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La Turquie, tigre occidental ou oriental? 10 septembre 2012

Posted by Acturca in Turkey / Turquie, USA / Etats-Unis.
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Le Temps (Suisse) lundi 10 septembre 2012

Agnès Arlandis *

A bien des égards, le succès économique et financier du pays rappelle la performance des «tigres asiatiques» tels que l’Indonésie ou la Malaisie.

En février 2001, les faiblesses avérées de son système bancaire entraînent la Turquie dans la crise: les capitaux étrangers fuient le pays, l’inflation atteint 68,5% en décembre sur fond de dévaluation du change, le PIB recule de -5,7%. Le pays doit alors son salut à l’administration stricte des remèdes préconisés par le FMI: recapitalisations bancaires, privatisations et ciblage de l’inflation par la banque centrale. Depuis, la Turquie a suivi un parcours remarquable sous l’égide de l’AKP, parti islamiste modéré au pouvoir depuis 2002. Entre 2002 et 2012, le PIB réel a enregistré une croissance cumulée de plus de 50%. En parité de pouvoir d’achat, le revenu par habitant a presque doublé, à plus de 15?000 dollars. La dette publique a été divisée par deux, à moins de 40% du PIB. Malgré un recul de 5% de ce dernier en 2009, la Turquie a relativement bien surmonté la crise économique mondiale, montrant des capacités de rebond inattendues (+9% en 2010, +8,5% en 2011). Alors que, depuis 2008, nombre de voisins européens ont vu leur notation souveraine dégradée, celle de la Turquie a été améliorée à deux reprises par Moody’s, à Ba1.

A bien des égards, ce succès économique et financier rappelle la performance des «tigres asiatiques» tels que l’Indonésie ou la Malaisie. On évoque d’ailleurs les «tigres de l’Anatolie», pour désigner une nouvelle génération d’entrepreneurs, partie prenante des nouveaux succès de la Turquie à l’international et originaire de cette région, véritable carrefour entre Europe et Asie. Même si l’Union européenne demeure son principal partenaire commercial avec 40% de ses exportations et importations, le jeune «tigre turc» déplace progressivement son centre de gravité vers l’Orient. La part de ses exportations vers l’Allemagne a été divisée par deux en dix ans, à 11%. Dans le même temps, les exportations vers le Proche et Moyen-Orient sont passées de 14,5% à 23,6%. Ce rééquilibrage économique va de pair avec une réorientation de la politique étrangère turque. Après avoir longtemps souhaité embrasser un destin européen, la Turquie se veut de plus en plus une puissance régionale, s’émancipant progressivement de ses voisins occidentaux.

Au final, s’il a su habilement ménager ses intérêts entre une Europe vacillante mais toujours principal partenaire commercial et un Moyen-Orient plein de promesses mais géopolitiquement instable, le «tigre turc» doit remédier à certaines fragilités structurelles: manque de champions nationaux, cherté relative de sa main-d’oeuvre et surtout déficit élevé de la balance courante, laissant le pays vulnérable aux flux de capitaux étrangers… sous peine de perdre un jour ses griffes si durement acquises.

* Responsable des marchés émergents, HSBC Private Bank (Suisse) SA

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