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Tout à reconstruire 8 octobre 2012

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie, USA / Etats-Unis.
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Le Monde (France) lundi 8 octobre 2012, p. PEH1
Géo & Politique – Les grands chantiers du monde arabe

Sylvie Kauffmann *

Lorsque le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a prononcé le discours d’ouverture du congrès de son parti, l’AKP, dimanche 30 septembre à Ankara, un nouveau venu, au premier rang, l’écoutait intensément. Mohamed Morsi, le président égyptien, avait fait le déplacement, et sa présence n’est pas passée inaperçue. Le choix de Pékin, en août, pour son premier voyage officiel à l’étranger n’était pas non plus passé inaperçu. Ni sa visite à Téhéran, pour le sommet des non-alignés, où il ne s’est pas privé de critiquer devant ses hôtes le soutien de l’Iran au dictateur syrien Bachar Al-Assad.

Erdogan le Turc et Morsi l’Egyptien : deux symboles du bouleversement tectonique qui secoue le monde arabo-musulman au XXIe siècle. La brutale accélération imposée par le déclenchement des révolutions arabes en décembre 2010 se traduit déjà par un début de réalignement des puissances dans le jeu du Moyen-Orient.

Quel rôle peuvent jouer les Etats-Unis dans cette nouvelle donne ? Le « printemps arabe » a-t-il vraiment donné naissance à l’« hiver islamiste », comme le veut la caricature ? Les Américains, qui ont accompagné certains de ces changements, les voient parfois se retourner contre eux. Le drame de Benghazi, dans lequel leur ambassadeur et trois de ses compatriotes ont été tués le 11 septembre, leur a montré que, s’ils servent toujours de cible, ils ont de moins en moins de prise sur les événements.

Pour ceux qui avaient vu dans les soulèvements tunisien et égyptien l’expression d’une aspiration au modèle démocratique et social occidental, le réveil est rude. Dans ces deux pays phares du « printemps arabe », les élections ont porté au pouvoir non pas ceux qui avaient fait la révolution et renversé les dictateurs, mais les partis islamistes, Ennahda à Tunis et les Frères musulmans au Caire. Et les extrémistes salafistes se sont engouffrés dans la brèche.

Le « printemps arabe » était une expression médiatique occidentale. Moins définitive, celle de « réveil arabe » est sans doute plus appropriée. Ce réveil et la revendication de liberté et de dignité qui l’a porté ont pris des formes différentes suivant les pays, mais, hormis certaines monarchies du Golfe, aucun régime n’a été épargné. L’issue de la guerre en Syrie, l’attitude de Téhéran, l’évolution de l’économie en Egypte, la stabilisation ou non de la Libye, la résistance de la société civile aux revendications salafistes sont autant d’inconnues qui pèseront sur l’orientation de ce réveil. Un autre défi est, pour les révolutionnaires de la première heure, de se ressaisir et de construire un discours politique face à celui des Frères musulmans.

Une chose est sûre : ni les Etats-Unis ni l’Europe ne décideront, cette fois, du cours des choses. L’Egypte d’aujourd’hui, reconnaît Barack Obama, « n’est ni alliée ni ennemie » des Etats-Unis. Tout est à reconstruire. Bienvenue dans le nouveau Moyen-Orient !

* Directrice éditoriale du Monde

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