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Europe : les Français disent non à la Turquie 23 janvier 2014

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Valeurs Actuelles (France) no. 4026, jeudi 23 janvier 2014, p. 36-37

Frédéric Pons

Sondage exclusif. À la veille du voyage de Hollande à Ankara, les 27 et 28 janvier, notre étude Ifop-« Valeurs actuelles » le révèle : plus de 8 Français sur 10 sont opposés à l’adhésion de la Turquie à l’Union. La France est le plus hostile des pays européens. Un avertissement pour le chef de l’État.

Après son choix politique calamiteux en Syrie, François Hollande embarque la France dans une nouvelle aventure aux contours flous, aux retombées incertaines, et surtout en décalage complet avec les attentes de l’opinion publique. En visite officielle en Turquie les 27 et 28 janvier, vingt-deux ans après François Mitterrand (1992), François Hollande part en effet avec la volonté de changer la relation de la France avec ce pays. Il sera reçu avec tous les égards, en chef d’État militant du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, quitte à défaire les choix de son prédécesseur.

Avant de débloquer la négociation en cours entre la Turquie et l’Union, Nicolas Sarkozy avait exigé d’Ankara des avancées significatives sur cinq points sensibles. Hollande passe outre et va au-devant des souhaits turcs, dans un choix stratégique que rejette clairement l’opinion française, à une très large majorité, comme le prouve notre sondage exclusif Ifop-Valeurs actuelles. Une nouvelle fois, François Hollande fait l’opposé de ce qu’attendent les Français.

Le rejet de la candidature de la Turquie est radical. Le sondage de l’Ifop sur un échantillon de 4 879 Européens est sans appel. En France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Belgique, l’opposition à l’entrée de la Turquie dans l’Union oscille entre 66 % des sondés (les Britanniques) et 83 % (les Français). Les deux seules exceptions sont l’Espagne, favorable à cette adhésion (à 56 %), et l’Italie avec un petit 50 % de oui.

« Ce clivage entre les pays du sud et les pays du nord de l’Europe se retrouve au sein même des opinions publiques espagnole et italienne, explique Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop. Ainsi, dans le sud de l’Espagne, on est favorable à 61 % à l’entrée de la Turquie, contre 51 % dans le nord; 58 % des habitants du sud de l’Italie y sont favorables, contre 39 % seulement dans le nord-est. » Le degré d’adhésion varie aussi selon l’âge et la sensibilité politique : « Les jeunes générations sont plus « ouvertes » que les seniors, beaucoup plus réfractaires, précise Jérôme Fourquet. Dans tous les pays étudiés, les électeurs de droite sont plus opposés que les sympathisants de gauche. »

Pour la France, l’opinion s’est même radicalisée. En dix ans, le soutien à la Turquie n’a cessé de décroître. Les opinions favorables à l’adhésion turque ont chuté de 46 à 17 % des sondés. Les opposants sont passés de 52 % à 83 % ! Ce rejet massif s’observe dans toutes les familles politiques, à gauche (73 % sont opposés) comme à droite (92 % de non), du Front de gauche (60 % contre) au Front national (90 %), en passant par le Parti socialiste (81 %), Europe Écologie-Les Verts (66 %), le MoDem (80 %), l’UDI (88 %) ou l’UMP (93 %). Les plus favorables à l’adhésion turque sont au Front de gauche, mais ils ne sont que 40 %.

Désavoué par l’opinion, François Hollande entreprend ce rapprochement stratégique au pire moment. En Turquie, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan est confronté à une contestation sans précédent. L’opposition laïque et libérale dénonce l’islamisation sournoise de la société et les atteintes répétées aux droits de l’homme. Son propre camp fustige sa dérive autoritaire et les scandales de corruption. Était-ce le moment d’adouber ce gouvernement douteux et affaibli ?

p. 37

Du côté de l’Europe, ce « cavalier seul » français étonne, alors que la Turquie a fait peu de progrès dans la négociation en cours. Sur les quatorze chapitres ouverts à la discussion depuis 2005, un seul a été réglé. Les autres sont gelés du fait de l’attitude turque envers la République de Chypre, pourtant membre de l’Union. Ankara refuse d’élargir à la partie grecque de l’île le bénéfice des accords de libre circulation signés entre la Turquie et l’Europe (chapitre 22).

François Hollande semble bien décidé à contourner cette difficulté, pourtant essentielle au regard de la solidarité européenne. « Il agit en homme politique pragmatique », assure le Quai d’Orsay. Les échanges commerciaux entre la France et la Turquie ont en effet triplé depuis la signature des accords de l’union douanière en 1996. Les exportateurs français sont prêts à renforcer leurs positions sur ce marché prometteur et solvable, promu par Laurent Fabius dans le cadre de sa « diplomatie économique ».

Ce repositionnement voulu par François Hollande offre une ouverture européenne inespérée aux Turcs, en dépit de la méfiance évidente de l’opinion publique en Europe. Si l’adhésion turque devait n’être jugée qu’à l’aune du potentiel économique turc, ce virage français pourrait se justifier. Est-ce suffisant ? D’autres considérations – politiques, culturelles, sociétales ou religieuses – doivent aussi être prises en compte. Nos partenaires européens l’ont compris. Pas François Hollande et ses amis socialistes qui s’interdisent d’aborder certaines de ces questions dérangeantes.

Leur lecture de la Turquie moderne est d’abord idéologique. Elle repose sur l’admiration naïve de l’islam démocratique illustré par le parti islamo-conservateur AKP, au pouvoir depuis douze ans à Ankara. À leurs yeux, ce « modèle turc » démontre la compatibilité de l’islam politique avec la démocratie. Il serait même un exemple à exporter vers les autres pays arabo-musulmans, dont la Syrie, pour l’après-Assad.

C’est un nouveau déni de réalité au sommet de l’État. La rue arabe et les nouveaux régimes issus des révolutions de 2011 et 2012 ont déjà pris leurs distances avec le modèle turc. Mieux que nous, ils en ont perçu les risques et les limites et ils n’en veulent pas. La contestation d’une partie de l’opinion turque en 2013 leur a montré le vrai visage de l’AKP. Le système turc n’est plus ce modèle idéal auquel s’accroche encore la gauche française.

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