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48 heures à Istanbul, mégapole du luxe 5 février 2013

Posted by Acturca in Economy / Economie, France, Istanbul, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 21308,  mardi 5 février 2013, p. 32
Style & vous

Godfrey Deeny Envoyé spécial à Istanbul

À l’occasion du Festival Colbert, notre journaliste a accompagné en Turquie des présidents de grandes maisons du luxe français.

Carnet de Bord. Le Comité Colbert, qui rassemble les principales maisons de luxe françaises, a réuni une vingtaine de grands patrons en Turquie. En marge des événements au programme, la rencontre des deux cultures a donné lieu à un happening gastronomique haut en couleur et inattendu.

PREMIER JOUR

18 h 45 – Contrôle d’identité, à l’aéroport d’Istanbul.

La jolie douanière examine mon passeport du Royaume-Uni et insiste pour que je l’embellisse d’un visa à 15 euros, pendant que les détenteurs de passeports français défilent devant elle sans être arrêtés. Quand je proteste en lui expliquant que « David Cameron voudrait faire entrer la Turquie dans l’Union européenne, monsieur Sarkozy y était opposé », elle me rétorque d’un ton ferme : « Allez régler votre visa, monsieur ! » Je m’exécute.

20 heures – Au consulat français

La ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, rappelle aux dirigeants présents des sociétés membres du Comité Colbert et à un nombre équivalent de dignitaires turcs que plus de 400 entreprises françaises se sont installées en Turquie. « Le luxe est le moteur du commerce extérieur français », insiste Nicole Bricq avant d’ajouter : « pourtant, nous avons nos divergences », faisant référence au manque de protection juridique lié à la propriété intellectuelle en Turquie et aux taxes lourdes sur les produits de luxe (qui peuvent monter jusqu’à 60 % pour la maroquinerie).

22 h 30 – Dîner de 80 convives

Première victoire française dans la bataille gastronomique impromptue que vont se livrer nos deux pays, avec un festin avant-gardiste composé de cinq plats : foie gras poêlé au jus d’anis ou langoustines à l’acha des montagnes, accompagnés d’excellents vins (château d’Yquem 1988 et champagne Krug). Marc Veyrat, le chef au chapeau noir ex-triple étoilé, prend le micro et appelle à « plus d’autarcie » pour protéger la cuisine et par là même la santé. Les Français piquent du nez.

22 h 45 – Pause cigarette hors du consulat

« J’ai aimé votre chef ! Mais je pensais que les Français étaient pour le libre-échange ? », rit Zafer Kursun, le propriétaire d’Istinye Park, le centre commercial du luxe le plus récent de Turquie.

DEUXIÈME JOUR

9 heures – Visite du Palais de Dolmabahçe

L’ancienne demeure du sultan s’enorgueillit de posséder la plus grande collection privée de lustres Baccarat. Juste avant de monter à bord d’un ferry pour une sortie sur le Bosphore, je repère un vendeur à la sauvette qui propose des imitations de montres Chanel.

12 h 15 – Istinye Park

Nicole Bricq – avec 75 minutes de retard – commence sa visite du carré luxe du centre commercial, escortée d’Yves Carcelle du groupe LVMH. La concentration d’enseignes rappelle le Rodeo Drive à Beverly Hills. Istinye Park a été réaménagé à l’occasion de ce Festival Colbert, durant lequel les maisons françaises travaillent en partenariat avec des artistes locaux ou internationaux. La vitrine de Chanel – la collection rock’n’roll de Versailles – accueille les faïences de Sèvres créées par Johan Creten, tandis que Louis Vuitton expose une édition limitée de meubles signés Christian Liaigre.

12 h 45 – Istinye Park

« Nous pensons que, sur le marché turc, chacun de nos membres pourrait doubler son chiffre d’affaires dans les dix prochaines années », explique la déléguée générale du Comité Colbert, Élisabeth Ponsolle des Portes, qui estime le montant des ventes françaises de luxe réalisées, ici, à 640 millions d’euros.

13 heures – Istinye Park

Kursun, le propriétaire des lieux, me confie : « Nos quatre boutiques les plus performantes sont Chanel, Vuitton, Dior et Prada. Aucune ne vous le dira, mais chacune réalise environ 50 000 euros par an et par mètre carré. Je vous assure. »

13 h 30 – Déjeuner au Basra dans Istinye Park

Contre-attaque culinaire de la Turquie : un déjeuner de neuf plats avec pour pièce de résistance un exquis rouget de la taille d’un doigt sur un lit d’épinards.

15 h 15 – À l’intérieur de la boutique Louis Vuitton, du quartier Nisantasi

Je félicite le PDG de Baccarat, Markus D. Lampe, pour son double succès, la vitrine de Vuitton et la table du dîner au consulat français, mais il grogne : « Les verres au consulat étaient des répliques. C’est incroyable ! »

15 h 40 – La boutique Bernardaud, à Nisantasi

Le choix des partenariats artistiques du fabricant de porcelaine – de Jeff Koons à David Lynch – semble opportun. Comme l’oeuvre de Sophie Calle, disposée à côté d’un ensemble d’assiettes.

16 heures – Boutique Bonpoint, à Nisantasi

« Je considère cet endroit comme un pop-up store », plaisante le PDG de Bonpoint, Éric Vallat, au sujet de sa nouvelle boutique « haut bobo ». Il vient de fermer un magasin de l’autre côté de la rue après que les autorités ont jugé qu’il présentait des « risques sismiques ». On aperçoit un autre vendeur de rue avec de fausses écharpes pashmina au logo Louis Vuitton.

16 h 30 – En face de la vitrine Chanel, à Nisantasi

« Nous avons pensé acheter ce lieu, mais il n’a pas les proportions espérées. Les plafonds bas ne sont guère luxueux », explique François Delahaye, au sujet d’un bâtiment en béton à moitié fini que le promoteur de Dubaï, Emaar, en difficultés financières, a mis sur le marché. Delahaye est à la recherche du bon emplacement pour un nouvel hôtel de grand standing à ajouter à la Dorchester Collection. Mais bien que financé par le sultan de Brunei, l’endroit idéal avec vue sur l’eau est difficile à trouver. « Tout simplement, on ne laisse personne construire sur le Bosphore », se lamente le directeur général du Plaza Athénée qui porte le costume le mieux coupé de notre aréopage du luxe.

21 h 30 – Dîner au domicile d’Oya Eczacibasi, présidente du musée l’Istanbul Modern

« Une chose que j’apprécie en Turquie, c’est que tu rencontres des clients dont tu n’imagines pas l’existence », s’exclame Hervé Van der Straeten, après être tombé sur l’un de ses lustres en bronze et albâtre dans la maison d’Oya, un manoir typiquement turc en bois, avec une vue exceptionnelle sur la partie supérieure du Bosphore.

TROISIÈME JOUR

9 heures – Départ du Pera Palace

On ne peut pas reprocher au Comité Colbert son sens du petit détail touchant. Encore une gourmandise dans ma chambre : un cupcake, surmonté d’un minicollage réalisé à partir des titres du Figaro. Incapable de manger une miette de plus, j’emporte ce dessert avec moi. J’ai pris 2 kilos en 48 heures. À la réception, je demande : quel est le mot turc pour dire Oxyboldine ?

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