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La Turquie riposte pour la première fois à des tirs d’obus syriens sur son territoire 5 octobre 2012

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) vendredi 5 octobre 2012, p. 4

Guillaume Perrier, Istanbul Correspondance

Ankara demande au Parlement turc d’autoriser le déploiement de troupes en Syrie. « C’est l’incident de trop, « la goutte d’eau qui fait déborder le vase », selon le vice-premier ministre turc Bülent Arinç. Des obus syriens étaient déjà tombés à plusieurs reprises ces dernières semaines sur la ville turque d’ Akçakale, située le long de la frontière. Le dernier tir reçu, cinq jours auparavant, avait fait trois blessés, endommagé des bâtiments et obligé les autorités à fermer temporairement les écoles de la région.

Mercredi 3 octobre, le tir de mortier en provenance des lignes syriennes a atterri sur une maison, tué une femme et ses quatre enfants, tandis qu’une dizaine d’autres personnes ont été blessées. « On ne compte même plus les bombes et les balles perdues qui frappent notre village depuis dix jours et les officiels ne prennent aucune mesure », s’est emporté le maire du village, Abdülkadir Ayhan.

Après cette nouvelle violation de sa frontière, la Turquie pouvait difficilement ne pas réagir. En juin, un avion de chasse turc et ses deux pilotes avaient été abattus au-dessus des eaux de la Méditerranée, au large des côtes syriennes. En avril, un autre incident avait fait deux morts parmi les réfugiés syriens en Turquie, après des tirs contre un camp d’accueil.

Une bonne partie de la nuit et de la matinée de jeudi, l’artillerie turque a visé, en représailles, des cibles côté syrien : des positions de l’armée régulière dans les villages sous son contrôle. Ces répliques auraient tué plusieurs soldats syriens dans un poste militaire près de la ville de Tal Al-Abyad, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, ce qu’Ankara n’a pas confirmé.

« Ces provocations contre la sécurité de notre territoire ne resteront pas sans réponse, nous avons répondu à cette attaque », a lancé le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, dans les heures qui ont suivi le tir meurtrier, mercredi, après avoir réuni ses principaux conseillers. Le poste frontière situé près d’Akçakale et de Tal Al-Abyad, côté syrien, repris récemment par les forces pro-Assad à l’Armée syrienne libre, est l’objet d’une rude bataille et constitue un point d’approvisionnement stratégique pour les rebelles.

La presse turque arborait, jeudi matin, des titres vengeurs après cette « grave provocation de la Syrie », selon le journal Zaman. « Assad nous a encore frappés », réagissait Haber Türk; « Aux obus d’Assad, nous répondons par des missiles », clamait pour sa part le quotidien pro-gouvernemental Sabah. Mais l’escalade rapide de la tension et les risques de confrontation entre les deux voisins inquiètent une bonne partie de l’opinion publique turque, majoritairement opposée à une guerre. Des manifestations contre l’engagement turc dans le conflit devaient être organisées jeudi à Istanbul et à Antakya, proche de la frontière. « La Turquie a répliqué sans déclarer la guerre à la Syrie. Les initiatives politiques et diplomatiques continuent », a commenté Ibrahim Kalin, proche conseiller du premier ministre Erdogan.

Damas a présenté, par la voix de son ministre de l’information, Omran Zoabi, ses condoléances au peuple turc et a annoncé une enquête pour déterminer l’origine des tirs. Mais Ankara veut montrer sa détermination à réagir après cette nouvelle « agression ». Mercredi soir, le gouvernement a signé un mandat aux forces armées turques, les autorisant à mener des actions militaires de l’autre côté de la frontière. Le feu vert définitif à de telles opérations est du ressort de l’Assemblée turque qui était réunie, jeudi matin, en session extraordinaire. Un vote favorable – l’hypothèse la plus probable – donnerait à l’état-major turc la possibilité de déployer des troupes en Syrie, dès lors qu’il juge la sécurité du pays menacée, à l’instar de ce qu’il fait régulièrement dans le nord de l’Irak contre les camps du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

La Turquie a reçu le soutien appuyé de ses alliés de l’OTAN, dont les ambassadeurs se sont réunis en urgence mercredi soir à Bruxelles. La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, s’est dite « indignée » par les tirs de mortier syriens et a promis « le soutien déterminé des Etats-Unis à la souveraineté et à l’intégrité territoriale » de la Turquie. Ces derniers mois, l’OTAN s’était refusée à envisager une intervention militaire en Syrie mais avait garanti la protection du territoire de son membre turc.

Les 15 membres du Conseil de sécurité des Nations unies devraient publier, jeudi, une déclaration condamnant vigoureusement les tirs syriens et demandant à Damas de respecter le territoire de ses voisins. Ce texte aurait dû être entériné mercredi soir. Mais à la dernière minute, la Russie, fidèle alliée du régime syrien, a demandé un report à jeudi 10heures (14 heures GMT) afin que la mission russe à l’ONU puisse consulter Moscou.

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