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En Turquie, la rue continue de rejeter le Premier ministre Erdogan 3 juin 2013

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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Les Echos (France) no. 21448, lundi 3 juin 2013, p. 6

Michel De Grandi

Des émeutes secouent le pays depuis trois jours.Les manifestants dénoncent la dérive autoritaire du régime élu démocratiquement.

Istanbul est incontestablement plus habitué aux cars de touristes qu’à ceux de la police antiémeute. Et pourtant, la capitale économique de la Turquie vient d’être pendant trois jours le théâtre de violents affrontements, les pires qu’ait connus le pays depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 du parti islamo-conservateur dirigé par Recep Tayyip Erdogan. Hier, quelques centaines de manifestants restaient sur la place Taksim, en plein cœur d’Istanbul, foyer de ce mouvement. Des milieux de manifestants continuaient à défiler dans les grandes villes en tapant sur des casseroles. La situation en fin de journée n’avait plus rien à voir avec celle qui prévalait deux jours plus tôt. Elévation de barricades, slogans réclamant la démission du gouvernement, les échauffourées ont fait 79 blessés et 1.700 arrestations selon le ministère de l’Intérieur. C’est un projet de réaménagement de la place qui a mis le feu aux poudres. La construction de bâtiments, dont un centre commercial qui nécessite d’abattre les arbres du parc attenant a embrasé la rue. La volonté de Recep Tayyip Erdogan, qui fut maire d’Istanbul, de passer outre aux protestations a fait le reste. Le jugeant hautain, arrogant, voire méprisant à l’égard de la population, les manifestants ont cette fois forcé Erdogan, Premier ministre depuis 2003, à entendre le message. « La dérive autoritaire s’est accentuée depuis la victoire du parti aux dernières élections législatives de 2011. Erdogan fait de plus en plus preuve d’autisme politique », explique Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris.

« La dérive autoritaire s’est accentuée depuis la victoire du parti aux dernières élections législatives de 2011. Erdogan fait de plus en plus preuve d’autisme politique.» Didier Billion, Directeur adjoint de l’Iris

Les rancœurs étaient d’autant plus exacerbées qu’une loi durcissant encore les ventes d’alcool vient d’être promulguée et a été ressentie par la population comme une nouvelle contrainte imposée par le pouvoir sur les individus.

Pas de crise de régime

Le glissement autoritaire a été ressenti aussi avec la répression policière, particulièrement violente sur la place Taksim. Près d’un millier de personnes ont été arrêtées. Convoqué par le chef de l’Etat, qui se disait lui-même inquiet de l’intensité de la confrontation, le Premier ministre a fait une volte-face surprise durant le week-end en ordonnant à la police d’évacuer la place Taksim. Sans doute pour calmer le jeu et donner du régime une image adoucie, Recep Tayyip Erdogan a admis « des erreurs et des réactions extrêmes » de la part de la police. A moins d’une nouvelle flambée de violence, ces échauffourées, qui se sont produites aussi dans la capitale et les grandes villes turques, ont constitué un sérieux avertissement de la population à son Premier ministre. Le régime, aujourd’hui, même s’il n’est pas en crise, dispose d’une marge de manœuvre bien moindre que par le passé pour répondre aux frustrations sociales.

Avec une croissance de 2,5 % l’an dernier et une hausse de 4 % du PIB attendue cette année, les tensions ne peuvent plus être amorties par les résultats économiques comme par le passé. Or, la Turquie est suivie avec une grande attention par les investisseurs étrangers. Des émeutes comme celles de ce week-end peuvent, in fine, coûter très cher au pays et au Premier ministre son fauteuil.

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