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L’Europe à deux vitesses 8 mars 2013

Posted by Acturca in Economy / Economie, EU / UE, France, Istanbul, Russia / Russie, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Air & Cosmos (France) 8 mars 2013, p. 31-32

Léo Barnier

D’un côté les aéroports de l’union européenne, proches de la récession, de l’autre, les plateformes hors Union, toujours en croissance. Un constat qui reflète l’évolution du PIB des pays concernés autant que leur degré de maturité aéronautique.

Le constat est clair. Les résultats 2012 rassemblés par l’ACI Europe (Airports Council International), qui représente plus de 400 aéroports dans 46 pays, indiquent que les plateformes de l’Union européenne (UE) sont à deux doigts de la récession. Les autres pays continuent d’afficher des taux de croissance dynamiques. Et si Olivier Jankovec, directeur général de l’ACI Europe, table – avec optimisme – sur une petite croissance de 0,5 % du trafic en 2013, c’est uniquement grâce à ces pays nonUE. En 2012, Le trafic des aéroports de l’UE n’a progressé que 0,2 %, contre + 8,8 % pour ceux hors UE. Du coup, la croissance totale des aéroports européens a connu un sérieux ralentissement en 2012, avec une hausse limitée à 1,8 % contre 7,3 % en 2011. Les grands pays hors UE – comme la Russie et la Turquie – ont ainsi réussi à maintenir une croissance à deux chiffres malgré un certain ralentissement, tandis que les principaux pays d’Europe de l’Ouest ont vu leur dynamique s’effondrer. On peut même distinguer un axe Sud qui, avec l’Espagne, l’Italie et la Grèce, a carrément passé la marche arrière (cf. carte).

Croissance turque et russe.

En nombre de passagers, l’Europe de l’Ouest continue d’absorber une large part du trafic. A eux seuls le Royaume-Uni (221 millions de passagers), l’Allemagne (200 millions), l’Espagne (195 millions), la France (168 millions) et l’Italie (145 millions) monopolisent plus de la moitié du trafic européen. Ils n’ont néanmoins jamais été aussi proches de se faire rattraper par les plateformes turques et russes, qui approchent désormais les 130 millions de passagers chacun. Les deux pays vont d’ailleurs débuter des discussions en mars, afin de développer leur trafic commun. Ce bouleversement du rapport de force se retrouve aussi sur les aéroports. Ainsi Madrid-Barajas, cinquième aéroport européen, est tout près de se faire dépasser par Istanbul-Atatürk, avec moins de 200000 passagers d’écart (pour un trafic d’environ 45 millions de voyageurs annuels). Alors que le premier a vu son trafic reculer de 9 %, le second progressait de 20,2 %. En 2011, Istanbul n’était que le huitième aéroport européen derrière Munich et Rome, et accusait un retard de plus de 12 millions de passagers sur Madrid. Le facteur économique explique en grande partie ces différences. Selon les données de la Banque mondiale, depuis 2010 la Turquie connaît une croissance de son PIB de 9 % par an et la Russie 4%, alors que la zone euro stagne autour de 2 %. Les incertitudes et le manque de perspectives actuels cristallisent d’autant plus la morosité du trafic dans l’Union européenne. Un autre facteur est la maturité du transport aérien. Le nombre de trajets aériens par habitant est bien plus faible en Russie et en Turquie qu’à l’Ouest. Ce qui laisse un fort potentiel de croissance, dont profitent d’ailleurs les compagnies locales. Les opérateurs russes ont connu une hausse de leur trafic de près de 22 %, à 73 millions de passagers. Ils se rapprochent ainsi du seuil des 90 millions de voyageurs transportés du temps de l’URSS. De son côté Turkish Airlines a progressé de 20 %, à 40 millions de passagers. Des résultats loin de ceux de Lufthansa, Air France ou IAG naviguant autour de 2 %.

L’effet bas coût.

