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Gilles Veinstein, historien 17 février 2013

Posted by Acturca in Academic / Académique, France, History / Histoire, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) 17-18 février 2013, p. 22
Disparitions

Philippe-Jean Catinchi

Titulaire de la chaire d’histoire turque et ottomane au Collège de France, l’historien Gilles Veinstein est mort à Paris le 5 février à l’âge de 67 ans.

Né à Paris le 18 juillet 1945, Gilles Veinstein grandit dans un milieu cultivé mais, si la passion des arts et du spectacle conduit son père à les enseigner à l’université, lui est le prototype du bon élève tout entier absorbé par les études. Après un parcours secondaire impeccable, il intègre l’Ecole normale supérieure (1966), puis obtient l’agrégation d’histoire (1970).

Dès 1972, chef de travaux à la 6e section de l’Ecole pratique des hautes études – qui devient en 1975 l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) -, il y prépare une thèse. En 1977, le voilà maître assistant à l’EHESS, puis maître de conférences, enfin, en 1988, directeur d’études, sitôt soutenu son doctorat d’Etat (1986). Il continue d’y enseigner lorsqu’il est élu au Collège de France en décembre 1998 et ne quitte l’établissement que lorsqu’il met fin à sa carrière d’enseignant.

Un même lieu, donc, pour une seule passion : l’histoire turque et ottomane, que lui recommande l’orientaliste et soviétologue Alexandre Bennigsen (1913-1988). Veinstein lui consacra de fait son engagement de chercheur et d’enseignant.

Dirigeant l’équipe de recherche études turques et ottomanes du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), ainsi que le centre d’histoire du domaine turc de l’EHESS, il multiplie les lieux d’intervention, revues, comités et conseils. Gilles Veinstein travaille la diplomatique et la paléographie ottomanes, exhumant et dépouillant les correspondances et les fonds d’archives ignorés ou délaissés. A Istanbul, mais aussi dans les Balkans, jusqu’à Venise et Rome.

Il s’intéresse à tout : les enjeux sociaux, le commerce et la fiscalité, le monde des drogmans comme celui des esclaves, les relations entre la Sublime Porte et ses voisins chrétiens… sans oublier les rouages de l’Etat dont l’incarnation, le sultan, a particulièrement retenu son attention.

Ainsi, en marge de textes édités (Le Paradis des infidèles, de Mehmed Efendi – éd. Maspero, 1981 – ), des travaux de fond et des contributions à des collectifs mémorables (Histoire de l’Empire ottoman, Fayard, 1989), on retiendra le captivant Sérail ébranlé. Essai sur les morts, dépositions et avènements des sultans ottomans (XIVe-XIXe siècles), brillante anthropologie politique qu’il cosigne avec Nicolas Vatin (Fayard, 2003).

On n’imaginait pas qu’une oeuvre si solide pâtisse d’un discrédit médiatique. C’est cependant ce qu’il advint lorsque Veinstein fut pressenti pour le Collège de France. Exhumant l’article d’un dossier consacré trois ans auparavant au  » massacre des Arméniens  » dans la revue L’Histoire (avril 1995), d’aucuns s’indignèrent que, sans nier le crime de masse de 1915, le savant refuse de le qualifier de  » génocide « , jugeant que la préméditation et la planification des massacres par l’autorité ottomane ne sont pas irréfutablement établies. Sans doute Veinstein paya-t-il là son soutien à l’historien Bernard Lewis, qui avait, en 1993, évoqué dans Le Monde une  » version arménienne  » de cette tragédie…

Affrontement polémique

Quoi qu’il en soit, le moment de la consécration fut terni par cet affrontement polémique – même si nombre d’historiens, tant orientalistes (Robert Mantran, Louis Bazin, Maxime Rodinson) que pourfendeurs du négationnisme (Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet), soutinrent publiquement le nouvel élu, qui resta blessé par le score étriqué de sa cooptation (18 oui, 15 non et 2 blancs).

Au Collège comme à l’EHESS, Veinstein manifeste la même volonté d’éclairer la complexité des héritages et des événements contemporains. Mais rien n’y fait. La blessure de 1998 ne se referme pas et le laisse, assurent ses proches, physiquement affecté. La maladie, enfin, le pousse à la retraite.

On en oublierait que le bon vivant et l’homme de goût qui avait réuni une formidable collection d’objets en lien avec le monde ottoman fut un maître tant pour ses étudiants que pour ses pairs (Henry Laurens), par sa culture, son intelligence aiguë et son incomparable travail de l’archive. Un grand savant en somme.

18 juillet 1945 Naissance à Paris

1966  Entrée à l’Ecole normale supérieure (ENS)

1970 Agrégation d’histoire

1988 Directeur d’études à l’EHESS

1998 Election au Collège de France

5 février 2013 Mort à Paris

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