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L’influence d’un prédicateur musulman reclus 19 décembre 2013

Posted by Acturca in Turkey / Turquie, USA / Etats-Unis.
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Reuters (UK) Jeudi 19 décembre 2013

par Nick Tattersall,  Istanbul

A 72 ans, Fethullah Gülen, un prédicateur musulman exilé aux Etats-Unis et présenté par ses partisans comme un progressiste, jouit d’une grande influence politique, au point de déstabiliser le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan.

L’ombre de cet homme qui possède un réseau international d’écoles dont les soutiens se comptent par millions dans le monde, hante son pays natal, une nation peuplée majoritairement de musulmans mais à l’Etat officiellement laïque et qui se veut un trait d’union entre l’Europe et le monde arabo-musulman.

Ses sympathisants, issus des mêmes classes moyennes attachées à la religion qui ont porté en 2002 Erdogan et son parti islamo-conservateur AKP au pouvoir, révèrent Gülen en qui ils voient le visage d’un islam pro-occidental et progressiste.

La composante laïque de la population redoute en revanche ses desseins et soupçonnent les partisans de ce théologien reclus d’infiltrer le champ culturel et politique, exerçant son influence sur des institutions comme la police, la justice, la Banque centrale ou encore les médias.

Les adeptes de Fethullah Gülen sont puissants au sein même du Parti de la justice et du développement au pouvoir mais leurs relations avec le chef du gouvernement, accusé ces dernières années de dérive autocratique, sont devenues tendues.

« RACAILLE »

Accusé sur les réseaux sociaux d’être derrière les manifestations antigouvernementales du « printemps de Taksim » en juin, Hizmet, le réseau de Gülen, est sorti de son silence pour opposer un démenti.

Mais il s’est risqué aussi à un rare commentaire politique en s’en prenant tacitement à Erdogan, jetant tout son poids du côté du président Abdullah Gül, issu lui-aussi de l’AKP, du vice-Premier ministre Bülent Arinc et d’autres qui ont fait preuve d’un ton plus conciliant envers les manifestants.

Dans un discours prononcé durant les troubles, Gülen a estimé qu’il ne fallait pas traiter les protestataires de « capulcu », un terme utilisé à maintes reprises par le chef de gouvernement et qui peut se traduire par « racaille ».

Considéré par ses adeptes comme une force tolérante et modérée au sein de l’islam en général, Fethullah Gülen étend l’influence d’un pays membre de l’Otan et candidat à l’Union européenne, situé à la charnière entre l’Europe et l’Asie, faisant la promotion de la langue et de la culture turques à travers son réseau d’écoles.

Son influence sur la politique intérieure fait l’objet de toutes les spéculations dans la société turque.

Erdogan lui-même a fait savoir qu’il préférait ne pas s’étendre sur ses relations avec le mouvement Hizmet. Le Premier ministre a remporté trois élections législatives d’affilée et apporté la prospérité à la majorité de ses compatriotes.

Sur la carte électorale, la quasi-totalité du pays, à l’exception du littoral de la mer Egée, de l’extrémité sud-est peuplé majoritairement par les Kurdes et d’une petite région située sur la partie européenne de la Turquie vote AKP.

Le Premier ministre devrait, selon toute vraisemblance, briguer le poste de chef de l’Etat en 2015. Selon des études commanditées ces derniers jours par l’AKP et rapportées par des médias turcs, le mouvement de Gülen pourrait faire basculer environ 3% des voix de l’électorat, d’autres sources avançant le chiffre de 8%.

DANS LES MONTS DE PENNSYLVANIE

Le véritable pouvoir de Gülen s’exerce toutefois au sein même de la machine bureaucratique de l’AKP et par sa capacité à rallier des soutiens pour ou contre Erdogan dans l’hypothèse où il se déciderait à se présenter à la magistrature suprême.

Gülen s’est installé aux Etats-Unis peu après avoir été inquiété en Turquie pour complot visant à anéantir l’Etat laïque et à instaurer la « charia » (loi islamique).

Il a été acquitté mais est resté en Pennsylvanie en disant que son retour en Turquie pourrait être instrumentalisé par ses anciens adversaires. Il vit dans un centre de prières et de retraite construit dans les années 1990 dans la forêt dense des monts Pocono, à 145 km à l’ouest de New York.

Cet homme, qui a rencontré notamment le pape Jean Paul II, prône une foi enracinée dans une société moderne. Ses enseignements sont une source d’inspiration pour des millions de Turcs qui consacrent leur temps et leur argent à l’éducation.

Ses groupes ont créé un réseau d’un demi-millier d’écoles privées dans le monde, allant de l’Afrique de l’Ouest à l’Asie centrale en passant par les Etats-Unis et l’Europe, et qui offrent un programme d’enseignement complet comprenant le Turc et dispensant de nombreuses bourses.

Certains laïques turcs affirment que Gülen souhaite ainsi former les futurs cadres d’un futur Etat islamique, ce que ses sympathisants nient énergiquement.

(avec Gulsen Solaker à Ankara, Daren Butler et Seda Sezer à Ankara, Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Gilles Trequesser)

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