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Les Syriens circassiens rêvent d’une nouvelle vie 3 novembre 2012

Posted by Acturca in Caucasus / Caucase, History / Histoire, Middle East / Moyen Orient, Russia / Russie.
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Le Figaro (France) no. 21230, samedi 3 novembre 2012, p. 8

Pierre Avril, Envoyé spécial à Naltchik

Pro ou anti-Assad, de nombreux Syriens originaires du Caucase ont trouvé refuge au pays de leurs ancêtres.

Caucase. À Naltchik, Natay passe ses jours dans l’espoir d’une vie meilleure. Il y a sept mois, cet architecte syrien de 32 ans a fui son pays avec son père, sa mère et son frère, pour se réfugier, « non pas en Russie, mais dans [sa] terre natale » : la Kabardino-Balkarie, petite république du Caucase du Nord et berceau historique du peuple tcherkesse. Par le hasard de la guerre, sa capitale, peuplée de 260 000 habitants, est devenue le point de ralliement de ces Syriens aux lointaines racines caucasiennes. Aujourd’hui, ils sont près de 400 en ville, essentiellement issus de la classe moyenne syrienne, enseignants, étudiants ou ingénieurs. Ils ont choisi la Russie après que Moscou s’est montrée disposée à les accueillir. Si le conflit syrien continue de dégénérer, ils pourraient être bientôt 6 000, estime la diaspora.

Revenir à Alep

De son héritage tcherkesse (ou circassien), Natay a vaguement conservé la langue, sans jamais connaître ni le climat ni la rudesse de son pays d’accueil. En 1864, lors de la première guerre du Caucase, amorcée en 1817 et opposant les troupes du tsar à ces tribus montagnardes irrédentistes, son arrière-arrière-grand-père tua un officier russe en duel, avant de se réfugier à Beyrouth où il fut enrôlé dans l’armée ottomane, puis en Syrie. Il y a 148 ans, entre 700 000 et 1,5 million de Tcherkesses accomplirent un périple similaire, chassés par la répression tsariste. La grande majorité émigra en Turquie. Certains essaimèrent en Syrie, où ils sont aujourd’hui près de 100 000, vivant essentiellement à Damas et dans sa banlieue.

« Là-bas, la situation est désespérée, le conflit vire à la haine. Je n’y retournerai pas car jamais je ne pourrai retrouver mon pays tel qu’il était auparavant. Je resterai vivre en Kabardino-Balkarie », annonce Natay, qui refuse de se considérer comme réfugié. Autrefois, son père, ingénieur dans l’industrie pétrolière, avait étudié et séjourné en URSS. Aujourd’hui, le fils projette de monter une exposition à Naltchick consacré à la diaspora tcherkesse. Son compagnon d’infortune, Beabars Appech, aspire également à « se poser et faire de nouvelles choses ». En attendant une situation stable à Naltchik, cet ancien responsable d’une association damascène, âgé de 29 ans, donne des cours d’anglais. Leurs deux amies, Marina et Lana, aimeraient rentrer à Alep, simplement pour achever leurs études de pharmacie et de littérature.

Inquiétude russe

Dans le sanatorium de fortune, où elle est logée et nourrie, la petite communauté syrienne prépare la cuisine et prend ses repas en commun. La politique, néanmoins, la divise en deux camps. Discrète, la génération des parents et grands-parents soutient majoritairement le régime de Bachar el-Assad et souhaite rentrer au pays. « Bachar est une personne sérieuse et respectable. Une fois, je l’ai vu planter un arbre, en se servant uniquement de ses mains », résume Amin Haj Mohamed. Ce septuagénaire se félicite du fait que le Kremlin « aide le gouvernement syrien pour tenter de surmonter ce conflit ». « Le Caucase est ma terre mais la Syrie est mon pays », justifie Maïa, 41 ans. Ces deux Syriens savent toutefois que leur retour reste hypothétique. Perçus comme prorusse, certains ayant travaillé dans les structures d’État, les Tcherkesses constituent des cibles idéales pour les rebelles syriens.

À l’inverse, bien qu’elle soit restée à l’écart des manifestations de rues, la jeune diaspora tcherkesse rend Assad responsable de la spirale de violence. Elle souhaite, en majorité, refaire sa vie dans le Caucase, ce qui inquiète les autorités russes. À l’heure actuelle, l’aide apportée aux réfugiés provient uniquement de dons privés. Si leur afflux venait à croître, « nous aurions un problème budgétaire sérieux », reconnaît Boris Pachtov, chargé du dossier au sein de l’administration de Kabardino-Balkarie. Pour des raisons administratives, Moscou rechigne à instruire des demandes d’obtention du statut officiel de réfugié, auquel cette population aurait légitimement droit, souligne le Comité international de la Croix-Rouge. En attendant, les migrants s’efforcent, non sans mal, d’obtenir une carte de résidence. « À Alep, les administrations sont fermées et on me demande à Moscou des papiers certifiant que je n’ai aucun passé criminel », soupire Maria, 22 ans, originaire de la grande ville du nord-ouest du pays. « Dans la mesure où les Tcherkesses et les Russes deviennent la cible des islamistes, le gouvernement russe devrait tous les évacuer », insiste l’architecte Natay Alsharkas.

Dans cette région, éternellement travaillée par les démons du séparatisme, la montée en puissance d’un « lobby » tcherkesse aurait de quoi inquiéter Moscou. Au sein de la communauté, certains militent pour que la déportation de ce peuple, en 1864, soit reconnue comme un « génocide ». Aujourd’hui, près de 800 000 Tcherkesses vivent déjà dans le Caucase, dans une relative harmonie que la Fédération russe entend à tout prix préserver.

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