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Avion abattu: l’embarras d’Ankara 25 juin 2012

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Libération (France) 25 juin 2012, p. 6

Marc Semo

Une réunion de l’Otan est prévue demain, après que les forces syriennes ont détruit un F-4 turc.

C’est le plus grave incident armé entre la Syrie et la Turquie depuis le début de la révolte, mais la réaction d’Ankara reste mesurée. Volontiers promptes à dénoncer «les mains couvertes de sang» de Bachar al-Assad, comme à pourfendre la trop grande timidité de la communauté internationale, les autorités turques semblent très embarrassées par la perte d’un chasseur F-4 Phantom. Ayant décollé de la base turque de Malatya, il a été abattu vendredi par les forces syriennes, alors qu’il volait au large de la ville de Lattaquié (nord-ouest de la Syrie).

Les réunions de crise présidées par le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, issu du mouvement islamiste, se succèdent dans la capitale turque, mais samedi le chef de l’Etat, Abdullah Gül, a tenté de calmer le jeu, reconnaissant que «l’avion avait peut-être violé l’espace aérien syrien», tout en affirmant que la Turquie «fera ce qui est nécessaire».

Rodomontades. Hier à la mi-journée, le grand maître d’œuvre de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, est revenu à la charge, soulignant que les «explications syriennes sont un peu courtes»,Damas affirmant qu’il s’agit d’une «erreur». Le ministre clame que «l’avion a été abattu dans l’espace aérien international alors qu’il effectuait une simple mission d’entraînement».Davutoglu s’est pourtant gardé de rajouter de l’huile sur le feu, bien que les deux pilotes turcs soient toujours portés disparus et vraisemblablement morts. Ce ton contraste avec les rodomontades des dirigeants turcs, début avril, après des tirs depuis le territoire syrien qui avaient tué deux personnes dans un camp de réfugiés à Kilis, le long de la frontière. Priorité à la réponse diplomatique : Ankara a demandé une réunion d’urgence de l’Otan, qui se tiendra demain, au titre de l’article 4 prévoyant l’assistance à un membre de l’Alliance menacé. Cette prudence s’explique par la conscience de l’importance des enjeux.

«L’avion a apparemment été abattu par un missile sol-air, ce qui n’a pu se faire sans l’accord des conseillers russes qui contrôlent les systèmes de défense aérienne les plus sophistiqués du régime, et cette affaire représente un nouveau pas vers l’internationalisation du conflit», explique Soli Ozel, expert en relations internationales, qui y voit un clair avertissement de Moscou. En effet, la plus grande partie des approvisionnements en armes de la rébellion arrivent désormais par la Turquie. Payées par le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui aurait aussi, selon la presse américaine, décidé de prendre en charge les soldes des membres de l’Armée syrienne libre (ASL), ces livraisons sont toujours plus massives, même s’il ne s’agit que d’armes légères insuffisantes à faire la décision sur le terrain. Elles seraient supervisées, selon le New York Times et le Guardian, par les services américains et leurs homologues turcs afin d’éviter qu’elles ne tombent entre de mauvaises mains, celles d’Al-Qaeda ou des rebelles kurdes.

Les Occidentaux, comme Ankara, chercheraient ainsi à augmenter la pression en montrant que le régime est incapable de contrôler la situation afin d’obtenir, notamment, plus de flexibilité de la part de ses protecteurs russes en vue d’un départ d’Al-Assad et de l’instauration d’une transition politique. «Dans ce grand jeu, la Turquie se retrouve à nouveau pleinement alignée sur ses alliés occidentaux : la crise syrienne signe la fin des tentatives menées ces dernières années par le gouvernement islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002 pour affirmer son indépendance et se poser en acteur régional majeur, comme on l’avait vu il y a deux ans avec sa tentative avortée de médiation sur le nucléaire iranien ou par ses critiques sur l’intervention de l’Otan en Libye», rappelle Soli Ozel.

Ce retour aux réalités est rude. Après avoir longtemps hésité au printemps dernier face à la révolte de la population syrienne et appelé Bachar al-Assad à «écouter son peuple», le gouvernement turc, inquiet des risques de déstabilisation de son voisin du sud avec lequel il partage 800 km de frontières, a de plus en plus ouvertement appelé à un changement de régime.

Contrecoups. La Turquie est certes incontournable pour toute solution en Syrie, qu’il s’agisse de l’acheminement de futures aides aux civils syriens, voire à terme de l’instauration de «corridors humanitaires». Elle accueille sur son sol 32 000 réfugiés syriens et abrite un camp de l’ASL. Mais Ankara ne peut, et surtout ne veut pas, agir seul, son opinion publique étant massivement hostile à toute forme d’intervention. L’opposition de gauche du Parti républicain du peuple est vent debout contre toute «aventure». Les autorités turques craignent aussi de subir les contrecoups du conflit syrien, avec une reprise de la rébellion kurde attisée par Damas, voire une montée des tensions entre sunnites (largement majoritaires) anti-Al-Assad et les alévis (un tiers de la population), une secte progressiste issue du chiisme. En outre, les derniers alliés de Damas, l’Iran et la Russie, sont les voisins de la Turquie et ses principaux fournisseurs de gaz.

Repères. Turquie/Syrie

Le F-4 Phantom turc détruit par les Syriens effectuait, sans arme, une mission de test d’un système radar en Méditerranée. La Turquie a reconnu que l’avion était entré un moment dans l’espace syrien, mais il a été détruit quinze minutes après, sans aucun avertissement avant les frappes.

13 milles nautiques (24 km) : c’est à cette distance des côtes syriennes que se trouvait, selon Ankara, l’avion turc quand il a été abattu.

«Nous avons exercé notre droit de défense. Il n’y a pas d’animosité entre nous et la Turquie.» 
Jihad Makdessi ministre syrien des Affaires étrangères, ce week-end

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