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Mystérieux assassinat de militantes kurdes 11 janvier 2013

Posted by Acturca in France, Immigration, Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 21287, vendredi 11 janvier 2013, p. 8

Christophe Cornevin et Jean-Marc Leclerc

Les enquêteurs explorent la piste de dissensions au sein du Parti des travailleurs du Kurdistan.

Trois militantes kurdes assassinées, retrouvées mortes, dans la nuit de mercredi à jeudi, dans les locaux associatifs de leur communauté au centre de Paris, 147 rue La Fayette, dans le Xe arrondissement. L’émoi suscité par ce triple crime a justifié la présence sur les lieux du ministre de l’Intérieur en personne, le matin même. « Soyez assurés de la détermination des autorités françaises pour faire toute la lumière sur cet acte tout à fait insupportable, a affirmé Manuel Valls, tandis que, dans la rue, les manifestants pro-kurdes scandaient des slogans tels que « nous sommes tous du PKK » ou « Turquie assassin, Hollande complice ! »

La thèse turque « invraisemblable »

Mais la thèse d’un attentat perpétré en France par les autorités turques semble déjà « invraisemblable », aux yeux des experts français de l’antiterrorisme. « Je vois mal l’État turc monter ce type d’opération en France, confie un policier spécialisé. La coopération policière et judiciaire est l’un des domaines où Paris et Ankara s’entendent le mieux. Des échanges d’informations ont lieu entre les magistrats antiterroristes de la galerie Saint-Eloi et leurs homologues en Turquie. Dans ces circonstances, il est impensable, voire ridicule, de voir une barbouzerie derrière cette affaire…» Même son de cloche chez les juges antiterroristes. « Difficile d’imaginer les services turcs se livrer chez nous à des opérations sur les Kurdes, surtout dans le contexte actuel de négociation avec cette communauté », réagit, à chaud, un magistrat.

Sur le terrain, la sous-direction antiterroriste de la PJ et la section antiterroriste de la brigade criminelle de Paris, saisis conjointement par le parquet, ne négligent aucune hypothèse. En premier lieu, ils explorent la piste de dissensions internes au sein du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), auquel les trois victimes étaient liées. Outre le cadavre de Fidan Dogan, présidente du centre d’information kurde, les policiers ont retrouvé le corps sans vie de Leyla Soylemez, une « jeune activiste » et celui de Sakine Cansiz, présentée comme « une des fondatrices du PKK ». Cette dernière était une proche d’Abdullah Öcalan, chef de file de ce mouvement indépendantiste.

Des scissions internes entre différents courants du PKK, pro ou anti-lutte armée, pourraient être à l’origine d’une équipée sanglante et bien ciblée. Deux des victimes ont été exécutées d’une balle dans la nuque. La troisième a été touchée par deux projectiles, au front et au ventre. Le ou les sicaires ont a priori pénétré sans peine dans les locaux, pourtant protégés par deux digicodes. Les policiers n’excluent pas non plus une expédition fomentée par la faction turque d’extrême droite des « Loups gris », un mystérieux contentieux personnel et, bien sûr, la piste crapuleuse. Connu pour recruter des « soldats » parmi la diaspora kurde en France, mais aussi en Italie et en Allemagne pour les envoyer faire un « service national » clandestin dans des camps d’entraînement d’Anatolie, le PKK se finance en effet par le racket intracommunautaire, notamment par la vente forcée de revue nationaliste et l’« impôt révolutionnaire » exigé aux ouvriers immigrés et petits commerçants. Du racket à grande échelle qui suscite autant de convoitises que de solides rancœurs.

« Une communauté repliée sur elle-même »

Propos recueillis par Marie-Amélie Lombard-Latune

Dorothée Schmid dirige le programme « Turquie contemporaine » à l’Institut français des relations internationales.

Le Figaro. – Comment se caractérise la communauté kurde en France ?

Dorothée Schmid. – Les Kurdes – environ 150 000 personnes – sont arrivés au cours de deux vagues successives en France. Tout d’abord, dans les années 1960 et 1970. Il s’agit alors d’une émigration économique, venue des régions les plus pauvres de la Turquie. Puis, à partir des années 1980, d’une vague plus politique et militante, soutenue notamment par Danielle Mitterrand, figure qui va attirer l’attention sur la cause kurde. Cette communauté est principalement installée à Paris, surtout dans le Xe arrondissement, en région parisienne et en Alsace. À titre de comparaison, environ 800 000 Kurdes vivent en Allemagne.

Les Kurdes sont-ils bien intégrés ? On évoque souvent du racket, des règlements de compte…

La communauté vit souvent un peu repliée sur elle-même. Cependant, des passerelles se créent, y compris avec les Turcs, notamment parmi les membres de la 2e ou 3e génération d’immigrés. De multiples associations animent la vie culturelle et sociale. Du côté des aspects négatifs, l’« impôt révolutionnaire », levé par le PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan, en lutte contre le pouvoir turc, NDLR) existe, notamment à l’égard des commerçants. D’autres circuits opaques impliquant du blanchiment d’argent, du travail clandestin, sont également à l’œuvre.

Jusqu’à quel point la communauté adhère-t-elle aux thèses du PKK ?

Cela est difficile à mesurer. La figure du leader emprisonné, Abdullah Öcalan, reste très populaire et le sentiment identitaire est fort, y compris chez les jeunes. Mais de là à dire que tous les Kurdes de France sont proches du PKK, il y a une grande marge. Le fait que l’Union européenne ait, en 2002, déclaré le PKK organisation terroriste a sans doute renforcé la solidarité avec le combat pour les droits du peuple kurde. À cet égard, la diaspora kurde peut parfois paraître en retard par rapport aux Kurdes de Turquie qui voient, eux, leurs relations avec le pouvoir d’Ankara évoluer dans le sens du dialogue. En France, l’attention des autorités est moins focalisée sur la question kurde depuis l’autonomisation du Kurdistan irakien qui est un véritable poumon pour les Kurdes. Depuis, le lobbying kurde s’exerce surtout au Parlement européen et à la Cour européenne des droits de l’homme.

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