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Les migrants se noient par centaines, dans l’indifférence 5 décembre 2013

Posted by Acturca in EU / UE, Immigration, Middle East / Moyen Orient, South East Europe / Europe du Sud-Est, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Tribune de Genève (Suisse) jeudi 5 décembre 2013, p. 9

Effy Tselikas, Athènes

Au contraire des drames au large de l’Italie, les noyades de clandestins près des îles grecques sont passées sous silence.

Pas une ligne dans les journaux ni une image à la télévision. Ou si peu et si vite. Les migrants morts noyés sur les îles ou sur le fleuve Evros, à la frontière gréco-turque, ne sont que des fantômes. Mais ils sont de plus en plus nombreux. Ces cinq dernières années, la litanie des noyades s’égrène comme un sinistre circuit touristique de la Grèce.

Cet été, sur l’île de Kos, une trentaine de corps sont venus s’échouer en une semaine sur la plage suite à deux naufrages. Le5 novembre, à Palero, sur l’île ionienne de Leucade, on déplorait 12 morts, dont plusieurs enfants. Ils voguaient à 27 sur une petite embarcation conçue pour cinq ou six passagers. Le naufrage du canot s’est produit par beau temps et à quelques mètres de la côte. On soupçonne une tactique déjà éprouvée: le bateau gonflable est déchiré pour inciter les autorités grecques à porter secours aux personnes en danger. Or, personne ne savait nager dans ce canot Sur l’île de Lesbos, le week-end dernier, cinq immigrés, dont un bébé de2 mois, étaient retrouvés noyés. Et en ce moment, en mer ionienne,une centaine de Syriens dérivent en pleine tempête sur un bateau sans gouvernail, entre l’Italie et la Grèce. Les autorités grecques sont en état d’alerte.

Macabres découvertes

Au bord du fleuve Evros, des chasseurs racontent leurs battues du petit matin où ils retrouvent des membres déchiquetés dans les arbres ou des corps putréfiés. Les pêcheurs îliens décrivent les lambeaux de bateaux gonflables échoués sur les rochers, des vêtements éparpillés et parfois, sous les amoncellements d’algues, des cadavres. Ceux de la petite île d’Agathonissi (15 habitants), qui a accueilli jusqu’à 150 réfugiés par jour, se plaignent de ne plus pouvoir pêcher le poulpe dans certaines criques, tant les fonds sont obstrués d’habits et autres objets tels que des passeports et des téléphones portables jetés à la hâte.

Durant des années, les îles très proches de la Turquie voisine étaient la voie de passage la plus empruntée par les clandestins. Dissuadé par les patrouilles maritimes de l’agence européenne Frontex, le trafic s’est ensuite délocalisé sur le fleuve frontière Evros. Mais la construction d’un mur grillagé a obligé les passeurs à reprendre la voie maritime. Aujourd’hui, ces damnés de la terre, venant de zones de guerre comme l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie ou le Sahel, arrivent à tout moment et par tous les temps.

Calvaire post mortem

Même morts, leur calvaire n’est pas terminé. Les corps sont trimballés d’un cimetière à un autre. Mais personne n’en veut, ni les chrétiens ni les musulmans. La plupart d’entre eux reposent donc aujourd’hui à Sidero, au milieu d’un champ, en pleine montagne. Des dizaines de monticules de terre y sont alignés. De petites pancartes indiquent une date, celle de leur «arrivée» en Europe, mais pas de nom. Une odyssée qui en dit long sur l’absurdité de notre monde. Il y a une quinzaine d’années, 17 Afghans échoués sur les plages de Marmari, sur l’île d’Eubée, supposés être musulmans, avaient été enterrés dans un vieux cimetière désaffecté. Jusqu’à ce qu’on découvre qu’il appartenait à la communauté israélite, décimée par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale.

La population grecque, dans son immense majorité, ne se sent pas concernée. «On a assez avec nos problèmes, on ne va pas s’embarrasser des malheurs du monde», entend-on régulièrement. Beaucoup de Grecs ne veulent pas s’impliquer plus que ça. Même lorsqu’ils apprennent qu’il y a des passeurs grecs dans ce trafic humain ou que des membres de la police des frontières sont accusés de torture envers des réfugiés. Sans parler des conditions inhumaines de détention des survivants de ces naufrages. Une situation que dénoncent régulièrement toutes les organisations humanitaires.

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