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Marx n’est plus censuré à Istanbul 19 janvier 2013

Posted by Acturca in Books / Livres, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) samedi 19 janvier 2013, p. ARH2

Guillaume Perrier, Istanbul, correspondance

Environ 450 livres pourront être republiés en Turquie. Dont des écrits communistes. Mais la censure perdure, souvent pour raisons morales

La censure de l’Etat turc, qui frappait environ 2 000 publications (livres, journaux, magazines, etc.), a été levée début janvier, rendant disponibles des oeuvres tombées dans la clandestinité. Les éditeurs d’Istanbul pourront republier environ 450 ouvrages interdits depuis des décennies. Parmi eux, le Manifeste du Parti communiste, de Karl Marx et Friedrich Engels, L’Etat et la révolution, de Lénine, des écrits de Staline ou ceux de Nazim Hikmet, grand poète turc et militant communiste, mort en exil à Moscou en 1963. Ces ouvrages avaient été placés sur une liste noire qui s’est allongée au gré des coups d’Etat et des raidissements de la bureaucratie d’Ankara. En pleine guerre froide, dans un pays membre de l’OTAN situé à la frontière de l’Union soviétique, la politique d’endiguement (« containment ») du communisme passait aussi par les rayons des librairies. Les écrits politiques subversifs se vendaient sous le manteau. Les intellectuels turcs Aziz Nesin et Ismail Besikci, mais aussi des centaines de journaux et de magazines, étaient frappés d’interdiction.

C’est le troisième paquet de réformes de la justice, voté par le gouvernement turc en 2011, qui a levé la censure. Elle n’était pas que politique. Une bande dessinée italienne, Les Aventures du capitaine Miki, a aussi été réhabilitée en 2013. En 1961, quelques mois après un coup d’Etat militaire, le héros avait été jugé immoral, accusé d’« encourager la paresse et l’esprit oisif dans la population turque ».

« Plus dangereux que des bombes »

La censure n’a pas disparu pour autant du paysage judiciaire turc. Et souvent la morale puritaine a remplacé la lutte contre le communisme. En 2011, les dessinateurs du journal satirique Hara-Kiri ont tenu deux numéros avant d’être interdits de publication au motif, là encore, qu’ils encouragent « la paresse et l’esprit oisif ». Des auteurs contemporains doivent faire avec des juges ou fonctionnaires sourcilleux. Tel Nedim Gürsel, auteur des Filles d’Allah (2009), la vie romancée du prophète Mahomet, poursuivi pour certains passages jugés irrévérencieux. Des souris et des hommes (1937), classique de l’Américain John Steinbeck, a fait l’objet en décembre d’une enquête du ministère de l’éducation nationale après la plainte d’un groupe d’enseignants d’Izmir, au motif que le héros du roman évoque ses sorties au bordel.

En 2011, The Soft Machine (1961), de William Burroughs, a valu à son éditeur des poursuites judiciaires pour avoir « propagé l’obscénité ». Même scénario pour Irfan Sanci, fondateur des éditions Sel : Les Exploits d’un jeune don Juan, livre érotique d’Apollinaire, a été sanctionné par la justice en 2010.

Tout cela n’a rien d’étonnant dans un pays où le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a estimé un jour que « certains livres sont plus dangereux que des bombes ». Il ne fait que perpétuer une longue histoire de censure et de contrôle de la production littéraire et journalistique. En ce début d’année 2013, une enquête a encore été ouverte contre plusieurs membres du PEN club de Turquie.

Les médias audiovisuels et Internet n’échappent pas au couperet. La Turquie a été condamnée récemment par la Cour européenne des droits de l’homme, à Strasbourg, pour l’interdiction jugée abusive d’un site Internet. Des milliers de sites, « obscènes », politiques ou traitant des questions kurdes ou arméniennes, sont interdits d’accès par décision de justice. Google ou YouTube en ont fait l’expérience. Le conseil supérieur de l’audiovisuel turc a infligé le mois dernier une lourde amende à la chaîne de télévision qui diffusait la série télévisée « Les Simpson ». Le dessin animé a été jugé blasphématoire : un personnage représentant Dieu y prenait ses ordres du diable.

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