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Gallipoli, le baptême de feu des Australiens et des Néo-Zélandais 2 août 2013

Posted by Acturca in History / Histoire, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 21460, vendredi 2 août 2013, p. 11
L’Été du Figaro ~ Les champs de bataille ~ Série (11/12)

Adrien Jaulmes

Le débarquement, en 1915, dans les Dardanelles, de l’Anzac (Australian and New Zeland Army Corps) fut un fiasco. Les épreuves partagées par les membres de ce corps d’armée australien et néo-zélandais allaient toutefois forger une première prise de conscience nationale pour ces Européens du bout du monde. Difficile d’imaginer un pire endroit pour un débarquement. Presque aussitôt après une plage étroite, le terrain grimpe de façon presque verticale dans un dédale de ravins où pousse un maquis épais. Le sol est caillouteux et le rivage surplombé par une crête pratiquement inaccessible. Même de nos jours et sans mitrailleuses turques au sommet, on se demande bien comment escalader cet escarpement. Mais ce genre de détails importe peu aux stratèges de la Première Guerre mondiale. L’effet de surprise et l’allant des troupes doivent venir à bout de ces menues difficultés.

Sur les cartes de l’état-major britannique, qui commande l’opération depuis un paquebot de croisière transformé en quartier général flottant, le plan est d’une grande simplicité. Les volontaires australiens et les Néo-Zélandais doivent mettre pied à terre dans cette petite anse au nord de la péninsule de Gallipoli, puis s’emparer rapidement des crêtes et prendre le contrôle de la partie nord des Dardanelles. Ensuite, la flotte franco-britannique n’aura plus qu’à franchir le détroit, cingler vers Constantinople et mettre l’Empire ottoman hors de combat.

Un symbole national

Mais l’aventure tourne presque aussitôt au fiasco. Les troupes sont clouées sur les plages, et les offensives successives ne parviennent pas à briser la résistance turque. Après avoir subi de lourdes pertes, les troupes alliées rembarquent à la fin de l’année 1915. Les Australiens et les Néo-Zélandais partent vers la France et subiront de lourdes pertes pendant le reste de la Grande Guerre, notamment pendant la bataille de la Somme.

Mais l’opération des Dardanelles, qui aurait pu n’être qu’un échec sanglant de plus dans une guerre qui n’en manque pas, est restée dans les mémoires en Australie et en Nouvelle-Zélande, au point de devenir un symbole national. Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le Jour de l’Anzac est devenu un phénomène de masse. Les cérémonies du Service de l’aube, qui commémorent tous les matins du 25 avril dans toutes les villes australiennes ou néo-zélandaises le débarquement, sont un moment de ferveur populaire sans équivalent. À Gallipoli, devenu un lieu de pèlerinage, la petite plage est ce jour-là presque aussi encombrée que lors de l’attaque de 1915. Le rassemblement de 10 000 spectateurs, amenés par bus depuis Istanbul, donne une assez bonne idée des difficultés logistiques rencontrées lors du débarquement.

Au lieu de s’opposer à cette nouvelle invasion, l’armée turque installe chaque année des tribunes autour du petit mausolée et des écrans géants pour retransmettre les cérémonies. Autre surprise, au lieu d’être composée de vieux messieurs bardés de médailles et de veuves de guerre, l’assistance a pratiquement le même âge que les soldats de l’époque. Tous ces jeunes gens en bonnet de laine polaire et sweat à capuche campent pendant la nuit dans la petite anse, et leurs sacs de couchage alignés sur la pelouse humide comme des bombyx évoquent plus une veille de concert rock en plein air qu’une cérémonie militaire.

Le service débute au petit matin. Des militaires d’origine maorie chantent les trilles d’un hymne traditionnel. Les tambours roulent. Des gerbes sont déposées, avec les coquelicots devenus le symbole du souvenir des morts au Royaume-Uni. Les discours se succèdent. Le plus étrange est l’atmosphère recueillie, presque religieuse, de la part de jeunes gens qu’on imaginerait plutôt danser toute la nuit sur des rythmes technos. L’interdiction par les autorités turques de toute boisson alcoolisée contribue peut-être au calme de ces jeunes Australiens, mais pas uniquement.

« J’ai étudié l’histoire du débarquement des Anzac à l’école, comme tous les Australiens, explique Emma Cullen, mais voir la réalité du terrain est quelque chose d’inattendu. » Originaire de Perth, cette jeune Australienne vit à Londres, où elle représente le domaine vinicole familial, et vient pour la première fois à Gallipoli. Elle a des aïeux qui se sont battus ici, mais tous ont eu la chance de rentrer sains et saufs. « Je prends quand même des photos des tombes de noms que je connais. Mon père m’aidera à trouver qui ils étaient. »

Critiqué dans les années 1970, époque ou l’armée australienne combat au Vietnam, le Jour de l’Anzac a connu une nouvelle popularité en 1980 avec la sortie du film Gallipoli, de Peter Weir, qui propulse l’acteur Mel Gibson au rang de vedette internationale et contribue à un regain d’intérêt pour cette bataille perdue.

