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Carbonate de soude : Solvay livre bataille en Méditerranée 31 janvier 2013

Posted by Acturca in Economy / Economie, France, Turkey / Turquie.
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L’Usine Nouvelle (France) no. 3316, jeudi 31 janvier 2013, p. 38

Par Olivier James

Le groupe devra rendre plus compétitive sa production dans le sud de l’Europe. En cause : l’arrivée d’un concurrent turc, qui s’appuie sur un gigantesque gisement de trona. Le seul en Europe.

La bataille du carbonate de soude est lancée ! Solvay se retrouve menacé dans son pré carré par un nouvel acteur, Eti Soda, une filiale du conglomérat Ciner Group implantée en Turquie. Mais le chimiste organise la contre-attaque, avec le bassin méditerranéen pour théâtre des opérations. Le groupe fourbit ses armes pour optimiser ses huit usines européennes de carbonate de soude. « Nous élaborons une stratégie offensive, assène Pascal Juéry, le président de la division essential chemicals de Solvay. Nous prévoyons de limiter la production de certains sites, voire d’envisager une fermeture d’unités. » Plusieurs sites, en Italie, au Portugal, en Espagne et en Égypte, sont menacés par ce plan de bataille. Les usines allemandes et françaises restent à l’abri. Pour l’instant…

Le carbonate de soude est une substance de base qui entre dans la composition de nombreux produits d’usage quotidien et dont chaque Français consomme chaque année, sans le savoir, 12 kg. Solvay, qui possède une part du marché européen de près de 40 %, évoque des surcapacités de production, en raison des efforts de productivité menés au fil du temps et d’une consommation déprimée en Europe, contrairement au reste du monde. Mais son plan d’action a le parfum de la riposte. Il faut dire que le numéro un mondial du secteur, qui tire 10 % de son chiffre d’affaires de cette production, est confronté à un concurrent très déterminé… L’objectif des dirigeants d’Eti Soda est très ambitieux. « Fin 2017, nous disposerons de capacités de production de 4,4 millions de tonnes par an », assure Sinan Solaklar, le directeur des ventes. Un total qui se rapproche, à peu de chose près, des 5 millions de tonnes produites par Solvay…

Aubaine géologique

La croissance d’Eti Soda s’est accélérée depuis peu. Créée en 1998, elle n’a commencé à produire qu’en 2009. Aujourd’hui, son unique site de production, qui se situe à Beypazari, à une centaine de kilomètres au nord-ouest d’Ankara, peut produire 1,1 million de tonnes par an de carbonate et de bicarbonate de soude. Comment expliquer une hausse aussi spectaculaire de la production ? Eti Soda détient un trésor rarissime : un gigantesque gisement de trona, le seul en Europe. Minéral très rare, le trona est une combinaison naturelle de carbonate de sodium, de bicarbonate de sodium et d’eau. Il nécessite peu de transformations pour obtenir un produit final commercialisable. Atout majeur, l’entreprise turque a accès au deuxième plus grand gisement du monde, découvert à la fin des années 1970. Il renferme, selon les estimations, entre 900 millions et 1,9 milliard de tonnes de trona. Le premier gisement mondial se trouve aux États-Unis, dans le Wyoming, et ses réserves sont estimées à 23 milliards de tonnes !

Fort de cette aubaine géologique, Eti Soda et sa maison mère projettent des investissements tous azimuts. Une hausse des capacités de production du site de Beypazari et surtout une nouvelle usine à Kazan, à 35 km au nord-ouest d’Ankara, sur un site racheté en 2011 au géant minier Rio Tinto. De quoi expliquer le bond attendu de la production et… la réaction de Solvay.

Le carbonate de soude élaboré via un matériau naturel met à mal le process de production de carbonate de soude synthétique jusque-là employé en Europe et encore très majoritairement utilisé dans le monde. Il a été élaboré il y a cent cinquante ans par un certain Ernest Solvay, le fondateur du groupe. Efficace et bien maîtrisé, ce process nécessite de nombreuses étapes. Il génère beaucoup de sous-produits et consomme de grandes quantités d’énergie. Ce dernier poste représente d’ailleurs de 30 % à 40 % du coût de production. En sortie d’usine, le carbonate de soude naturel serait près de 40 % moins cher que le synthétique. Quant à leurs performances physico-chimiques, elles sont peu ou prou identiques. Un avantage concurrentiel qui donne des ailes à Eti Soda. « Nous serons le plus grand producteur de carbonate de sodium naturel dans le monde », déclare fièrement Sinan Solaklar. Pas de quoi rassurer les acteurs historiques du secteur.

« Si Eti Soda atteint des capacités de plus de 4 millions de tonnes, il pourra devenir un acteur de premier plan à moyen terme, estime Evrim Dairecioglu, analyste spécialiste de l’industrie au sein du groupe financier autrichien Erste. Cette hausse des capacités constitue une menace pour le marché européen du carbonate de soude. » L’attitude du groupe polonais Ciech, le numéro deux du secteur, est symptomatique. Son site roumain subit déjà cette nouvelle pression concurrentielle. La mer Noire représente la zone de livraison la plus accessible pour Eti Soda. De quoi forcer Ciech à désinvestir et à privilégier les sites de production les plus performants. L’arrivée du turc dans le bassin méditerranéen est imminente.

Nouveaux débouchés

Le carbonate de soude naturel est compétitif si son transport terrestre, après chargement dans les ports, reste limité. Autrement dit, il menace surtout une zone côtière d’une centaine de kilomètres de large. Quant à la part de la production d’Eti Soda qui sera exportée dans le bassin méditerranéen, difficile d’en connaître l’ampleur. Elle serait de 90 % selon Evrim Dairecioglu. Le groupe vise les marchés de la Turquie bien sûr, comme ceux du Moyen-Orient et de l’Inde. « Ces zones ne seront pas capables d’absorber toute cette production et de nouvelles voies d’exportation apparaîtront en Europe, a expliqué, au journal spécialisé « Icis », l’analyste Dominik Niszcz, du groupe autrichien Raiffeisen Centrobank. Si cette menace se matérialise, l’Europe du Sud sera affectée, ce qui pourrait avoir un impact sur les marges dans toute l’Europe de l’Ouest. »

Les dirigeants de Solvay sont décidés à tout mettre en œuvre pour garantir l’excellence industrielle de leurs usines. « Pour les rendre plus compétitives, nous allons améliorer leur efficience énergétique, précise Pascal Juéry. Nous devons aussi faire des progrès en matière de coût d’entretien. Mais il est probable que dans dix ans, nous posséderons en Europe moins d’usines dans cette activité. » Une situation qui rappelle celle des États-Unis, où le trona est roi. Solvay y investit d’ailleurs pour augmenter les capacités de son usine de carbonate de soude naturel. L’exploitation du gigantesque gisement de trona durant le XXe siècle a conduit à l’extinction progressive des sites de production de carbonate de soude synthétique. La dernière a fermé ses portes en 1986. Mis à l’épreuve en Europe, Solvay va devoir prouver que son process historique peut être modernisé.

 

DE NOMBREUSES APPLICATIONS…

Dans le verre Le carbonate de soude joue le rôle de fondant, en diminuant la température de fusion du quartz.

Dans les détergents, les savons et les lessives Il a un pouvoir dégraissant et nettoyant.

Dans les céramiques Il est utilisé comme défloculant afin de garantir la fluidité des solutions de céramiques en poudre.

Dans le bâtiment Mélangé aux isolants à base de chanvre, il sert de produit ignifuge.

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