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Le plaidoyer pro domo d’Erdogan à Bruxelles 22 janvier 2014

Posted by Acturca in Economy / Economie, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Le Figaro (France) no. 21605, mercredi 22 janvier 2014, p. 7

Laure Marchand, Istanbul

La séparation des pouvoirs était au cœur des entretiens entre les responsables de l’Union européenne et le premier ministre turc, qui veut renforcer la mainmise de l’exécutif sur la justice.

Après cinq années d’absence remarquée à Bruxelles, le premier ministre turc effectuait, hier, son retour dans la capitale européenne. Censé être le point d’orgue des retrouvailles entre les deux partenaires, la rencontre de Recep Tayyip Erdogan avec les responsables des institutions européennes s’est transformée en rappel des engagements auxquels tout pays candidat à l’adhésion est lié. Le projet de loi examiné par les députés turcs qui vise à renforcer la mainmise de l’exécutif sur le Conseil supérieur des juges et des procureurs est au cœur du désaccord avec Bruxelles.

Les velléités législatives du dirigeant islamo-conservateur, qui cherche par tous les moyens à circonscrire le scandale de corruption qui le touche, sont perçues par Bruxelles comme une atteinte à l’État de droit. D’autant qu’elles s’accompagnent de purges gigantesques au sein de la police, de la justice, des autorités de régulation bancaire ou des télécommunications. L’indépendance de la justice a donc occupé une place de choix dans les entretiens avec les présidents de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, de la Commission, José Manuel Barroso, et du Parlement, Martin Schulz.

Officiellement, les discussions ont été « franches » , selon les termes employés lors de la conférence de presse conjointe. « Ce qui signifie qu’elles ont été tendues » , décrypte une source européenne. Au-delà des points de discorde réitérés, il reste désormais à voir si le premier ministre est prêt à amender son texte pour ne pas provoquer l’ire bruxelloise. L’Union européenne a perdu, ces dernières années, une grande partie de ces leviers d’action sur le pays candidat. L’ouverture des chapitres 23 et 24, consacrés aux droits fondamentaux et à la justice, lui conférerait un moyen de pression. Cela « permettrait de discuter en détail des réformes liées à l’État de droit, de la séparation des pouvoirs » , souligne Marc Pierini, ancien ambassadeur de l’Union européenne à Ankara. Seule Chypre bloque ces points.

Tourmente politique

La venue du premier ministre turc avait été programmée avant l’irruption mi-décembre d’une affaire de corruption sans précédent qui le fragilise. Elle devait consolider la nouvelle dynamique amorcée par les relations entre Bruxelles et Ankara. Après trois ans et demi de blocage, les négociations avaient été relancées au mois d’octobre avec l’ouverture du chapitre 22 sur la politique régionale. Et en décembre, après avoir longtemps refusé, la Turquie avait accepté de signer un accord de réadmission des migrants en situation irrégulière en Europe et ayant transité par son territoire.

Cet élan européen du gouvernement islamo-conservateur s’explique par une volonté de montrer son « ancrage » aux côtés de l’Occident. Le retour de balancier se produit après l’échec des ambitions régionales d’Ankara sur son flanc est. Perçue comme ostensiblement pro-Frères musulmans, la diplomatie turque est passée du concept de « zéro problème avec les voisins » à « zéro voisin sans problème » , raillent ses détracteurs. Le ralentissement de l’économie – avec une croissance estimée à 3,3 % en 2014 par la Berd – pousse également la Turquie à se rapprocher de son principal partenaire commercial.

Ces considérations obligent le premier ministre au choix de la raison. Il ne peut pas se permettre de rompre avec Bruxelles. « Une détérioration accrue des relations (…) aurait des conséquences désastreuses sur l’économie turque » , rappelle Seyfettin Gürsel, directeur de Betam, centre de recherches économiques et sociales. Dans la tourmente politique, la livre turque n’en finit déjà plus de chuter face au dollar. À deux mois d’élections locales, le premier des trois scrutins qui se tiendront dans les dix-huit mois à venir, un tel scénario serait fort risqué.

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