« Cela peut sembler curieux de célébrer une défaite militaire, reconnaît John Collins, un Australien venu de Melbourne, mais c’est sans doute le plus fort symbole national que nous ayons. »

Plus que la bataille en elle-même, le Jour de l’Anzac commémore surtout en Australie et en Nouvelle-Zélande une première prise de conscience nationale. Uniquement composé de volontaires, le corps expéditionnaire envoyé par les deux dominions britanniques au secours de la métropole connaît dans ces tranchées étroites creusées dans le sol rocailleux de Gallipoli un traumatisme comparable à celui de Verdun ou de la Somme pour les Français ou les Anglais. Brûlés par le soleil de l’été, assaillis par les mouches et suffoqués par la puanteur des cadavres qu’on ne peut pas enterrer, frigorifiés l’hiver par les premières chutes de neige de novembre, les Anzacs se découvrent dans ces épreuves partagées un sentiment d’appartenance à une communauté distincte de celle la Grande-Bretagne.

S’y ajoute aussi la colère contre l’état-major britannique, qui vient distendre la loyauté des dominions envers l’Angleterre. Le contraste entre les horreurs et les privations subies par les soldats sur les pentes de Gallipoli et la vie luxueuse menée par l’état-major du général Hamilton à bord de son paquebot est vu comme le symbole de la condescendance anglaise envers ses colonies.

« C’est le moment le plus fou de l’année »

Un correspondant de guerre de 29 ans, Keith Murdoch, père du magnat australien des médias Rupert Murdoch, débarque à Gallipoli en juin 1915 comme envoyé spécial du Manchester Guardian. Effaré, le reporter écrit au premier ministre britannique une lettre ouverte devenue célèbre, où il explique que le général Hamilton est « encore plus cordialement détesté par nos forces que l’est Enver Pacha » .

« Cette malheureuse expédition n’a jamais eu la moindre chance de réussir. Elle nécessite des troupes expérimentées en grand nombre. Elle demande un chef remarquable. Elle demande des sacrifices de la part de l’état-major aussi grands que ceux dont font preuve librement et magnifiquement les soldats. Elle n’a rien eu de tout cela » , écrit Murdoch.

Presque un siècle plus tard, le souvenir de cette bataille a aussi transformé la péninsule désertique, devenue l’un des sites les plus visités de Turquie. Dans la petite ville d’Eceabat, au sud de Gallipoli, le Jour de l’Anzac marque le début de la saison touristique. Les six hôtels de la ville affichent complet, et les restaurants sont tous décorés avec des drapeaux néo-zélandais et australiens. « C’est le moment le plus fou de l’année » , dit la serveuse du restaurant Crowded House, qui décapsule des dizaines de bouteilles de bière dans un tonnerre de musique rock. Son accent anglais est presque aussi rocailleux que celui des visiteurs venus d’un pays lointain où elle n’est jamais allée. La commémoration du centenaire de l’opération manquée devrait attirer encore plus de visiteurs en 2015 .

Le coup de poker raté de Churchill

L’opération des Dardanelles est un coup de poker stratégique imaginé début 1915 par Winston Churchill, alors tout jeune premier lord de l’amirauté. Pour sortir de l’impasse sanglante du front occidental, enlisé depuis l’automne précédent dans une guerre de tranchées où les pertes s’accumulent de façon effarante, est lancée une opération navale contre Constantinople pour forcer l’Empire ottoman à la paix.

Après la perte de plusieurs cuirassés britanniques et français dans les champs de mines posés par les Turcs dans l’étroit bras de mer, les Alliés décident un débarquement dans la péninsule de Gallipoli pour forcer les détroits. Improvisée en quelques semaines, la première opération amphibie de l’histoire menée sur un rivage défendu par l’ennemi tourne vite au carnage. Coincées sur les plages étroites au pied de hauteurs tenues par des Turcs galvanisés par un jeune général nommé Mustapha Kemal, les troupes alliées (dont un important contingent français, souvent oublié) vont tenir pendant neuf mois dans des conditions épouvantables, avant de rembarquer en décembre 1915. Le fiasco met fin à la carrière de Churchill, dont le nom restera longtemps associé au désastre, et marque le début de celle de Kemal, le futur Atatürk.

Commentaires»

1. André Charles Martin - 10 avril 2015

Comme toujours ; on a envoyé à l’ abattoir des jeunes inexpérimentés pendant que les officiers supérieurs se la coulait douce avec champagne et frivolités !!! la 1 ère guerre mondiale fut une épouvantable boucherie et les généraux qui commandait à cette époque devraient être honnis des manuels d ‘histoire !!!


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