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Cerné par les affaires, le premier ministre turc s’en prend à ses alliés occidentaux 1 janvier 2014

Posted by Acturca in EU / UE, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE, USA / Etats-Unis.
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Le Monde (France) mercredi 1er et jeudi 2 janvier 2014, p. 3
Supplément Terres d’Europe

Guillaume Perrier, Istanbul

Recep Tayyip Erdogan accuse Washington et l’UE de  » complot  » contre son gouvernement. Quelques mois après le mouvement de protestation autour du parc Gezi, à Istanbul, et face à la multiplication des affaires de corruption et de blanchiment qui touchent son entourage, le premier ministre turc contre-attaque.  » Ils ont crié _Gezi_ et ils ont brisé des vitres. Maintenant, ils crient _corruption_ et ils brisent des vitres. Ces conspirations n’atteindront pas leur but « , a proclamé Recep Tayyip Erdogan, devant une assemblée de militants survoltés, à Manisa (ouest), dimanche 29 décembre 2013.

Mis en cause depuis le 17 décembre, M. Erdogan dénonce, comme au printemps lors des manifestations parties de la place Taksim, à Istanbul, la main de l’étranger derrière ce nouveau  » complot « , orchestré par  » le lobby du taux d’intérêt « . Un  » quasi-coup d’Etat « , selon le nouveau ministre de l’intérieur, Efkan Ala. Les Etats-Unis et l’Union européenne, alliés traditionnels de la Turquie, sont particulièrement visés.

L’ambassadeur américain à Ankara, Francis Ricciardone, que M. Erdogan a pris en grippe depuis son arrivée en 2011, est accusé  » d’être impliqué dans des actes provocateurs  » et menacé d’être expulsé.  » Faites votre travail et ne sortez pas de vos prérogatives sinon cela pourrait tomber sous le coup de la loi. Nous n’avons pas à vous garder dans notre pays « , a lancé M. Erdogan au cours d’un meeting électoral à Trabzon. Suleyman Soylu, un cadre du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur, au pouvoir) a, lui, reproché au représentant américain de se comporter comme un  » gouverneur colonial « .

M. Ricciardone aurait tenu, avec les ambassadeurs européens, une réunion informelle le 17 décembre, après la première vague d’arrestations qui visait des hommes d’affaires proches du gouvernement, le maire d’un arrondissement d’Istanbul ainsi que les fils de trois ministres et le patron de la banque publique Halkbank. Selon le journal Yeni Safak, proche du premier ministre, l’ambassadeur aurait déclaré au cours de cette entrevue :  » Vous assistez à la chute d’un empire  » et aurait invoqué le rôle joué par la Halkbank.

Le contournement de l’embargo commercial avec l’Iran par cet établissement a été dénoncé à plusieurs reprises par la diplomatie américaine. Selon les médias progouvernementaux, Washington serait impliqué, avec l’aide du Mossad israélien, dans les opérations judiciaires qui cernent le pouvoir. Des accusations qui ont été qualifiées d' » extrêmement dérangeantes  » par la porte-parole du département d’Etat Jen Psaki, le 24 décembre.

Entre les Etats-Unis et la Turquie d’Erdogan, alliés au sein de l’OTAN, les sujets de désaccord se sont multipliés ces derniers mois. M. Ricciardone s’est déjà attiré les foudres gouvernementales et a été qualifié de  » débutant  » pour avoir critiqué les manquements à la liberté de la presse. Le soutien inconditionnel d’Ankara au président égyptien déchu Mohamed Morsi et le jeu trouble joué en Syrie ont créé des tensions. La décision turque de négocier avec la Chine pour l’achat d’un système de missiles à longue portée, en dépit des protestations de ses alliés de l’OTAN, qui soulignent l’incompatibilité des deux systèmes de défense, a un peu plus irrité Washington. Le sujet a été abordé deux fois au cours des dernières entrevues entre M. Erdogan et le président Barack Obama.

L’Union européenne (UE) a elle aussi exprimé sa préoccupation face au scandale qui secoue la Turquie. Hélène Flautre, rapporteur du comité UE-Turquie au Parlement européen, a ainsi critiqué les pressions du premier ministre turc sur le système judiciaire pour contrecarrer l’enquête.  » L’UE doit prendre position pour l’Etat de droit « , a-t-elle commenté. Le commissaire européen à l’élargissement, Stefan Füle, s’est déclaré  » sérieusement inquiet « .

Cette affaire de corruption présumée vient refroidir un peu plus des relations déjà compliquées avec Bruxelles, malgré la relance formelle, en octobre, des négociations d’adhésion à l’UE avec le déblocage par la France d’un chapitre de ces pourparlers. Le nouveau ministre turc des affaires européennes et négociateur en chef, Mevlüt Cavusoglu, a inauguré son mandat en invitant ses  » amis européens à s’abstenir d’exprimer des préjugés et à être plus vigilants au moment de commenter le déroulement d’affaires intérieures turques qui ont une dimension politique « .

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