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Chypre, côté Nord 31 mai 2012

Posted by Acturca in EU / UE, South East Europe / Europe du Sud-Est, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Europolitique  (Belgique) 31 mai 2012

Par Christophe Midol-Monnet, à Chypre

L’île de Chypre accédera pour la première fois à la présidence du Conseil de l’Union le 1er juillet prochain. Mais l’échéance va-t-elle changer la donne dans cet Etat membre divisé et favoriser la réconciliation entre communautés grecque et turque ? Brève enquête au-delà de la Ligne Verte, cette zone tampon qui coupe l’île et sa capitale Nicosie.

Canan Onurer est journaliste et Secrétaire générale de Basin Sen, le syndicat des travailleurs de la presse turque chypriote. Cette mère de famille de 27 ans présente chaque matin les flashes d’information sur Radyo Mayis à Nicosie. Et tout va bien pour elle, jusqu’au moment où on la questionne sur son identité : « Ma mère est turque, elle est née à Istanbul. Mais moi, je ne suis pas turque. Je suis chypriote turque. Je suis chypriote mais ma langue, c’est le turc. Et c’est là tout le problème. C’est ce qu’on appelle le problème chypriote ».

Le problème chypriote, Canan n’était pas encore née quand il a commencé à se poser. Après la fin de l’administration coloniale britannique et l accès à l’indépendance en 1960, communautés turque et grecque vivent des années de tensions endémiques. Face à une tentative de coup d’Etat visant à rattacher l’île à la Grèce des Colonels, les troupes d’Ankara occupent le Nord de l’île en 1974. De chaque côté, on se barricade et on compte les disparus et les réfugiés. Il faudra toutefois attendre 1983 pour assister à la création unilatérale d’une République Turque de Chypre Nord (RTCN). Reconnue par la seule Turquie, cette entité ne parviendra jamais à exister dans le droit international. Sous l’égide des Nations unies, dont les Casques Bleus veillent sur la Ligne Verte, on négocie donc depuis lors une problématique réunification au sein d’un état bizonal et bicommunautaire. Dernier avatar, le Plan Annan de 2003 : massivement approuvé par les Chypriotes turcs au Nord, il est rejeté par la majorité des Chypriotes grecs au Sud. Résultat : c’est une île divisée qui entre dans l’Union en 2004. Au Nord, ressentiment et isolement perdurent aujourd’hui

« C’est un grand problème », insiste Canan, « Et ce sont les autres pays qui en sont responsables. Ils entretiennent la querelle entre nous, Chypriotes turcs et Chypriotes grecs. Mais, maintenant, la frontière est ouverte. On se parle les uns aux autres. On développe les activités bicommunautaires. Radyo Mayis, par exemple, a lancé l’an dernier des émissions bilingues ».

Canan, comme tout le monde ici, est passée au Sud pour aller chercher sa carte d’identité de la République de Chypre puisque celle-ci, juridiquement, englobe pour le moment toute la population de l’île. « Je suis citoyenne de la République de Chypre », dit-elle, « et donc citoyenne de l’Union européenne ». A ses yeux, c’est un véritable outil de désenclavement, un sésame pour parcourir le monde.

Le début de timide décloisonnement de l’île durant la dernière décennie a bien sûr été soutenu par l’Union. 259 millions d’euros ont été alloués depuis 2006 à la communauté turque chypriote. Et la présence de l’armée turque se fait maintenant bien plus discrète qu’il y a quelques années. Mais, comme ailleurs, la crise économique fait sentir ses effets : les fonctionnaires de la RTCN ont ainsi vu fondre leurs salaires de 36 % depuis 2008. La levée des barrières aux échanges commerciaux avec le Sud piétine et il est beaucoup plus facile de trouver ici des produits turcs que d’exporter la production locale vers la Turquie.

C’est dans ce contexte qu’au Nord de l’île, on voit arriver avec une certaine curiosité l’échéance du 1er juillet. Alors que la Turquie a menacé de « geler » ses relations avec l’Union durant les 6 mois de la présidence chypriote, les dirigeants de la communauté turque de l’île dénoncent dans ce « semestre européen » une hypothèque de plus sur l’avancée des négociations de réunification relancées depuis 2008.

« Durant la présidence européenne, nous n’attendons guère de progrès dans les négociations », indique Irsen Küçük, Premier ministre de la RTCN. « Nous avions proposé, ajoute-t-il, de les maintenir dans le cadre élargi, incluant la Turquie et la Grèce comme pays garants. Et, bien sûr, cette approche n’a pas été acceptée. »

Scepticisme partagé en d’autres termes par Canan : « Je suis une citoyenne européenne, je suis journaliste et je traite ce genre d’actualité. Mais je ne sais pas ce qui va avoir lieu le 1er juillet. Je ne sais pas ce que signifie concrètement cette présidence européenne. Je n’ai aucune raison de m’y préparer ».

Pour Canan, comme pour beaucoup de Chypriotes turcs, la prochaine présidence de l’Union paraît de fait, aujourd’hui, une péripétie qui se situe à mille lieues de leurs préoccupations. Il n’est pourtant pas impossible que cette propulsion de l’île sur la scène internationale ait quelques retombées positives pour l’ensemble de ses habitants. Et ce ne serait pas là le moindre des succès.

Commentaires»

1. Paul - 4 juin 2012

Bizarrement la Turquie est toujours « diabolisée »…Et la Grece dans tout ça???


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