au Millionième « Gastarbeiter » (littéralement: travailleur invité). Sur la fin de sa vie, son épouse le pousse à réclamer la nationalité allemande.

A la veille d’aller chercher son passeport, cette perspective provoque chez lui un cauchemar dans lequel un gros bureaucatre lui explique que pour devenir un véritable Allemand, il devra se gaver de saucisses, chanter en culottes de peau et partir chaque hiver bronzer aux Baléares.

La scène a déclenché des fous rires lors de la présentation du film à la Berlinale en 2011 et auprès des quelque 2 millions de spectateurs qui l’ont vu outre-Rhin.

Confronté à cette démarche administrative, Hüseyin éprouve le besoin de revoir sa terre et de ramener au pays tout son clan, deux générations – enfants, petits-enfants – qui ont poussé sur le sol allemand.

Le voyage en minibus jusque dans l’est de la Turquie serpente entre les flash-backs sur l’installation et la découverte du pays d’accueil, les décalages avec le pays d’origine lors des premiers retours, les échanges de clichés et de préjugés de part et d’autre.

Un sapin pour Noël

Nostalgique et joyeux, « Almanya » est dédié aux grands-parents maternels de Yasemin Samedereli, née à Dortmund en 1973.

« Ma soeur et moi partageons bien sûr ce background turco-kurde avec nos personnages. Notre grand-père est arrivé comme gastarbeiter et a décidé par la suite de faire venir sa famille en Allemagne: nous sommes la troisième génération, et nous avons grandi dans un environnement très germanique, environnés par de nombreuses familles turques », a indiqué la réalisatrice à l’AFP.

« Avec ma soeur, nous avons recyclé beaucoup d’éléments de notre enfance: par exemple, nous avons nous aussi obligé notre mère à célébrer Noël et c’était aussi décalé que dans le film », raconte-t-elle.

Peu après leur arrivée en Allemagne, les enfants désireux de faire comme leurs camarades et de coller aux images renvoyées par les publicités implorent leur mère de faire un sapin pour Noël. Mais rien de ne se passe vraiment comme prévu.

Tourné à Munich en Allemagne et en Turquie, notamment à Izmir, le film se garde de tout message, assure Yasemin: « On voulait surtout que les spectateurs s’amusent sans qu’un message écrase le film ». Il n’en apporte pas moins une contribution sentimentale et lumineuse au multiculturalisme.

 

L’identité nationale vue d’Allemagne

Marianne, no. 788, samedi 26 mai 2012, p. 74

Isabelle Curtet-Poulner

C’est un petit bijou qu’a composé la réalisatrice Yasemin Samdereli, avec Almanya. Utile pour conjurer la dérive ultradroitière aujourd’hui à l’oeuvre, cette comédie sonde en profondeur la question, également sensible en Allemagne, de «l’intégration». Celle des Turcs, ces Gastarbeiter (littéralement «travailleurs invités») venus à la demande d’un Etat en mal de main-d’oeuvre dans les années 60, et qui constituent désormais la première communauté étrangère du pays.

A travers cette histoire d’une famille turque, sur quarante-cinq ans et trois générations, c’est toute l’histoire de l’assimilation qui défile. «Nous avions appelé des travailleurs, ce sont des hommes qui sont venus», cette formule vient clore l’émouvante trajectoire de Hüseyin Yilmaz (Vedat Erincin, superbe), mille et unième immigré arrivé en RFA. Quitter sa patrie, s’établir ailleurs, apprendre une langue étrangère, éduquer ses enfants, les voir s’écarter de la «culture d’origine», veiller à la leur transmettre, changer de nationalité et, finalement, épouser cette nouvelle terre devenue sienne, ce sont quelques-uns des thèmes abordés. Avec tact et mesure. Drôlerie et délicatesse. Avec aussi des acteurs plus justes les uns que les autres. Une merveille.

Almanya, de Yasemin Samdereli. En salles le 30 mai.

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