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Ankara dénonce la reprise en main au Caire 16 juillet 2013

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) mardi 16 juillet 2013, p. 3

Guillaume Perrier, Istanbul Correspondance

A Tagamu Al-Khamis, les voisins de Mohamed Morsi se félicitent de sa destitution. Tandis qu’autour de la place Taksim, la fronde citoyenne se poursuivait, samedi 13 juillet, les médias turcs, eux, sont braqués sur Le Caire. Depuis plusieurs jours, l’agence officielle Anatolie retransmet en direct les manifestations de la place Rabia-Al-Adawiya, où sont rassemblés les partisans du président déchu Mohamed Morsi. Le dossier égyptien occupe amplement l’agenda politique turc. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a multiplié les réunions de crise : avec le président de la République Abdullah Gül, jeudi; avec le chef des services de renseignements (MIT), Hakan Fidan, samedi.

« Mon président en Egypte, c’est Mohammed Morsi, car il a été élu par le peuple. Considérer les choses autrement serait mépriser le peuple », a-t-il déclaré le même jour, lors du dîner de rupture du jeûne rituel de ramadan, l’iftar. Le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoglu réunissait, lui, les ambassadeurs des pays du Moyen-Orient pour un briefing régional qui a duré plus de quatorze heures.

Le diplomate turc en poste au Caire a été convoqué mardi par le ministère égyptien pour se faire sermonner. La Turquie a été mise en garde contre des tentatives d’« ingérence » dans les affaires intérieures égyptiennes après avoir été l’un des pays les plus critiques à l’égard de l’intervention de l’armée contre M. Morsi. M. Davutoglu a déclaré « inacceptable » ce « coup d’Etat », et toute la classe politique turque, du parti kémaliste au parti prokurde, a condamné à l’unisson la manœuvre des militaires.

Au sein de la nébuleuse islamiste, dont est issu le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir en Turquie, la mouvance proche des Frères musulmans se montre la plus virulente. Le Parti de la félicité (Saadet Partisi), reliquat du mouvement islamiste turc Milli Görüs, organisait dimanche soir un grand rassemblement « contre les coups d’Etat », pour « montrer que nous sommes des millions au côté du peuple égyptien », déclarait Selman Esmerer, le responsable de la région d’Istanbul. Une délégation des Frères musulmans égyptiens y était présente.

Samedi, un collectif d’organisations islamistes a organisé un iftar devant le consulat d’Egypte à Istanbul, dans le quartier huppé de Bebek, ainsi que dans une dizaine de villes à travers le pays.

La Fondation pour les droits de l’homme et le secours humanitaire (IHH), l’ONG qui avait affrété le Mavi-Marmara en 2010 pour tenter de forcer le blocus israélien de Gaza, a elle aussi pris fait et cause pour ses « frères égyptiens » et pour M. Morsi. Une délégation de l’IHH a réclamé « des explications » à la justice du Caire et a proposé ses services pour une assistance juridique aux chefs du Parti de la liberté et de la justice et des Frères musulmans, détenus depuis l’intervention militaire. Samedi, une demande de visite a officiellement été déposée auprès du procureur en chef égyptien.

Des organisations de cette mouvance islamiste, affirme le journal progouvernemental Sabah, ont déposé une plainte pour « coup d’Etat » contre le général Al-Sissi et les principaux responsables militaires égyptiens auprès du procureur d’Ankara. Ahmet Faruk Ünsal, le président de l’ONG Mazlum-Der confirme sa volonté de voir traduits en justice les « putschistes ». Un procès symbolique pourrait être ouvert, à l’image de celui qu’a mené la justice contre les responsables militaires israéliens après l’assaut meurtrier contre le Mavi-Marmara.

Pour le premier ministre Erdogan, maire d’Istanbul en 1997, au moment du dernier coup d’Etat militaire contre le gouvernement islamiste de Necmettin Erbakan, le dernier des quatre coups depuis 1960, le parallèle est évident. En Egypte comme en Turquie autrefois, l’armée s’est posée en garante des institutions et a interrompu à sa guise un processus démocratique en s’opposant au verdict des urnes.

Les responsables turcs, traumatisés par ces expériences récentes s’identifient donc aux Frères musulmans égyptiens. « Un coup d’Etat militaire a eu lieu en Egypte, même s’ils n’acceptent pas ce fait. Nous avons beaucoup souffert des coups d’Etat militaires. Nous ne voulons pas que nos frères égyptiens en souffrent eux aussi. C’est la seule chose qui compte », a déclaré M. Erdogan la semaine dernière en appelant à la libération immédiate de Mohamed Morsi. Sa proximité avec ce dernier, principal invité à Ankara lors du dernier congrès de l’AKP, en septembre 2012, au cours duquel M. Erdogan avait été réélu triomphalement, est sans doute un autre motif de mobilisation.

Enfin, pour le journaliste turc Cengiz Candar, spécialiste du Moyen-Orient, le renversement des Frères musulmans est « une question existentielle pour M. Erdogan et pour l’AKP ». Un coup porté à l’ascension de partis issus de l’islam politique dans la région et dont l’AKP, arrivé au pouvoir en 2002, prétendait devenir le modèle. « C’est comme s’il y avait une crainte dans les rangs de l’AKP, poursuit M. Candar, que le parti puisse être confronté à des événements similaires. » Les députés turcs ont d’ailleurs voté samedi un amendement à l’article 35 du Code des forces armées. Celui que l’armée interprétait jusqu’alors comme un droit d’intervention dans les affaires politiques.

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