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Crispations internes liées à la politique syrienne d’Ankara 17 octobre 2012

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Temps (Suisse) mercredi 17 octobre 2012

Delphine Nerbollier,  Istanbul

Les questions se multiplient au sujet de la politique menée par le gouvernement turc face à la crise syrienne

Alors que le nombre de réfugiés syriens installés en Turquie a dépassé lundi la barre des 100?000, les questions autour de la politique turque concernant la crise syrienne se multiplient. Ankara dispose-t-elle d’une stratégie ou agit-elle au coup par coup comme semblent le prouver les récents incidents à la frontière? Quatre mois après que Damas a abattu un avion de chasse, la Turquie a ouvert le feu contre des cibles syriennes en représailles à la mort de cinq Turcs, le 4 octobre, suite à la chute de tirs de mortiers dans la ville d’Akcakale. Elle a aussi autorisé l’armée à opérer de l’autre côté de la frontière. Et si le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, dit ne pas vouloir entrer en guerre, la tension reste forte. Le 11 octobre, les autorités turques ont intercepté un avion syrien venant de Moscou et y auraient trouvé des armes à bord.

«Au moment de l’épisode impliquant l’avion, la Turquie n’avait pas réagi assez fortement», estime Nihat Ali Özcan, du centre de recherche en politique économique Tepav. «Avec l’incident d’Akcakale, elle a trouvé une occasion en or de redorer son blason auprès de son opinion publique. Mais une guerre lui coûterait trop cher, financièrement et politiquement.» Si Ankara montre les muscles, le gouvernement ne semble en effet pas intéressé par un conflit, et est soutenu en ce sens par l’opinion publique qui, selon un sondage Metropol, se prononce à 76% contre une intervention armée.

L’exécutif est en revanche la cible de multiples critiques concernant sa politique globale sur la Syrie, que seuls 28% des Turcs disent soutenir. Comme le résume Ömer Taspinar dans la revue The Washington Quarterly, «la relation bilatérale entre la Syrie et la Turquie est l’histoire remarquable d’un voyage allant d’une animosité à une forte amitié pour revenir aujourd’hui à une sérieuse confrontation». Dans les années 1990, les deux voisins ont en effet failli entrer en guerre en raison du soutien de Damas à Abdullah Ocalan, le chef de l’organisation kurde du PKK. Ce n’est qu’à son expulsion en 1998 et à l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan en 2002 que les deux pays se sont rapprochés, dans le cadre d’une politique globale de «zéro problème». La Turquie et la Syrie ont signé une série d’accords économiques et politiques,et parallèlement Ankara a même joué le rôle de médiateur entre Israël et la Syrie au sujet du plateau du Golan.

Sans oublier la relation personnelle entre Erdogan et son protégé, Bachar el-Assad. Au début de l’insurrection syrienne, Ankara a tenté de jouer de son influence sur ce dernier pour le pousser à réformer son pays. En vain. Erdogan a alors changé son fusil d’épaule et soutenu l’opposition. «La Turquie a rapidement découvert les limites de son influence régionale et de sa politique de «zéro problème», écrit Ömer Taspinar, ajoutant que le pays multiplie aujourd’hui les tensions avec ses voisins.

Pour Gencer Özcan, de l’Université Bilgi d’Istanbul, Ankara a «multiplié les erreurs». «Elle a cru qu’Assad tomberait vite et a coupé tous les canaux dont elle disposait pour pouvoir agir. Nous avions un énorme réseau sur place. Or, aujourd’hui, nous n’avons aucun contact avec le régime. Nous ne pouvons servir d’intermédiaire.» Ce politologue ne comprend pas non plus pourquoi Ankara a dénoncé le régime syrien comme celui d’une minorité, à savoir celle des alaouites nusayris dont fait partie le clan Assad. «En disant cela, le gouvernement s’est aliéné une partie de sa propre population, elle aussi nusayri (installée dans la région frontalière d’Hatay, ndlr).» Conséquence directe de ce conflit, les tensions communautaires augmentent à Hatay, entre alaouites arabophones et réfugiés syriens à majorité sunnite.

Quant à l’arrivée de ces réfugiés, elle devient problématique pour le gouvernement, qui tente de tenir sa promesse de ne fermer la porte à aucun de ses «frères» syriens, même si 66% des Turcs estiment que cet afflux doit être interrompu. Ankara pousse donc l’idée d’une zone tampon. Un dossier sur lequel elle trouve pour l’instant peu de soutien de la part de la communauté internationale.

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