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Les trois rives de Titi Robin 20 novembre 2012

Posted by Acturca in Art-Culture, France.
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Sud Ouest (France) Mardi 20 novembre 2012, p. 40

Recueilli par Antoine De Baecke

Thierry « Titi » Robin sera samedi en concert à la Coursive de La Rochelle. Son coffret de trois albums et un DVD, « Les Rives », emprunte à trois pays, mais le leur rend bien.

Thierry Robin compose depuis longtemps – 1987, et le groupe angevin Johnny Michto – dans un univers musical original, dont les sources, comme celles des cultures tsiganes, se trouvent le long d’un fleuve culturel qui relie l’Inde du Nord à l’Andalousie en passant par les Balkans. Géographiquement compliqué, mais humainement très simple.

« Sud Ouest ». Vous êtes venu en septembre au festival Nomades, à Bordeaux. Comment l’avez-vous abordé ?

Thierry Robin. Très, très bien. Il y avait un bon public, et j’ai été vraiment touché par l’énergie et le projet des organisateurs (1). On avait joué en trio, la formation que je viens d’emmener au Mexique pour quinze jours de tournée. C’est une formule qui puise dans l’ensemble de mon répertoire et qui est souple, me permettant de jouer des morceaux d’il y a trente ans et d’autres tout récents, et d’improviser beaucoup. Contrairement aux « Rives », qui ont une thématique bien spécifique.

« Les Rives », enregistrées au Maroc, en Inde du Nord et en Turquie, c’est un peu une somme de toute votre expérience musicale ?

Oui, j’ai des liens concrets avec ces pays, mais ce sont aussi des symboles. Parce que je me réfère à une culture méditerranéenne, qui a existé. Ces rapprochements-là existent depuis longtemps, dans le chant flamenco par exemple; la poésie est une poésie qui vient d’Asie centrale, et on retrouve les mêmes métaphores poétiques ou le style de chant jusque dans le nord de l’Inde.

Ces liens existent aussi en philosophie, en médecine… Ils n’apparaissent plus maintenant parce que l’ordre du monde a changé, mais dans nos cultures populaires on les sent bien vivants.

Quels sont ces liens personnels dont vous parlez ?

J’ai grandi avec des amis marocains, en France. Mon rapport avec le Raja-sthan date de longtemps, avec tout le travail que j’ai fait avec la danseuse gitane du Rajasthan Gulabi Sapera et même depuis mon premier disque, en 1983, avec Hameed Khan aux tablas, qui est de Jaipur. J’ai beaucoup tourné en Inde. Entre les deux, la Turquie. La musique et la littérature turques m’ont beaucoup influencé. Particulièrement Yachar Kemal, le romancier, que j’ai rencontré à l’occasion de ce projet, et à qui j’ai rendu hommage. Pour moi qui n’ai pas eu d’école, de conservatoire, de professeurs, je me crée une université comme ça, à ma manière.

Ça n’a pas été sans mal…

Oui, c’est venu parce que je ressentais une frustration. Si le monde avait été plus simple et que j’avais pu enregistrer dans n’importe quel pays, avec plus de liberté, moins de contraintes économiques et politiques aussi, peut-être n’en aurais-je pas eu besoin. Là, j’ai dû forcer l’ordre des choses. J’avais un contrat avec clause d’exclusivité pour le monde, dans ma maison de disques (NDLR : Naïve), et théoriquement je n’avais pas le droit d’enregistrer dans tel ou tel pays uniquement parce que j’en sentais la nécessité esthétique et humaine.

C’est d’autant plus désagréable qu’on est dans le secteur de ce qu’on appelle les musiques du monde, où l’on est censé être dans le partage, mais, en réalité, on va surtout y chercher du pétrole musical pour l’exploiter ici. Dans ce cas-là, ça marche très bien, mais, dans l’autre sens, beaucoup moins. Quand je demandais que la musique soit diffusée là-bas comme ici, on me regardait comme si je faisais un caprice de star ! J’avais besoin de briser ça parce que ça allait à l’encontre de ce que je vivais.

Comment avez-vous composé le répertoire de ces trois disques ?

C’est uniquement mon répertoire, parce que c’était vraiment ça, le projet : en Inde, je n’ai pas joué de musique indienne, ni en Turquie, ni au Maroc. Pour moi, c’était important de présenter ma musique et de la partager. Pour les musiciens, il y avait l’effort à faire de s’adapter à un style nouveau.

Mais ces musiques étant finalement de la même famille, il y avait suffisamment de ponts pour qu’on puisse jouer ensemble. J’ai composé le répertoire dans cet esprit.

(1) Le collectif associatif Mascarets, de Bordeaux-Bacalan. À lire : le riche blog du projet « Les Rives », animé par Thierry Robin : http ://les-rives.thierrytitirobin.com. Concert « Les Rives », samedi 24 novembre, à la Coursive de La Rochelle. 16 à 27,50 €. Tél. 05 46 51 54 00.

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