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Un triple meurtre et d’encombrants fantômes 17 janvier 2013

Posted by Acturca in France, Turkey / Turquie.
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Courrier international (France) no. 1159, jeudi 17 janvier 2013, p. 27    Türkçe

Sami Kohen, Milliyet (Istanbul)

Le meurtre de trois militantes du PKK [dont Sakine Cansiz, l’une des figures historiques du Parti des travailleurs du Kurdistan] fait planer une ombre sur les relations entre la Turquie et la France, au moment où celles-ci étaient pourtant en train de se normaliser. Ce triple meurtre n’a a priori rien à voir avec les relations franco-turques. D’ailleurs, après cet événement, les services de sécurité et les diplomates français et turcs ont immédiatement collaboré.Cependant, juste après cette exécution sommaire, les déclarations du président français, François Hollande, puis celles, en réaction, du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, ont affecté le processus de normalisation diplomatique entre Paris et Ankara. François Hollande a déclaré qu’il connaissait l’une des militantes assassinées du PKK, Fidan Dogan, et qu’il l’avait d’ailleurs rencontrée. Cette déclaration a provoqué une réponse cinglante du Premier ministre turc devant la presse. Erdogan a réclamé que le président français « explique sans tarder à l’opinion publique, non seulement turque et française mais mondiale, les raisons pour lesquelles il a rencontré des membres du PKK et qu’il explique également ce qui s’est dit lors de ces rencontres ». Aucune réponse n’est encore parvenue de l’Elysée à ce sujet, et la presse française, focalisée sur l’opération militaire en cours au Mali, ne semble plus s’intéresser à cette affaire.Il est très important de savoir quand et à quel titre Hollande a rencontré ces militants du PKK. Selon une source française, ces contacts ont eu lieu quand François Hollande n’était pas encore président mais l’un des dirigeants du Parti socialiste français, alors dans l’opposition. Par conséquent, il ne faut pas considérer que ces contacts ont été établis au nom de l’Etat français. Cela fait d’ailleurs longtemps que certains partis politiques français et certaines organisations côtoient des militants kurdes installés à Paris. Des personnalités politiques et des intellectuels français s’intéressent ainsi de près à la question kurde au nom de la démocratie et des droits de l’homme. Et cela est valable également pour bon nombre d’autres pays européens.

Une position ambiguë

Le souci est que, bien souvent, ces personnes ne veulent pas voir la dimension terroriste de cette problématique et ne tiennent pas compte de la sensibilité de la Turquie, qui souffre du terrorisme. La position de l’Union européenne, qui a qualifié le PKK d’organisation terroriste, s’avère parfois ambiguë sur le plan pratique. En tenant des propos assez durs envers François Hollande, Erdogan n’a fait qu’exprimer l’irritation et la déception de la Turquie vis-à-vis du comportement de la France (et d’autres pays européens) sur ce sujet.

Hollande à Ankara

Que le meurtre des militantes du PKK à Paris ait provoqué cette situation est un événement malencontreux pour l’évolution des relations turco-françaises. En effet, depuis que Hollande a remplacé Sarkozy à la présidence de la République, les deux parties se sont activées pour que leurs relations reprennent un cours normal [en décembre 2011, l’Assemblée nationale a voté la proposition de loi sur la pénalisation de la négation du génocide arménien, ce qui a provoqué l’ire d’Ankara qui avait suspendu la coopération politique et militaire].

François Hollande a notamment fait savoir qu’il effectuerait bientôt une visite officielle en Turquie. Il a également été annoncé que la France lèverait progressivement les obstacles à la reprise des négociations concernant l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. [Nicolas Sarkozy avait fait bloquer 5 des 35 chapitres des négociations.]On verra ce que l’avenir nous réserve, mais pour le moment le calendrier des relations bilatérales suit son cours normal, comme l’illustre notamment la visite [les 15 et 16 janvier] de la ministre du Commerce extérieur française [Nicole Bricq] en Turquie. Permettre au triple assassinat de Paris d’affecter et de retarder ce processus serait une manière de sacrifier le rapprochement turco-français sur l’autel du terrorisme. Cet événement doit au contraire être une occasion de développer davantage de compréhension et de collaboration entre les deux pays.

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