Le trafic est aussi dopé par l’émergence de compagnies à bas coût. Alors qu’en Europe de l’Ouest, celui-ci est considéré comme ayant atteint son niveau de maturité autour de 40 %, il reste encore relativement faible plus à l’Est. On y voit donc l’émergence de transporteurs locaux comme Pegasus en Turquie. Le repli brutal de la croissance des aéroports de l’UE peut s’expliquer enfin par la fin d’un certain nombre d’effets artificiels. En 2011, la croissance – de 6,3%– y bénéficiait du rattrapage des chutes de trafic en 2009 (crise économique) et 2010 (épisodes neigeux et volcan islandais). Ainsi, comme le note Olivier Jankovec, “depuis 2008 le trafic a grossi de moins de 2,5 % en UE, contre plus de 38 % hors UE”. Si le tableau est noir pour l’Union européenne, il y existe d’importantes différences.

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A commencer par cet axe Sud en récession, qui correspond peu ou prou aux pays les plus touchés par la crise des dettes souveraines. Notamment la Grèce, qui voit son trafic s’effondrer depuis deux ans : – 6,3 % en 2011 et – 10,4 % en 2012. Le recul est moins sérieux pour l’Espagne et l’Italie, mais reste préoccupant. Parmi les autres Etats aux prises avec les difficultés économiques, le Portugal a limité les dégâts mais reste prudent après la privatisation ratée de sa compagnie nationale TAP Portugal. Et l’Irlande reprend des couleurs en gagnant 1,3 point de croissance. Pour la quasi-totalité des autres pays de l’Union européenne, les chiffres ont été divisés par deux au minimum. Même les pays de l’ancien bloc de l’Est et d’Europe centrale, intégrés plus récemment, connaissent un repli malgré des taux de croissance encore forts, voire très forts. Seule la Roumanie fait exception, en passant de + 2,8% en 2011 à + 21,9 % en 2012, malgré un contexte économique morose.
La Turquie a réussi à maintenir une croissance à deux chiffres.

“On n’a pas à se plaindre.”

La France sort aussi du lot. Alors que le Royaume-Uni et l’Allemagne stagnent, que l’Espagne et l’Italie régressent, les aéroports hexagonaux ont progressé de 2,7 % (3 % en métropole). Ils signent ainsi la meilleure performance de leur histoire pour la deuxième année consécutive, avec 168 millions de passagers (cf. A&C n° 2343). Comme le dit Jean-Michel Vernhes, président de l’Union des aéroports français (UAF) : “On n’a pas à se plaindre.” De l’aveu même de Philippe Aliotti, délégué général de l’UAF, Ces hypothèses laissent présager “une année 2013 difficile”, selon Jean-Michel Vernhes. Si la France n’est qu’en “décalage”, elle risque d’être rattrapée assez rapidement par la baisse du trafic. Sans compter qu’un essoufflement du low cost est à prévoir, alors que l’induction de trafic due aux bases provinciales d’Air France, easyJet et Ryanair sera moins importante.

Récession en vue.

Au-delà de la France, l’Europe entière semble promise à la récession. Après un bon début d’année, la croissance du trafic s’est effritée de façon continue tout au long de 2012 (cf. graphique). Si le trafic hors UE reste largement positif, il suit un mouvement parallèle à celui de l’UE, passé dans le rouge en octobre dernier. Une première depuis fin 2009. En conséquence, le trafic global européen a basculé à son tour dans le négatif, en décembre. Et la tendance s’est confirmée en janvier. Tout indique donc que la baisse va se poursuivre en 2013. les raisons de cette différence sont multiples. Parmi les plus plausibles, “le décalage macroéconomique” souvent connu par la France par rapport aux autres pays européens. Mais aussi le fait que le bas coût y reste un puissant moteur de croissance. En retard avec seulement 22,3 % du trafic en métropole (contre 40 % au Royaume-Uni ou en Allemagne), il y bénéficie d’un effet de rattrapage avec une progression de 9,5 % en 2012 (13,5 % hors Paris).

ADP et TAV font candidature commune

Augustin de Romanet, pdg d’Aéroports de Paris (ADP), a annoncé son intention de présenter une offre commune avec TAV pour la construction et l’exploitation pendant vingt-cinq ans du troisième aéroport d’Istanbul. La remise des dossiers est fixée au 3 mai par le gouvernement turc. Augustin de Romanet a précisé que TAV avait la trésorerie nécessaire pour assumer le projet seul, au moins pour la première partie (90 millions de passagers sur un potentiel de 150 millions). L’ouverture est attendue dès fin 2017-début 2018, mais 2019 semble plus probable au pdg d’ADP.

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