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Cerné par les affaires, le système Erdogan vacille 27 décembre 2013

Posted by Acturca in Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) vendredi 27 décembre 2013, p. 2

Guillaume Perrier, Istanbul Correspondance

Le premier ministre turc a été contraint à un remaniement touchant la moitié des membres du gouvernement.

La soirée s’est passée dans une étouffante ambiance de fin de règne. Mercredi 25 décembre à Ankara, après une longue entrevue avec le président Abdullah Gül, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, empêtré dans une série d’affaires de corruption, a été contraint à un vaste remaniement ministériel touchant la moitié des membres de son gouvernement. Dans la foulée, sur les coups d’une heure du matin, il réunissait un conseil des ministres, avant d’annoncer que se tiendrait, jeudi, un Conseil national de sécurité.

Fragilisé par un scandale qui ne cesse de s’étendre et se rapproche chaque jour un peu plus de son chef, le mouvement islamo-conservateur AKP a connu mercredi la journée la plus longue de la décennie qu’il vient de passer au pouvoir. Parvenu aux commandes du pays en 2002 sur la promesse d’en finir avec la corruption des élites, le Parti de la justice et du développement (AKP), aussi appelé parti AK, « parti pur » en turc, est aujourd’hui rattrapé par les affaires.

Cette crise sans précédent a contraint le premier ministre à accélérer le remaniement qui était attendu d’ici à la fin de l’année, pour affronter les accusations qui le cernent. M. Erdogan a constitué un « cabinet de guerre » , recentré sur sa garde rapprochée. Une équipe de choc qui risque de renforcer un peu plus l’image autoritaire du pouvoir dénoncée par l’opposition depuis des mois.

La moitié des vingt ministres a donc été remplacée. Parmi eux, tous ceux qui ont été mis en cause par la justice. Le ministre des affaires européennes et négociateur en chef pour l’adhésion de la Turquie, Egemen Bagis, soupçonné de fraude et de corruption, a été remplacé par Mevlüt Cavusoglu, ancien président de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, perçu comme antieuropéen. L’inamovible Binali Yildirim, qui détenait depuis onze ans le portefeuille des transports et qui pourrait à son tour être inquiété par l’enquête, laisse son poste à Lütfü Elvan.

Bekir Bozdag, un théologien islamiste dont les positions suscitent régulièrement la controverse, devient préposé à la justice. Quant au ministère de l’intérieur, il sera occupé par Efkan Ala, considéré comme le cerveau de la répression des manifestations de la place Taksim, au printemps.

Ce remaniement a été précipité par l’annonce, mercredi matin, de la démission de trois ministres éclaboussés par le scandale. Muammer Güler et Zafer Caglayan, ministres de l’intérieur et de l’économie ont finalement quitté leurs fonctions après avoir été soupçonnés de corruption au profit de l’homme d’affaires azerbaïdjanais Reza Zarrab, qui faisait transiter d’importantes sommes d’argent entre la Turquie et l’Iran. Les fils des deux ministres ont été arrêtés et écroués, de même que le patron d’une importante banque publique, la Halkbank, suspectée d’avoir servi de plateforme pour les transactions frauduleuses.

Mais c’est la démission fracassante d’Erdogan Bayraktar, ministre de l’urbanisme, ami de vingt de M. Erdogan, qui a fait le plus de bruit. M. Bayraktar est mis en cause dans un dossier de fraude dans le secteur de l’immobilier. En quittant son poste de ministre, mais aussi son siège de député de l’AKP, l’ancien président de l’administration du logement collectif (Toki) a appelé le premier ministre lui-même à renoncer à ses fonctions.

« Je n’accepte pas la pression qui a été mise sur moi en disant « démissionne et publie une déclaration qui me dédouane », a déclaré M. Bayraktar, amer, devant les caméras de télévision après l’annonce de sa démission. Parce qu’une grande part des plans d’aménagement qui sont cités dans le dossier d’instruction ont été approuvés par le premier ministre. »

Un coup de tonnerre en Turquie où la déférence envers le chef du gouvernement a toujours été la règle. Quelques milliers de manifestants, rassemblés dans plusieurs grandes villes de Turquie, ont réclamé la démission de M. Erdogan. A Istanbul, dans le quartier de Kadiköy, théâtre de violentes manifestations en septembre, des barricades ont été enflammées et la police a chargé les manifestants.

Face à ce mouvement, les partisans du premier ministre s’en tiennent à leur ligne habituelle dénonçant un « complot international » . Jeudi matin, le quotidien islamiste Yeni Safak annonçait en « une » : « C’est un coup d’Etat » .

Le quotidien Sabah, également acquis à M. Erdogan, accuse l’ambassade des Etats-Unis à Ankara d’être au centre de la conspiration. Mais la cible principale de la contre-offensive gouvernementale reste la confrérie de l’imam Fethullah Gülen, accusée d’avoir orchestré en coulisses les opérations judiciaires. Le mouvement Gülen, allié du premier ministre au sein de l’AKP depuis 2002, est devenu depuis quelques mois son principal adversaire.

En tête de cette fronde le quotidien Zaman, propriété de la confrérie, qui multiplie les attaques, s’appuyant sur des fuites du dossier d’instruction. Mercredi, c’est le lancement imminent d’une deuxième vague d’arrestations et l’ouverture de poursuites contre les deux fils du chef du gouvernement, Bilal et Burak, qui a été annoncé.

La justice, selon Zaman, pourrait s’intéresser aux relations d’amitié entre le chef de l’AKP, l’un de ses anciens conseillers Cuneyt Zapsu, et l’homme d’affaires saoudien Yassine Al-Qadi, soupçonné de liens avec Al-Qaida.

Une autre instruction a été ouverte et confirmée par le parquet d’Ankara, mercredi, contre la Compagnie nationale des chemins de fer turcs (TCDD) pour une affaire présumée de corruption et d’appels d’offres frauduleux.

Fragilisé, M. Erdogan aura, de l’avis de nombreux observateurs, beaucoup de mal à éviter des élections générales anticipées. Dans ce bras de fer, la confrérie Gülen soutient discrètement le président Abdullah Gül comme un possible recours.

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