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Le pouvoir turc ébranlé par un coup de filet anticorruption 19 décembre 2013

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) jeudi 19 décembre 2013, p. 5

Guillaume Perrier, Istanbul Correspondance

La police a placé en garde à vue les fils de trois ministres parmi les plus proches du chef du gouvernement, Recep Tayyip Erdogan

« Nous ne plierons pas » , a fait savoir le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, depuis la ville de Konya, où il tenait un meeting, mardi 17 décembre. « Aucune force de l’ombre, qu’elle agisse de l’intérieur ou de l’extérieur, ne nous indiquera la ligne à suivre » , a-t-il lancé. Le « système AKP » (Parti de la justice et du développement), bâti par le chef turc autour du parti islamo-conservateur qu’il dirige sans partage depuis douze ans, est pourtant en train de vaciller. Un vaste coup de filet anticorruption, mené mardi à Istanbul et Ankara, provoque un séisme au sein du pouvoir.

La justice enquête sur une vaste affaire de malversations, de corruption et de blanchiment d’argent, aux ramifications très politiques. Parmi les 56 personnes placées en garde à vue figurent le maire (AKP) du quartier central de Fatih à Istanbul, Mustafa Demir, les fils de trois ministres parmi les plus proches du chef du gouvernement, le cousin d’un responsable du bureau national de l’AKP, des bureaucrates de premier plan, mais aussi des hommes d’affaires liés au juteux secteur de la construction et de la promotion immobilière…

La garde rapprochée du premier ministre est sérieusement éclaboussée. « C’est le plus gros scandale de l’histoire de la Turquie. Le premier ministre doit démissionner » , a réclamé le député Engin Altay (Parti républicain du peuple, CHP). L’opposition exige par ailleurs la création par l’Assemblée nationale d’une commission d’enquête.

Au centre des investigations menées par la justice, se trouve l’administration de développement de l’habitat collectif (TOKI), qui a engrangé au cours de la dernière décennie des bénéfices colossaux en revendant à des promoteurs immobiliers triés sur le volet des terrains publics, et en réalisant ses propres projets de logements collectifs. Cette entreprise parapublique est au coeur de la politique de transformation urbaine lancée par M. Erdogan et tant décriée au printemps au moment des manifestations de la place Taksim.

Le fils du ministre de l’environnement et de l’urbanisme, Erdogan Bayraktar, ancien directeur de TOKI, fait partie des personnalités arrêtées. En 2012, M. Bayraktar avait reconnu devant une commission parlementaire qu’environ 25 millions d’euros de commissions occultes avaient été dilapidés au cours de son mandat de dix ans à la tête de TOKI.

Un homme d’affaires azerbaïdjanais, Reza Zarrab, mais aussi le magnat de l’immobilier Ali Agaoglu, devenu en quelques années l’une des dix premières fortunes de Turquie, ont été placés en garde à vue par la police, ainsi que les fils du ministre de l’intérieur, Muammer Güler, et du ministre de l’économie, Zafer Caglayan.

Le directeur général de la banque publique Halkbank est lui aussi interrogé. Selon des sources judiciaires, son établissement a servi de plate-forme d’échanges avec l’Iran, alors que Téhéran était soumis à des sanctions internationales.

Cette soudaine offensive de la justice est à analyser à l’aune de la guerre qui fait rage au sommet de l’Etat entre les partisans de M. Erdogan et ceux du prédicateur Fethullah Gülen, exilé depuis 1999 aux Etats-Unis et à la tête d’une puissante confrérie influente dans les rouages de l’Etat. L’instruction est menée par le procureur Zekeriya Öz, réputé proche des « gülénistes » , et qui avait dirigé l’enquête dans l’affaire Ergenekon, une organisation militaro-nationaliste démantelée en 2007. Le mouvement Gülen aurait décidé de lancer ces opérations de représailles après avoir été visé par la fermeture des « dershane » , un réseau de cours privés de soutien scolaire dans lequel il a massivement investi, décidée par le gouvernement. Lundi, le député AKP Hakan Sükür a remis sa démission du parti, invoquant cette passe d’armes pour justifier sa décision. Il est le deuxième parlementaire à quitter l’AKP en quelques semaines. Une vingtaine d’autres, favorables à M. Gülen, pourraient suivre, estimait mardi la presse turque.

Le divorce entre l’entourage de M. Erdogan et la confrérie religieuse, qui a soutenu l’AKP pendant dix ans mais a condamné sa dérive autocratique et antidémocratique, s’étale désormais chaque jour dans les journaux. Le quotidien pro-Gülen Taraf menace de sortir « documents » et « enregistrements » compromettants pour le premier ministre.

La bataille est sans doute loin d’être terminée alors que se profilent, en 2014, des élections municipales et un scrutin présidentiel au suffrage universel. Face à M. Erdogan qui ambitionne de se présenter, les proches de Fethullah Gülen pèseront de tout leur poids.

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