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Le pouvoir face à un de ses plus grands défis 10 juin 2013

Posted by Acturca in Istanbul, Turkey / Turquie.
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Libération (France) lundi 10 juin 2013, p. 5
A la une : Turquie, la République de Taksim

Marc Semo

Erdogan aura du mal à venir à bout d’une opposition hétérogène sans revendication commune. C’est un mouvement inédit dans l’histoire turque par son caractère spontané comme par son ampleur et sa créativité multiforme, évoquant les Indignés espagnols, le «printemps érable» du Québec ou Mai 68. Cette «révolte de la dignité», selon la formule de l’universitaire Ahmet Insel, met pour la première fois sérieusement sur la défensive un Premier ministre islamo-conservateur qui, jusqu’ici, avait su remporter haut la main trois élections législatives et deux référendums en dix ans.

«Le défi est sans précédent car ces enfants du kémalisme manifestent au nom des libertés pour tous, et non, comme leurs parents, pour demander une intervention des militaires gardiens autoproclamés d’une laïcité autoritaire», analyse Menderes Cinar, professeur de sciences politiques à l’université Baskent d’Ankara. Pris à contre-pied par cette contestation atypique, le leader de l’AKP fait quelques concessions pour la forme disant accepter «les revendications démocratiques» mais pas le «vandalisme». Mais, surtout, il dénonce un supposé complot de «ceux qui ne peuvent pas supporter que des gouvernements soient portés au pouvoir par les urnes». C’est-à-dire les vieilles élites kémalistes et l’armée, bien que celle-ci ait été mise au pas par le pouvoir.

Au printemps 2007, des centaines de milliers de personnes avaient défilé dans les grandes villes dans un mouvement encadré par diverses organisations kémalistes, depuis démantelées par une justice reprise en main. A l’époque comme aujourd’hui, se côtoyaient dans les cortèges les classes moyennes occidentalisées, les étudiants, les alévis fidèles d’une branche hétérodoxe et progressiste du chiisme, pour dénoncer l’islamisation rampante des institutions. La colère de cette autre Turquie pesant peu ou prou un tiers de la population se focalisait alors sur le «turban», le foulard islamique. Aujourd’hui, la question du voile importe guère aux jeunes de la place Taksim, qui craignent surtout un retour en arrière remettant en cause les réformes libérales menées par l’AKP lors de ses premières années de gouvernement – afin de permettre à la Turquie d’entamer les négociations d’adhésion avec l’UE. Selon une enquête menée par l’université Bilgi, 80% des protestataires se définissent avant tout comme «libertaires».

«Nouveau sultan». Cette réalité, Recep Tayyip Erdogan ne peut ni ne veut l’entendre même si certains poids lourds de son propre parti, comme le chef de l’Etat Abdullah Gül ou le vice-Premier ministre Bülent Arinç, ont tenté quelques ouvertures aussitôt désavouées. Le Premier ministre continue de bien tenir en main l’appareil d’un parti fonctionnant sur un modèle stalinien. Mais le mouvement s’étend peu à peu à tout le pays. Il y a le refus de l’arrogance et de l’autoritarisme du «nouveau sultan» qui veut transformer la Turquie en une république présidentielle dont il serait, à l’automne 2014, le premier chef d’Etat élu au suffrage universel. Au ras-le-bol d’une jeunesse qui n’a jamais connu d’autre pouvoir que celui de l’AKP, et son conservatisme religieux de plus en plus étouffant, s’ajoute la grande colère des alévis qui se sentent marginalisés politiquement et socialement par le nouvel Etat-AKP.

Jusqu’ici engagés dans toutes les batailles pour la démocratisation, les Kurdes ont cette fois fait profil bas, misant sur le processus de paix sans précédent lancé par Erdogan, qui avait commencé à négocier avec Abdullah Ocalan, le leader de la rébellion emprisonné depuis 1999. Mais ce dernier a finalement salué vendredi «un mouvement de résistance qui nous parle beaucoup».

Le caractère composite d’un mouvement sans vrai leader ni revendication commune rend difficile la négociation, mais le Premier ministre ne peut pas non plus miser sur la matraque sans risquer de fracasser ce qu’il reste d’une aura internationale déjà bien écornée. Lors d’un colloque à Istanbul, vendredi, le commissaire européen à l’Elargissement, Stefan Füle, a clairement mis en garde le Premier ministre contre tout «recours excessif à la force», rappelant le droit «de manifester pacifiquement» et celui «à une information libre».«Notre parti a été élu par le peuple, et seul le peuple peut décider de son avenir», martèle Recep Tayyip Erdogan dans ses meetings, devant des dizaines de milliers de partisans.

Pourrissement. Son atout maître reste l’absence d’alternative réelle. Les expériences de l’Espagne comme du Québec montrent que de tels mouvements peinent à se transformer en une force politique. Le CHP, principale force de l’opposition de gauche et héritier proclamé de Mustapha Kemal, manque autant de crédibilité que de leadership. Le leader de l’AKP appelle pour le moment ses partisans à se mobiliser pour les élections municipales de 2014. Il joue le pourrissement du mouvement et pourrait ensuite convoquer des élections anticipées où son parti, même affaibli, arrivera très probablement en tête. Mais rien pour lui ne sera plus comme avant.

Commentaires»

1. Amine - 11 juin 2013

Bonjours,bien tant de reporoches qu’on a entendu a l’egard d’Erdogan rendu credible par la volonté de la Turquie a se joindre a l’UE;car on ne peut pas vouloir quelques choses sans travailler serieusement pour la realisé;bref,je pense que ce qui se passe actuellement en Turquie est un peu démesuré car fasse a un mouvement qui se veut pacifiste il ne faut pas qu’il y ait recours a des actions de vandalisme ,sinon a quoi sert les forces de l’ordre?.trés recement on a vu un mouvement de protestation se deroulait a Londre et fasse a des actes de vandalisme on a vu une repression de mouvement par la force a coup de matraque et on a meme entendu David Cameron menacer a restreindre les reseaux sociaux,mais ce qui est surprenant,pour des faits similaires en Turquie on voit les medias amplifier les choses et a lui donner d’autre sens!!.


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